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Tinder a-t-il vraiment tué l'amour romantique? Les statistiques disent que non

Un récent article de Vanity Fair signé Nancy Jo Sales accuse Tinder d'avoir tué l'amour romantique. De New York à l'Indiana, les jeunes Américains interviewés évoquent l'«apocalypse du dating»: les gens communiquent par emojis et photos de pénis et tous les mecs sont des «fuckboys» qui ne s'intéressent qu'au sexe. Les rencontres via smartphone sont comme du shopping en ligne. Le papier est truffé de citations comme: «L'amour romantique est complètement mort» et «Il n'y a plus de vrais rendez-vous, plus de relations amoureuses».

Mais dans un pays où 68% des femmes sont mariées avant 30 ans (et 44% avant 25 ans), la description que dresse Nancy Jo Sales est bien moins généralisée que l'article ne le laisse entendre. Dans le New York Magazine, le journaliste Jesse Singal explique que si l'article de Vanity Fair est une étude ethnologique intéressante sur les utilisateurs d'applications de rencontre, il n'est pas pour autant exact d'en tirer des conclusions sur la fin d'une ère en matière de relations amoureuses. 

Une abondance d'anecdotes bien choisies n'a pas de valeur statistique. Cette année, deux universitaires américains ont publié une étude sur la vie sexuelle de la génération Y, dont les résultats nuancent fortement le tableau peint par Vanity Fair. La professeure de psychologie Jean Twenge a analysé les réponses d'environ 30.000 Américains à un sondage annuel fait entre 1972 et 2012 et elle a trouvé que les baby-boomers et la génération X avaient en moyenne un peu plus de partenaires sexuels que la génération Y. Une des raisons données est notamment que la génération actuelle devient sexuellement active plus tard que celle des baby-boomers. 

Dans son article, Nancy Jo Sales cite cette étude uniquement entre parenthèses et pour la critiquer rapidement en disant qu'elle est en partie fondée sur des projections car la génération Y est encore jeune. Ceci dit, l'étude a tout de même permis de comparer le nombre de partenaires sexuels à 25 ans entre des milliers de membres de générations différentes.

Jean Twenge avait pourtant été contactée par Nancy Jo Sales, mais elle explique au New York Magazine que la journaliste de Vanity Fair semblait déjà avoir décidé de sa conclusion avant de regarder les chiffres. Pour Jesse Singal, il s'agit d'un clash typique entre une culture journalistique fondée sur les interviews et les anecdotes et une approche de sciences sociales qui se fonde sur des études représentatives à grande échelle. Si les applications comme Tinder ont changé les rencontres, c'est d'une manière plus nuancée: dans de nombreux cas, écrit Singal, la technologie ne fait que renforcer les préférences préexistantes des utilisateurs. Avec d'un côté ceux qui cherchent le coup d'un soir et de l'autre ceux qui cherchent leur futur époux.

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