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Après «Compton», est-il temps d'oublier Dr. Dre?

À Coachella en 2012. REUTERS/David McNew.

À Coachella en 2012. REUTERS/David McNew.

Deux semaines après son lancement sur Apple Music et iTunes, le nouvel album du rappeur américain débarque sur les autres plateformes de streaming et en magasin. Seize ans après «2001», que reste-t-il de son génie? Évaluation.

La musique nous habite parfois d'une manière étrange. Autant, pour certains disques, on se souvient très précisément quand et comment ils sont entrés dans notre vie, autant, pour d'autres, c'est le mystère le plus complet. Ainsi, je sais très bien où j'ai acheté en 1997 Be Here Now, le troisième album d'Oasis, ou Kid A de Radiohead, trois ans plus tard. Par contre, le 16 novembre 1999 ne m'évoque aucun souvenir particulier. Pourtant, c'est ce jour-là qu'est sorti un de mes albums de chevet: 2001, le deuxième album solo de Dr. Dre

Ma découverte du disque a dû venir plus tard. Peut-être même, à l'exception des principaux singles, quelques années après; l'hypothèse ne me paraît pas improbable. Il me reste toutefois des souvenirs vivaces de moments passés à l'écouter en voiture avec des amis ou au casque dans la rue, comme si les vingt-deux morceaux s'étaient peu à peu infiltrés jusqu'à s'imposer comme une évidence. Encore aujourd'hui, je l'écoute très régulièrement sans ressentir de lassitude. Et si je ne devais garder qu'un seul disque de rap et l'emporter sur une île déserte, ce serait certainement celui-ci. Oui, désolé messieurs...


D'une lente agonie à un réveil éclair

Detox, le nom du projet suivant du rappeur américain originaire de Compton, en Californie, a aidé à chasser cette obsession grandissante: difficile de ne pas être refroidi par la longue suite d'annonces repoussant sans cesse ce troisième album studio entamé en 2001 et définitivement abandonné il y a quelques semaines seulement. Motif officiel: résultat insatisfaisant

«J'avais entre 20 et 40 chansons pour Detox, explique Dr. Dre à Rolling Stone, mais je sentais que quelque chose clochait. D'habitude, en cours d'enregistrement, j'arrive à deviner comment vont s'agencer les morceaux. Là, rien n'était clair. Mes tripes me disaient que ça n'allait pas. Je pensais vraiment en avoir fini avec ma carrière d'artiste.»

 En seize ans, un changement de perspective s'est opéré. Plutôt que de regarder vers le futur, Dr. Dre a commencé à se retourner vers son passé

C'est dans cet état d'attente inexorablement déçue qu'est apparu Compton, tel un deus ex machina disponible en écoute exclusive sur Music, le nouveau site de streaming d'AppleEnfin, seize ans après, un nouvel album signé Dr. Dre. Il y a encore quelques temps, une telle sortie aurait été l'événement hip-hop de l'année. Aujourd'hui, elle tient plus du miracle inespéré, dont on craint avant écoute qu'il ne débouche sur la déception de trop pour un artiste qu'on a tant vénéré. 

Un album plébiscité

Le vendredi 7 août 2015 a été le jour d'un grand cri de soulagement et d'une vague de chroniques enthousiastes: «Best New Music» et une note de 8,8 pour Pitchfork, quatre étoiles et un album qualifié de «brillant» par le magazine Rolling Stone, quatre autres étoiles du côté du Guardian. «Le mythe tient encore la route», selon Le Monde, qui parle d'un «bon disque inattendu»


Et il est vrai que l'album s'écoute avec grand plaisir, enchaînant les titres inspirés, à commencer par la bombe «Darkside/Gone». Au fil des seize morceaux pourtant, il est évident que quelque chose s'est perdu. À de rares exceptions près, l'effet hypnotique et novateur de 2001 ou de The Chronic, le premier album solo de Dr. Dre, s'est dissipé. Si Compton est une vraie réussite, il ouvre peu de portes. En tout cas, on peine à lui imaginer une riche descendance. En seize ans, un changement de perspective s'est opéré. Plutôt que de regarder vers le futur (2001 est sorti en 1999, souvenez-vous), Dr. Dre a commencé à se retourner vers son passé.

La nostalgie, camarade

Ce mouvement de recul est peu étonnant quand on retrace la genèse du disque. Compton est le produit dérivé de Straight Outta Compton, un biopic du groupe NWA, dont faisait partie Dr. Dre, qui sortira en salle en France le 16 septembre prochain. De fil en aiguille, c'est son travail de supervision sur le film qui a amené l'Américain à composer ces nouveaux morceaux. D'ailleurs, un générique ouvre ce disque, très vite suivi d'un commentaire introductif sur la déchéance cauchemardesque du quartier de Compton. Le cadre est posé et on ne s'étonnera pas que l'album regorge d'anecdotes nostalgiques sur la naissance du groupe formé avec Ice Cube, Eazy-E, MC Ren, DJ Yella et Arabian Prince, la jeunesse de ses membres du mauvais côté des étoiles de Los Angeles et tout ce qu'ils ont pu vivre ces vingt-cinq dernières années. 

On ne voulait pas être grinçant de manière proprette. Nous avons ouvert les vannes pour les artistes qui voulaient être vraiment bruts de décoffrage

Ice Cube


Pour bien comprendre l'impact de NWA, encore aujourd'hui, sur le public américain, comme le montre le succès du film, qui a même devancé le nouveau Mission:Impossible pour son premier week-end, on peut citer ces lignes du site américain I-D:

«En 1988, André Romelle Young était le cerveau musical derrière Straight Outta Compton, un album si séminal, si révolutionnaire, si rebelle, avec un point de vue provocateur tellement prononcé que son importance ne peut jamais être surestimée. Il a offensé, il a dégoûté, il a éveillé les consciences et prédit les tensions raciales qui allait bientôt déborder sur les rues de Los Angeles à la suite des coups insensés reçus par Rodney King de la part des officiers du LAPD. C'est un album qui est peut-être plus pertinent aujourd'hui que jamais auparavant.»

«Niggaz Wit Attitudes a fait beaucoup plus que divertir. Ils ont dit la vérité», surenchérit auprès de Billboard le jeune rappeur prodige Kendrick Lamar, qui participe à trois titres de Compton. Et comme l'explique Dr. Dre à la même publication: «Si NWA avait été plus soft, le groupe n'aurait pas retenu l'attention. Ça n'aurait pas fonctionné.»

«Nous avons non seulement changé la musique, mais nous avons aussi changé la culture pop du monde entier, ajoute Ice Cube. Nous avons permis ensuite à d'autres artistes d'être eux-mêmes. On ne voulait pas être grinçant de manière proprette. Nous avons ouvert les vannes pour les artistes qui voulaient vraiment être bruts de décoffrage.»

Une époque, pour la face plus sombre de l'histoire, durant laquelle Dr. Dre sera mis en cause pour des faits de violence envers les femmes. En 1991, il est accusé de s'en être pris à une présentatrice télé (les deux parties trouveront un arrangement au tribunal), un épisode omis par le film. Depuis, sa compagne de l'époque a également évoqué des coups subis lors de disputes. Le 21 août, Dr. Dre s'en est excusé dans les colonnes du New York Times:

«Il y a vingt-cinq ans, j’étais un jeune homme qui buvait trop, à tort et à travers, et je n’avais rien pour structurer ma vie. Cela dit, ce n’est pas une excuse pour ce que j’ai fait. (...) Je fais tout ce qui m’est possible de faire pour ne plus jamais ressembler à cet homme. Je m’excuse auprès des femmes que j’ai blessées. Je regrette profondément ce que j’ai fait et je sais que cela a eu des conséquences sur nos vies.»


Chronique d'un succès annoncé

Si Straight Outta Compton a hissé Dr. Dre aux premiers rangs de la scène rap, c'est surtout The Chronic, sorti en 1992, qui l'a installé sur un trône. Grosses basses, lentes rythmiques, samples funk, entêtantes boucles répétitives aux synthés... Un style unique s'impose, qui fait très vite de lui un des producteurs de rap les plus en vogue de la fin du XXe siècle. Oui, Warren G, le G-funk peut enfin exploser. Encore aujourd'hui, The Chronic n'a rien perdu de son charme vénéneux. Cette année-là, Dr. Dre remporte un Grammy pour le morceau «Let Me Ride» et se classe sixième des ventes d'albums.

 C'est comme un film qui présenterait toute une variété de situations. Il y a même l'intermède porno

Dr. Dre


Après avoir lancé Snoop Dogg, propulsé 2Pac en tête des charts, posé sa patte sur le tube «No Diggity» de Blackstreet, filé deux-trois coups de main à des rappeurs de la côte Est dont Jay-Z et signé Eminem, il enfonce donc le clou avec 2001, vendu à plus de 7 millions d'exemplaires aux États-Unis et plus de 10 millions dans le monde. L'esthétique, le son, etc., rappellent The Chronic, mais tous les éléments sont poussés, polis à l'extrême. Et déjà, la métaphore filmique affleure:

«Tout ce que vous entendez est travaillé, lâche-t-il alors au New York Times. C'est comme un film qui présenterait toute une variété de situations. Il y a des montées d'adrénaline, des moments touchants, d'autres plus agressifs. Il y a même l'intermède porno. Tous les éléments qui font un bon film sont là.»


Une nouvelle palette sonore

Alors, seize années plus tard, qu'est-ce qui a changé? Peu de choses et beaucoup à la fois. Le film, lui, est toujours là, sur une note peut-être un peu plus agressive. Mais surtout, la palette sonore s'est élargie, délaissant un certain minimalisme si caractéristique. Dr. Dre ouvre sa musique à de nouveaux genres, comme la trap sur «Talk About It», à plus d'effets aussi. Davantage en retrait, laissant le devant de la scène à une flopée de rappeurs et producteurs de différentes générations, la star du hip-hop semble vouloir ici davantage coller à l'air du temps. Par crainte d'être dépassé à l'âge de 50 ans, peut-être. Ou, à l'inverse, pour montrer à tous qu'il peut encore écraser la concurrence en allant sur son territoire.

«Compton» a été streamé 25 millions de fois sur la plateforme d'Apple qui en détenait l'exclusivité en première semaine

Mais malheureusement pour lui, l'ère des producteurs stars est passée. Timbaland, Danger Mouse ou The Neptunes (Pharrell s'en tirant seul à très bon compte) ont perdu de leur aura auprès du grand public au profit de rappeurs tels Drake, Kendrick Lamar ou Kanye West, capables d'imposer un univers à la sensibilité singulière, loin des clichés dans lesquels semblait s'enfermer le gangsta rap. Le fond a repris le pas sur la forme et Compton participe de cette transformation, que ce soit en faisant référence à la mort d'Eric Garner sur «Deep Water» ou en adoptant une posture plus réaliste sur le vécu, à la manière d'un journal intime. 

Dr. Dre loin derrière Drake

Ce déclin relatif de l'aura de Dr. Dre se traduit déjà dans les premiers chiffres d'écoute. La première semaine, Compton a été streamé 25 millions de fois sur la plateforme d'Apple qui en détenait l'exclusivité. Soit quasiment moitié moins qu'If You're Reading This It's Too Late de Drake (48 millions de streams sur Spotify), sorti également par surprise en février. En mars, Kendrick Lamar réalisait lui un pic à 39 millions d'écoutes avec son troisième album To Pimp a ButterflyCertes, Music, le service de streaming d'Apple, vient juste de se lancer et compte moitié moins d'abonnés que l'offre premium de Spotify, mais il n'est pas du tout certain que la mise à disponibilité du disque sur les plateformes concurrentes à compter de ce vendredi 21 août ne permette de réellement rattraper ce retard. Surtout que Spotify, qui n'aurait pas le droit d'offrir le disque sur la partie gratuite de son site, aurait préféré renoncer.

Pour le New York Times, il faut tout simplement accepter que Dr. Dre boxe désormais dans une catégorie à part. À en croire le grand quotidien américain, les vrais pairs ou concurrents du producteur ne sont pas Kanye West ou Pharrell Williams:

«Ces derniers se concentrent sur la manière dont chaque micro-élément interagit avec les autres pour créer un tout. On entend la mécanique au travail. Dr. Dre, à l'inverse, se soucie davantage de l'atmosphère, de l'ambiance, des textures. Il ne produit que la moitié des chansons de Compton –son usage des samples est toujours si élégant–, mais il en a mixé la totalité, et c'est plus qu'un détail. Tous les titres ont une grâce presque tactile. Depuis The Chronic, ses vrais pairs sont les compositeurs de musique de films –disons John Williams ou James Horner– qui arrivent à nous faire pencher vers un état émotionnel à l'aide des outils les plus grossiers de leur palette avant de fignoler les détails.»

«Out of the box»

À lire les témoignages de ceux qui ont participé à Compton, la tonalité particulière du disque doit beaucoup à une forme de pragmatisme liée à la façon dont se sont déroulés les sessions d'enregistrement. Si Dr. Dre s'est laissé emmener sur de nouvelles pistes, c'est aussi parce que son processus créatif laisse de plus en plus de place à ses collaborateurs. Et pas seulement pour ce qui est d'assumer les parties vocales (Dr. Dre est à ce titre particulièrement discret sur Compton).

On avait déjà entendu Dr. Dre sortir de sa zone de confort avant, mais là il l'a fait sur la durée entière du disque

Dans son article sur l'évolution du rôle du producteur de rap, le site anglais Hip-hop Hub explique:

«Dr. Dre a popularisé le rôle du producteur exécutif de studio, qui ne crée pas ses beats tout seul. Pour produire certains de ses morceaux les plus connus, il a ainsi collaboré avec des gens comme Sam Sneed, Scott Storch, Mel-Man, Mike Elizondo, Neff-U et DJ Khalil

Le rappeur King Mez, qui a coécrit la plupart des textes chantés par Dr. Dre sur Compton, s'est ouvert au site Pitchfork du travail effectué en studio:

«Au départ, on a travaillé sur de vieux morceaux à lui qui rappelaient un peu l'esprit de 2001, indique-t-il sans manifester d'enthousiasme. Puis des gens sont arrivés, qui ont vraiment changé le son de l'album.»

En panne d'inspiration, Dr. Dre est donc allé frapper à la porte de jeunes rappeurs et producteurs. Pour Mez, le travail et l'implication de DJ Dahi ont marqué un tournant dans l'enregistrement, avec l'arrivée de sonorités très contemporaines. «Ça a vraiment changé la perspective de Dr. Dre sur cet album», ajoute-t-il.

Dem Jointz, qui a assisté et participé à de nombreuses sessions d'enregistrement, confie également à Pitchfork: 

«On avait déjà entendu Dr. Dre sortir de sa zone de confort avant Compton, mais c'était généralement pour un morceau ou deux. Ce que j'aime ici, c'est qu'il l'a fait sur la durée entière du disque. Et il n'y a jamais remis les pieds.»

Tous insistent sur la rigueur au travail d'un producteur qui n'hésite pas à refaire cent fois les choses jusqu'à obtenir la bonne prise, peaufinant chaque détail à la main, sur ses machines, plutôt que coincé derrière un écran d'ordinateur avec sa souris.

Les affaires sont les affaires

Ce processus industriel visant à obtenir un album résolument contemporain est justement la limite que je trouve à Compton, le souci du détail et de la variété prenant un peu le pas sur la personnalité. Je suis plus sensible, à ce titre, à la démesure un peu fouillis du To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar, par exemple, où l'on sent réellement un cœur qui bat et se débat derrière chaque beat. Malgré l'indéniable passion de Dr. Dre pour son art, il y a presque, dans le fond, une logique de boutiquier que l'on retrouve à plusieurs niveaux. 

La sortie du disque  s'accompagne de cette même logique mercantile avec la promotion du film et l'exclusivité laissée au service de streaming d'Apple

Les featurings, par exemple, en mêlant de manière presque égale jeunes et vieux rappeurs sans créer réellement de points de rencontres ou de surprises, amoindrissent un peu l'effet escompté. Eminem fait du Eminem, le débit toujours aussi virtuose, créant un début de polémique pour une punchline sur le viol. Kendrick Lamar fait du Kendrick Lamar, etc. Reconnaissons tout de même à Dr. Dre sa capacité intacte à faire émerger de nouvelles voix. Ici, Justin Mohrle, par exemple, tout droit sorti de Dallas.

La sortie du disque s'accompagne de cette même logique mercantile, que ce soit avec la promotion du film en parallèle ou avec l'exclusivité de deux semaines laissée au nouveau service de streaming d'Apple au détriment des autres plateformes (et de l'auditeur). Une stratégie assez inédite à ce niveau de notoriété, qui devrait malheureusement faire des émules tant la concurrence est de plus en plus exacerbée sur ce secteur, Tidal racheté par Jay-Z ayant là à peu près le seul atout dans sa manche pour bouleverser le marché. C'est comme si le presque milliardaire du rap, après avoir vendu Beats à Apple, ne pouvait donc s'empêcher de penser sa musique en businessman. Les beats auxquels on associe Dr. Dre sont d'ailleurs aujourd'hui davantage portés sur la tête que donnés à écouter dans le creux de nos oreilles.

Sexe, drogue et rock'n' roll hautes technologies

Ce basculement d'une carrière d'artiste à une reconversion entrepreneuriale est aussi symptomatique d'une certaine perte d'attractivité de la musique. Le chanteur Matthew Bellamy, du groupe Muse, regrettait en juin dernier, sur le site du magazine GQ, le manque d'intérêt des gens les plus brillants pour le rock:

«L'industrie musicale est décimée. On se sent un peu seuls, oui. Il y a quinze ans, on croisait des groupes tout le temps, dans les hôtels, en tournée. Maintenant, c’est plus calme. Je ne sais pas si c’est parce qu’on est à un autre niveau ou si c’est parce qu’il n’y a plus personne autour. En tout cas, il me semble clair que de moins en moins de personnes se tournent vers le rock’n’roll. Les gens les plus brillants s’orientent désormais vers autre chose. A mon avis, ils sont davantage attirés par les nouvelles technologies. Entre les années 1960 et 1980, le rock avait un pouvoir d’attraction beaucoup plus fort qu’aujourd’hui.»

Avant, les adolescents fantasmaient de devenir le prochain Jimmy Page; aujourd'hui, ils rêvent tous de devenir Larry Page

Jimmy Iovine

Jimmy Iovine, l'associé de Dr. Dre dans Beats, aujourd'hui en charge d'Apple Music, ne dit pas autre chose à Wired:

«Avant, les adolescents fantasmaient de devenir le prochain Jimmy Page; aujourd'hui, ils rêvent tous de devenir Larry Page. Ils sont devenus nostalgiques de la première fois où ils ont utilisé Snapchat, pas de la première fois où ils ont entendu "Smells Like Teen Spirit". Si aujourd'hui, tu leur demandes de choisir entre la musique et Instagram, ils ne vont pas opter pour la musique. Il y a eu une époque où pour tous les jeunes de 15 à 25 ans, la musique c'était tout. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.»

Dr. Dre n'a plus 15 ans, mais lui aussi est allé chercher dans les nouvelles technologies un niveau de réussite et de satisfaction que ne pouvait plus lui offrir la musique. Au point de basculer définitivement du côté obscur? Soyons honnête, sans doute nous aussi, en vieillissant, devenons-nous plus sensible au confort matériel, parfois un peu au détriment de nos passions. Peut-être Dr. Dre a-t-il juste l'honnêteté de regarder en face le temps qui passe, l'inspiration qui vacille, jusqu'à jeter à la poubelle vingt à quarante morceaux sur lesquels il a travaillé pendant plus de dix ans. 

À ce titre, Compton fait tout de même figure de sortie de route plus qu'honorable, que peuvent lui envier bien d'autres rappeurs. Surtout, il a le mérite de dessiner les contours des combats à mener pour faire de Compton, ce réservoir de talents qui n'a rien à envier à Hollywood, autre chose qu'une ville repoussoir. Sans doute Dr. Dre ne sera plus de ces combats-là. Il aura au moins eu le mérite de montrer la voie, laissant in fine les clés du garage à une nouvelle génération, Kendrick Lamar en tête. C'est à eux maintenant de marquer durablement les mémoires. Et d'intégrer ce petit groupe privilégié d'artistes qu'on oubliera jamais.

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