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La prophétie du triangle noir du Quercy, «le meilleur ciel de France»

Nuit étoilée (REUTERS/Jon Nazca)

Nuit étoilée (REUTERS/Jon Nazca)

Estampillé «meilleur ciel de France métropolitaine» en 2002, le Quercy tente aujourd'hui de faire vivre ce label à travers de nombreuses initiatives économiques locales.

En juillet 2002, la revue mensuelle d'astronomie Ciel et Espace publie une carte de la qualité du ciel nocturne en France. Résultat d'une étude menée par une équipe de chercheurs italiens, elle révèle un surprenant triangle noir. Cette zone, synonyme d'un ciel exceptionnellement préservé de la pollution lumineuse, se trouve dans le Quercy, correspondant au département du Lot.

L'information est reprise par une dépêche AFP et la zone en question fait l'objet d'un article à part entière dans Ciel et Espace dans les mois suivants. Ce coup de projecteur médiatique donne naissance au «triangle noir du Quercy», estampillé «meilleur ciel de France métropolitaine».

Une surprise exceptionnelle

Localement, la surprise est grande. Philippe Canceil est alors président de l'unique club d'astronomie du département, basé à Gigouzac à quelques kilomètres du Triangle noir. «Nous avons été complétement surpris. On se s'imaginait pas que le ciel était d'une telle qualité», se remémore-t-il.

Une surprise que confirme Cédric Conteau, directeur adjoint du Parc naturel régional des Causses du Quercy: 

 «C'était une révélation. On savait que le ciel était de qualité mais nous n'avions pas conscience que c'était une qualité exceptionnelle. On imaginait que les zones de montagnes étaient avantagées.»

D'ailleurs, a posteriori, le Triangle noir du Quercy pourrait ne pas être le meilleur ciel de France. 

«Cette carte était faite avec des données satellite assez anciennes. Et elle était peu précise. Le logiciel avait révélé cette zone-là car elle est très éloignée de grandes agglomérations. Le maillage était assez grossier. C'est un peu comme si à la météo on disait que le temps est au beau à Dunkerque parce qu'il fait beau à Paris, explique l'astronome Philippe Canceil. Mais aujourd'hui, on sait qu'il y a des ciels équivalents ailleurs, comme dans les Alpes-de-Haute-Provence et dans les Pyrénées, et dans des zones plus proches de villes.»

Un intérêt touristique

Mais la méthode employée par l'étude italienne couronne le Triangle noir du Quercy. Avec sa faible densité de population et son éloignement d'agglomérations importantes, il est sacré meilleur ciel de France métropolitaine. Une appellation attachante qui est restée.

L'industrie touristique s'est alors mis à s'y intéresser, à voir le ciel comme un patrimoine

Chez les astronomes amateurs, c'est l'engouement. Localement un peu moins. «Au début, en 2002, très peu d'élus se sentaient concernés. Lorsque l'on disait qu'il faudrait éteindre les lumières pour préserver cette richesse, on n'était pas compris. Alors pour prouver que touristiquement cela pouvait être intéressant, nous avons organisé des Rencontres Astronomiques du Ciel Noir en Quercy», raconte Philippe Canceil. À quatre reprises, plus d'une centaine d'astronomes amateurs viennent en famille et avec des amis observer le ciel de ce fameux triangle noir. «L'industrie touristique s'est alors mis à s'y intéresser, à voir le ciel comme un patrimoine. Et à partir de là, le ciel noir a été revendiqué.»

D'autant plus que dans cette zone qui culmine à 400 mètres d'altitude, «nous avons l'avantage de pouvoir faire des observations nocturnes toute l'année. Tandis qu'en montagne, on ne tient pas longtemps l'hiver», commente Philippe Canceil.

Le jeune Parc naturel régional des Causses du Quercy, créé en 1999 et dont le tracé englobe la zone du triangle, s'empare également de l'affaire. Pour Cédric Conteau, son directeur adjoint, «cela nous a amené à engager une politique pour préserver ce patrimoine». Rien d'évident pour autant. «Nous sommes dans un territoire très rural où l'électricité est arrivée tard. C'était un acquis social d'avoir l'éclairage dans les villages, où vivent encore des personnes âgées qui se sont battues pour l'avoir», explique-t-il.

Une réduction des émissions lumineuses

Un travail de sensibilisation fut nécessaire. Travail qui commence à porter ses fruits puisque, pour préserver cette richesse naturelle, de plus en plus de communes réduisent leurs émissions lumineuses.

Cette réduction des émissions lumineuses est aussi un bon moyen pour ces petites communes de faire des économies

D'après le PNR, près de la moitié de la centaine de communes situées sur son territoire éteignent leur éclairage après minuit. Douze communes y sont signataires de la Charte de protection du ciel et de l'environnement nocturne. Élaboré par l'Association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturne (ANPCEN), ce texte invite à une réduction de la pollution lumineuse. Dix communes sont aussi lauréates du Concours Villes et Villages étoilés organisé par cette même association.

Cette réduction des émissions lumineuses est aussi un bon moyen pour ces petites communes de quelques centaines d'habitants de faire des économies non négligeables, alors que les dotations de l'État ne cessent de baisser. Tout en préservant cet argument touristique qu'est un ciel noir.

Aujourd'hui, le PNR n'est pas à même d'évaluer le nombre de ces astro-touristes, des visiteurs venus pour apprécier la qualité du ciel. Mais il devrait mener une étude de stratégie touristique sur ce thème l'an prochain. Et certains hébergements n'ont pas attendu pour jouer la carte «ciel noir».

«Il y a un dynamisme local. Les élus se sentent concernés Ils ont décidés d'en faire un argument touristique, mais pourquoi pas? Si l'on peut combiner l'économie et l'écologie, c'est l'idéal», avance l'experte en développement durable Anne-Marie Ducroux.

La difficile préservation

Le Quercy a ainsi pris une longueur d'avance sur le thème de la pollution lumineuse. «Nous avons commencé des discussions avec des agglomérations voisines de la zone, comme Cahors et Figeac, dont la forte pollution lumineuse peut entacher la qualité du triangle noir», confie Cédric Conteau, directeur adjoint du PNR. La préservation du ciel nocturne fait désormais partie des objectifs prioritaires du Parc naturel.

Pourtant, la région est, comme l'ensemble de la France, touchée par l'augmentation de la pollution lumineuse. La dernière étude publiée par l'ANPCEN pointe une augmentation des points lumineux de 89% entre 1992 et 2012. Philippe Canceil confirme avoir vu la qualité du ciel se détériorer, même dans le Triangle noir. Mais dans cette zone, les démarches de préservation permettent d'avoir en deuxième partie de nuit, après l'extinction des lumières par certaines communes, «un ciel meilleur qu'avant». Preuve que le Triangle noir du Quercy veut vraiment croire à son étoile.

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