Au-delà de la «jungle»? par François Hollande
Eric Besson a annoncé la fermeture du centre de réfugiés sauvage.
- Un demandeur d'asile près de Calais, REUTERS/Stringer France -
La situation humaine des migrants qui se pressent dans le Calaisis pour franchir la manche et atteindre l'Angleterre, sans d'ailleurs toujours y parvenir, est insupportable.
Elle l'est pour les exilés qui viennent butter dans le Calaisis, sur cette frontière naturelle du bout de l'Europe. Elle l'est aussi pour les habitants du Pas-de-Calais qui ont le sentiment de voir leur quotidien transformé en zone de transit et parfois de non-droit.
Ce qu'on appelle la «jungle» est en fait la traduction sauvage de l'échec des politiques migratoires à l'échelle européenne.
Le ministre de l'identité nationale vient d'annoncer que les baraquements et les campements où s'entassent Afghans, Irakiens, Soudanais, Iraniens, seraient la semaine prochaine détruits à coups de bulldozers et que les migrants se verraient proposer une solution, autrement dit un retour groupé.
Je ne me plaindrai pas du démantèlement des trafics et des filières dans lesquelles les passeurs et d'autres profiteurs trouvent l'occasion d'un enrichissement écœurant. Mais il y a derrière cette soudaine décision la même part de communication et d'illusion que lors de l'annonce par Nicolas Sarkozy, en 2002, de la fermeture de Sangatte. Le Ministre de l'Intérieur de l'époque prétendait avoir réglé le problème en en terminant avec un camp qui avait vu transiter près de 70 000 migrants de 1999 à 2002. Ce fut un lâche soulagement. Aussitôt Sangatte fermé, des «jungles» ont proliféré sur tout le littoral. Les migrants étaient toujours là, les exilés toujours partant pour l'aventure, mais sans accompagnement, sans encadrement, sans surveillance. Et aujourd'hui qu'y aura-t-il après la jungle de Calais?
Certes, la dissuasion va produire son effet. Dans un premier temps, «ils» seront moins nombreux. Mais ensuite les mêmes causes produiront les mêmes effets et nous verrons surgir d'autres squats, d'autres campements dans des forêts, dans des zones industrielles, dans des immeubles désertés. Bref dans un monde parallèle, souterrain, comme dans ces films de science fiction où sous la terre se cachent dans l'ombre des figures dont on ne sait plus si elles sont humaines.
Nous sortirons de ce monde dual avec, non pas simplement des principes -ce qui est quand même toujours préférable- et des bulldozers, mais avec une politique qui doit être d'abord européenne, qui suppose une coopération entre la France et l'Angleterre, et qui tarisse à la source les migrations des populations les plus en danger dans leur pays d'origine.
Enfin, il faut qu'il y ait des structures d'accueil permettant dans des conditions humaines de préparer des solutions individuelles pour chacun de ces exilés. Sinon, c'est l'hypocrisie générale. Cacher ces camps que je ne saurais voir, ces visages que je ne saurais regarder, ces ombres qui nous rappellent les guerres d'ailleurs, ces déchets et ces abris de fortunes qui révèlent un malheur s'ajoutant à la crise que nous traversons. Au-delà de la jungle, le choix est entre la civilisation et la sauvagerie.
François Hollande
Image de Une: Un demandeur d'asile près de Calais, REUTERS/Stringer France
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Mis à jour le 19/09/2009 à 9h58









































Brillante analyse monsieur Hollande, digne d'un devoir à l'ENA!
Choix entre civilisation et sauvagerie, entre humanitaire et répression du commerce des hommes....
Très concrétement, et sans brandir de grands principes qui font forcément l'unanimité, quelle solution à ce cruel problème alors que nous continuons à entretenir la pompe à rêve ?
Vous l'appelez de vos vœux une coopération européenne ?
Mais la coopération c'est aussi une affaire d'interlocuteur et en l'occurrence il ne semble pas que nos amis britanniques montrent un grand empressement à coopérer.
Chiche soyez l'initiateur d'une mission qui dépasse les clivages politiques!
L'engagement politique ce n'est pas que des mots, c'est aussi agir.
Je n'insisterai pas sur le brio de cet article déjà souligné par patricedusud.
Néanmoins j'aimerais bien qu'on m'explique la légitimité de la présence de tous ces hommes jeunes, Afghans, Irakiens, Soudanais ou Iraniens, dans des baraquements du Calaisis alors que dans leurs pays se déroulent des guerres ou des combats politiques dont leur avenir et leur liberté peuvent dépendre.
Pendant la Guerre de 1940-45 dont on peut voir les images actuellement à la télévision, ce sont les enfants qu'on évacuait vers les campagnes. Les femmes, les enfants et les vieillards fuyaient aussi les zones de combats. Les hommes eux, partaient pour l'Angleterre pour continuer la lutte avec les Alliés, ou entraient dans la Résistance, ou entraient dans la Milice, ou restaient sur place en attendant que les événements leur permettent de participer, d'une manière ou d'une autre à la libération du pays le moment venu.
Bref ils acceptaient l'idée de se battre pour la liberté ou de mourir. Et beaucoup sont morts.
Si tous avaient fui aux Etats-Unis ou ailleurs, qu'en aurait-il été de la France ?
L'immigration, dans les années à venir, est appelée à se développer; soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons humanitaires. Les équations écologiques, alimentaires et économiques seront de plus en plus difficiles à résoudre. Si l'Europe ne s'organise pas en prenant des mesures communes, humaines et de bon sens, nous allons vers de grands problèmes. Le déplacement d'une population indésirable, surtout en temps de crise, ne peut que poser des problèmes d'éthique. La politique à mener sera dangereuse car elle fera intervenir le sentiment populaire qui n'est pas toujours dans la raison des choses. Ne dressons pas les individus les uns contre les autres. Exigeons des droits et des devoirs dans le cadre d'une réglementation Européenne. Sinon nous allons droit vers un chaos!