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Si le marché auto repasse la seconde, l'emploi en France reste à l'arrêt

Des Peugeot 208, des Citroen C3 et des DS 3 à Poissy en avril dernier (REUTERS/Benoit Tessier)

Des Peugeot 208, des Citroen C3 et des DS 3 à Poissy en avril dernier (REUTERS/Benoit Tessier)

Les ventes de voitures progressent et les résultats financiers de Renault et PSA sont encourageants, mais les deux groupes n’ont pas pleinement profité du rebond du marché. Notamment en France. Explications.

L'année 2015 pourrait bien être celle du renouveau des marques françaises automobiles. Un an après avoir touché le fond et fait entrer le chinois Dongfeng et l’État français à son capital pour éviter la sortie de route, PSA avec ses trois marques (Peugeot, Citroën et DS) a annoncé une hausse de près de 7% de son chiffre d’affaires. Celui-ci a frôlé les 29 milliards d’euros au premier semestre de l’année, lui permettant de dégager un résultat net positif de 720 millions d’euros. L’oxygène chinois profite au groupe sochalien dont l’action a bondi de plus de 70% en sept mois. 

Toutefois, c’est le groupe Renault (avec notamment Dacia) qui enregistre la meilleure performance: la progression de 12% de son chiffre d’affaires semestriel (22,2 milliards d’euros) se traduit par un bond de 83% de son résultat net à près de 1,5 milliard d’euros. Le groupe profite notamment de la contribution au résultat de Nissan, de 979 millions d’euros pour ce semestre. L’action du groupe, depuis janvier, a gagné près de 50%.

Des contrastes violents à l’international

La hausse des volumes de vente et l’amélioration des taux de rentabilité sont à l’origine de ce redressement. Mais à l’international, les deux groupes doivent faire face à des situations parfois difficiles. Les contrastes sont parfois violents: ainsi PSA s’attend pour cette année à une croissance du marché de 3% en Chine mais à une baisse de 15% en Amérique latine et de 35% en Russie! Les deux groupes doivent s’adapter. Par exemple, en Russie, Renault est touché à travers sa filiale Avtovaz. Au Brésil, PSA subit des revers plus sévères que Renault. 

Le marché français est à l’unisson de la tendance européenne. Pour les seules voitures particulières, de janvier à juillet, les immatriculations ont progressé de 5,6%

À l’inverse, la Chine –le premier marché automobile du monde dont on ne cesse de prédire le recul et qui continue malgré tout de progresser– est devenue depuis un an le premier marché de PSA. Mais même si la moitié des ventes de Renault se font hors d’Europe et 42% pour PSA, le Vieux continent reste capital pour la stratégie des deux groupes qui prédisent pour cette année une progression de 5 à 6% des immatriculations sur ce marché. Pas négligeable !

En France, de bonnes performances à nuancer

Le marché français est à l’unisson de la tendance européenne. Pour les seules voitures particulières, de janvier à juillet, les immatriculations ont progressé de 5,6%. Et le baromètre des commandes du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), qui fait état d’une hausse de 23% des commandes en fin de semestre, laisse augurer encore de bonnes performances. 

Toutefois, les groupes français n’ont pas profité au mieux du rebond des ventes dans l’Hexagone sur ces sept mois. Renault n’y a progressé en volume que de 2,2% à cause d’une méforme de Dacia. Et PSA n’a augmenté ses ventes que de 3,5%, malgré la percée de Peugeot contrariée par les baisses de régime de Citroën et de DS. Reste qu’à eux deux, ces deux groupes automobiles se sont adjugés près de 55% des immatriculations en France contre 45% pour les autres marques. 

Peut-on parler pour autant de rebond de l’automobile française ? Pas tout à fait. Si l’on regarde les immatriculations, ce sont les marques des groupes étrangers qui en ont le plus profité avec une hausse de leurs ventes de 9,2% sur neuf mois. L’automobiliste consommateur a donc plus souvent poussé la porte d’une concession d’un groupe étranger que d’un des deux groupes français. 

Rappelons qu’en 2014, les deux groupes ont produit 1,5 million de voitures particulières et utilitaires légers en France (au lieu de 2,5 millions en 2007), contre près de 4,2 millions hors de France. On note toutefois, de la part de Renault, un effort pour relocaliser certaines productions dans ces usines françaises

Bon point pour les gammes économiques et inférieures

Or, pour l’économie française, les voitures importées ne génèrent quasiment aucune valeur ajoutée industrielle dans l’Hexagone, et les emplois se limitent aux services de la distribution automobile. Ce rebond des ventes illustre donc une amélioration du moral des ménages qui hésitent moins à changer de voiture et à souscrire un crédit, mais ne traduit pas une relance spectaculaire de la production automobile en France. 

Le phénomène mérite d’autant plus d’être souligné que 54% des ventes en France concernent des voitures des gammes économiques et inférieures (contre 43% en moyenne en Europe). Certes, les deux groupes français sont particulièrement bien placés sur ces segments du marché,  avec des modèles qui se hissent aux meilleures places du hit-parade des ventes. Malheureusement, ces véhicules ne sortent pas des usines de l’Hexagone, mais de celles implantées dans des pays où les coûts de production sont plus compétitifs, en Espagne et en Turquie, mais aussi en Slovénie, en Slovaquie, en République tchèque ou en Roumanie, ainsi qu’au Maroc où Renault s’est maintenant bien installé et où PSA s’apprête à l’imiter. 

L’emploi toujours victime des délocalisations

Ainsi l’activité des usines de l’Hexagone ne profitent-telles pas intégralement du regain du marché automobile français. Rappelons qu’en 2014, les deux groupes ont produit 1,5 million de voitures particulières et utilitaires légers en France (au lieu de 2,5 millions en 2007), contre près de 4,2 millions hors de France. On note toutefois, de la part de Renault, un effort pour relocaliser certaines productions dans ces usines françaises puisque sur le premier semestre de l’année, si l’activité de PSA en France a encore un peu baissé, celle de Renault s’est redressée.

On comprend mieux pourquoi, malgré les déclarations des dirigeants et leur communication sur des projets créateurs d’emplois, les effectifs de l’industrie automobile continuent de baisser en France, qu’il s’agisse de Renault malgré les perspectives de monter des voitures Nissan sur ses chaines françaises, ou de PSA qui continue de réduire le nombre de ses salariés pour ramener ses coûts de production au niveau des standards européens.

On remarque enfin deux tendances lourdes de l’automobile en France. D’abord, un recul des ventes de voitures diesel dont les ventes, qui ont représenté 58% du total, un recul de 7 points alors que les voitures à essence ont gagné près de 6 points à plus de 37%. Ensuite, une baisse des émissions de CO2 en France, à moins de 112 grammes/km en moyenne alors que la moyenne est à 123 g/km au Royaume-Uni et à 130 g/km en Allemagne. Une situation qui provient de l’importance du parc de voitures économiques, plus économes en énergie. Reste que cette moyenne est surtout obtenue grâce aux progrès réalisés sur les voitures à moteurs thermiques, les voitures électriques ne représentant toujours que 0,8% des ventes.

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