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Présidentielle américaine: Lawrence Lessig, l'homme qui veut être président un seul jour

Lawrence Lessig. Lessig Equal Citizens Exploratory Committee

Lawrence Lessig. Lessig Equal Citizens Exploratory Committee

Le professeur de droit, possible candidat à l'investiture démocrate, veut se présenter pour faire adopter une réforme, celle des élections.

Dans la course à l'investiture démocrate, un sixième candidat pourrait bien décider de se lancer, après l'ultra-favorite Hillary Clinton, l'outsider Bernie Sanders, Lincoln Chafee, Martin O'Malley et Jim Webb. Mardi 11 août, le théoricien du web Lawrence Lessig a annoncé qu'il se lancerait dans la course si jamais il parvenait à lever un million de dollars d'ici à la Fête du travail, le 7 septembre. Dans le cas inverse, il rendra l'argent et ne présentera pas sa candidature.  En moins d'une semaine, il a déjà recueilli plus d'un tiers de la somme demandée.

Le professeur de droit à l'université d'Harvard a une petite particularité par rapport aux autres candidats: il veut uniquement réformer le système électoral américain, avec un projet de loi, The Citizen Equality Act of 2017

 

«Nous avons besoin d’une campagne qui ne soit pas qu’un affrontement partisan. Nous avons besoin d’une campagne-référendum, un référendum qui exprime clairement le mandat: mettez fin à ces inégalités et à cette corruption; donnez-nous un gouvernement libéré du pouvoir de l’argent; donnez nous un Congrès libre de conduire et de diriger.»

La totalité de la vidéo a été traduite par Rue89.

Un système «truqué»

En fait, Lawrence Lessig veut transformer cette élection en un référendum pour ou contre une réforme du système électoral, qu'il estime –comme Elizabeth Warren, autre possible candidate à la primaire démocrate– «truqué»Dans l'émission de critique des médias On the Media, il a expliqué ce qu'il souhaitait accomplir avec cette campagne:

«Ce que j'essaie de faire, c'est conduire une campagne pour concentrer l'attention sur une chose que l'on connaît déjà. Nous devons réparer ce système truqué si nous voulons un espoir d'avoir une démocratie qui nous représente à nouveau.»

Un peu plus tard, Lessig a listé les trois points de ce projet de loi.

«Numéro un: une liberté égale de voter. Les stratégies utilisées pour empêcher quelqu'un de voter ne seraient plus autorisées. Numéro deux: nous aurions une représentation égale. Changer la façon dont sont découpés les districts et les règles selon lesquelles sont élus les membres du Congrès pour qu'autant de personnes que possible puissent être correctement représentées au Congrès. Et enfin, la partie qui est la plus importante pour moi: changer la façon dont nous finançons les élections pour que nous n'ayons plus ce système pervers pour élire des candidats au Congrès.»

Il fait d'ailleurs une analogie entre le système actuel et une phrase de William Tweed, un homme politique américain corrompu du XIXe siècle:

«Je me moque de qui vote, tant que je peux choisir qui se présente.»

Et comme le dit Lessig:

«Ce que Tweed savait, c'est que s'il pouvait nommer les candidats, ils s'inquiéteraient toujours de ce que lui pense. Et c'est le système que nous avons créé avec l'argent.» 

Interrogé par le Washington Post, il explique que ce n'est bien entendu pas le seul problème qui lui tient à cœur.

«Tout est important pour moi –de Wall Street au changement climatique, en passant par la dette– et tout est lié à ce problème spécifique.»

Lawrence Lessig a une chance infime d'être élu, rappelle Bob Garfield, le journaliste d'On the Media. Mais le professeur américain –qui est aussi une «icône geek» et un des universitaires les plus respectés sur les questions de droit numérique, rappelle Le Monde– espère surtout pouvoir participer aux débats qui débuteront en octobre. Pour cela, il doit atteindre 1% d'intentions de vote, explique le Washington Post. Il pourrait alors présenter son programme à un panel beaucoup plus large et peut-être alors engranger des soutiens.

Pour certains, sa candidature pourrait en revanche coûter des voix à son «ami», le sénateur Bernie Sanders, qui devient l'une des figures les plus importantes de la course à l'investiture démocrate, avec près de 20% des voix en moyenne dans les sondages, plus que le vice-président Joe Biden (qui n'est pas candidat pour l'instant).

Quel vice-président?

Si jamais il parvient à être élu à la présidence des Etats-Unis, il prévoit cependant de ne pas de rester très longtemps du côté de la Maison Blanche, comme il l'a confirmé à Forbes:

«Je travaille aussi dur que je peux pour faire passer ce projet de loi auprès du Congrès. Je pense que si le Congrès réalise que l'issue est inéluctable, il pourrait par principe travailler sur ce projet de loi et l'adopter avant même que je sois investi. Ensuite, j'aurais juste à passer une heure ou un jour, et je retournerai à Cambridge [où se trouve Harvard]. Ce serait l'idéal.»

Lessig estime en effet qu'être élu avec une seule proposition dans son programme obligerait le Congrès à le suivre, ce qu'il ne ferait pas forcément si cette proposition était intégrée dans le programme plus large des autres candidats, résume-t-il au Washington Post.

«Même si [Hillary Clinton] disait de telles choses, je ne pense pas qu'il serait crédible qu'elle puisse les obtenir parce qu'elle –et c'est la même chose pour Bernie [Sanders]– arriverait au pouvoir avec un mandat divisé entre cinq et six problématiques. La vraisemblance de créer le genre de mandat nécessaire pour s'attaquer aux forces les plus puissantes au cœur de Washington est nulle. C'est ce qui m'a poussé à admettre qu'il faut trouver un autre moyen de le faire.»

Après la mise en place du Citizen Equality Act, le vice-président prendrait alors sa place et terminerait son mandat. Quant à savoir qui pourrait se joindre à lui sur son ticket, Lawrence Lessig a donné deux noms au Washington Post: Elizabeth Warren et Bernie Sanders, justement.

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