Vague d'homophobie dans le monde musulman

Slate.fr, mis à jour le 21.09.2009 à 12 h 20

Une vague de violences homophobes submerge le monde musulman, selon une enquête publiée le 17 septembre par le quotidien allemand Der Spiegel. S'ils n'avaient jamais été en odeur de sainteté auprès des fondamentalistes, les gays sont désormais victimes d'une chasse systématique. Les associations de défense des droits des homosexuels estiment que plus de 100 000 personnes sont victimes de persécutions qui tournent souvent au lynchage.

Kidnapping, humiliations, séquestrations, exécutions, tel est le traitement encouru au quotidien par des milliers d'hommes à Bagdad en Irak soupçonnés d'homosexualité. La plus grande crainte de ces hommes est que leurs persécuteurs informent leurs famille de la raison de ces mauvais tratements. Ils sont gays, une honte insupportable pour les leurs. Alors nombreux sont ceux qui décident de fuir, notamment au Liban.

Passés inaperçus dans le tumulte des violences, une série de meurtres homophobes ensanglante Bagdad depuis le début de l'année. Selon l'ONG Human Right Watch, des centaines de cadavres d'hommes trop «efféminés» au goût des milices islamistes sont retrouvés violés, émasculés, l'anus scellé à la glu, et jetés en pleine rue ou dans les terrains vagues.

Les miliciens radicaux sont invités, au cours des prêches, à restaurer l'ordre moral en chassant la moindre marque de féminité imputable aux hommes qu'ils rencontrent: cheveux trop longs, vêtement trop moulants, démarche... Les milices sunnites proches d'al-Qaida, et même les forces de sécurité irakiennes sont soupçonnées de participer aux exactions, rapporte Der Spiegel. Il s'agit pour eux d'expurger leur société d'un mal qu'ils disent importé par les troupes d'occupation américaines. Mais la haine des homosexuels n'est pas l'apanage de l'Irak.

Une trentaine d'États disposent de lois islamiques réprimant le crime de pédérastie, avec des peines prévues allant du fouet à l'emprisonnement à vie. Certains pays appliquent la peine de mort: la Mauritanie, l'Iran, le Bangladesh, le Nigeria, le Soudan, les Émirats Arabes Unis, le Yémen et l'Arabie Saoudite. Un fatwa iranienne appelle au «meurtre violent» des homos. Mais nul besoin de lois répressives, la discrimination se propage au sein de nombreux États musulmans, en servant d'argument à l'Islam politique.

En Egypte, une police du vice à été mise en place. Ils utilisent écoutes téléphoniques et espionnage pour accuser leurs victimes de «débauche». Des prêcheurs stigmatisent «la perversion» des gays à la télévision. En Malaisie, le chef de l'opposition Anwar Ibrahim risque 9 ans de prison après avoir été accusé de sodomie pour la seconde fois en moins de dix ans. Même dans le «très libéral» Liban, les gays encourent un an de prison. Beyrouth dispose cependant de la seule association gay et lesbienne du monde arabe.

Pour Der Spiegel, la pensée pudibonde héritée de la colonisation occidentale n'est pas étrangère à cette réinterprétation des écritures dans une acception homophobe. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que de tels comportement sont observés. Auparavant la culture musulmane comptait aussi des courants qui véhiculaient au contraire une vision libérale de la sexualité, relativement similaire à celle développée en Grèce antique, comme l'indiquent de nombreux poèmes et contes populaires. Selon l'enquête, plus de la moitié des lois de répression de l'homosexualité actuellement en vigueur, dérivent de la loi imposée en Inde par les britanniques en 1860. Cependant c'est la politisation de l'Islam qui reste le moteur de diffusion principal de cette haine.

Photo de une: «Pas d'homos à l'échafaud», Gaypride 2009/Bérengère Berra

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