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Michel Houellebecq n’aime pas parler au Monde, mais il aime bien en parler

Michel Houellebecq au restaurant Drouant le 8 novembre 2010, alors qu'il vient de recevoir le Goncourt «La carte et le territoire». REUTERS/Benoît Tessier.

Michel Houellebecq au restaurant Drouant le 8 novembre 2010, alors qu'il vient de recevoir le Goncourt «La carte et le territoire». REUTERS/Benoît Tessier.

L’auteur interdit au Monde d’écrire sur lui, ce qui ne l’empêche de citer le «quotidien du soir» dans plusieurs de ses romans.

C’est l’été Houellebecq. Plusieurs mois après la sortie du polémique Soumission et sans qu’on lui connaisse d’autres projets de roman, Michel Houellebecq fait l’objet de deux séries d’été dans les colonnes de deux quotidiens français, Le Figaro et Le Monde. Si, chez le premier, la publication de longs entretiens (cinq en tout, dont un avec Alain Finkielkraut) n’a pas provoqué de remous, le second doit affronter la colère de l’écrivain, qui n'aime pas qu'on fouille dans son passé.

La journaliste du Monde Ariane Chemin explique dans un article annexe au premier volet de sa série que Michel Houellebecq ne veut pas lui parler. «Je refuse de vous parler et je demande aux gens que je connais d’adopter la même attitude», écrit-il dans un mail envoyé à la rédaction et au tout-Paris. Il menace même Le Monde de poursuites judiciaires. «La procédure judiciaire est finalement simple, et plutôt lucrative», écrit-il dans son mail, avant de rappeler qu'il a choisi de s'exprimer uniquement dans les colonnes du Figaro.

Il faut dire que l’écrivain maîtrise très bien ses apparitions médiatiques et qu’il n’apprécie pas qu’on enquête sur lui. Dans un des entretiens accordés au Figaro, justement, il déclarait, à propos d’Ariane Chemin:

«Le véritable inconvénient de la célébrité, c'est les médias ceux qui vous pourchassent. En ce moment, je suis pourchassé par Le Monde –plus précisément par Ariane Chemin. Ce qu'elle fait d'habitude, c'est un mélange de faits vrais, d'affabulations crédibles et d'insinuations malveillantes –en réalité, c'est du niveau de Voici et de Closer.»

La polémique n’a cessé de gonfler tout au long de la journée et a mis en avant la première partie de l’enquête du Monde, celle-là même que Houellebecq aurait aimé interdire. L’écrivain n’est d’ailleurs pas à un paradoxe près puisque, si l’on regarde son œuvre, plusieurs de ses romans font des clins d’œil au journal.

Outre deux petites mentions anodines dans Plateforme (2001),  on a pu lire une petite critique contre Le Monde, et la presse en général, dans Soumission, publié début 2015:

«Pendant plusieurs années, et sans doute même plusieurs dizaines d’années, Le Monde, ainsi plus généralement que tous les journaux de centre-gauche, c’est-à-dire en réalité tous les journaux, avaient régulièrement dénoncé les “Cassandre” qui prévoyaient une guerre civile entre les immigrés musulmans et les populations autochtones d’Europe occidentale.»

Michel Houellebecq aime aussi prêter au Monde des articles imaginaires, le plus souvent acerbes et qui touchent au monde artistique. En 2005, dans La possibilité d’une île, il invente une critique du journal, qui qualifiait le film réalisé par l’un des narrateurs de «pantalonnade [...] peu reluisante». Rebelote dans La Carte et le Territoire cinq ans plus tard, avec une histoire prenant place dans le monde de l’art contemporain. Le Monde avait d’abord reconnu un certain talent chez le personnage principal Jed Martin (une pleine page «dithyrambique») avant de refuser de publier un autre article élogieux (la chef de la rubrique, une certaine Pépita Bourguignon l’ayant qualifié de «cuculterie bondieusarde»). «La presse, de toute façon, à ce stade, on s’en bat un peu les couilles», lâchera l’attachée de presse de Jed face au succès de son protégé.

Mais, quand ce dernier accorde un entretien à la prestigieuse revue Art Press, Houellebecq imagine alors un article énervé du Monde en réaction à cette interview. Le journal du soir «crevait de jalousie d’avoir manqué cette exclusivité», selon l’écrivain. Une petite pique anodine en 2010, mais qui prend toute une nouvelle dimension aujourd’hui. 

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