Partager cet article

Deux kamikazes japonais racontent comment ils ont échappé à la mort

Katsumoto Saotome, japonais de 82 ans, est un survivant des bombardements de Tokyo de 1945. Pendant une interview pour Reuters en mars 2015, il montre un bandeau qu'il a récupéré pendant l'évacuation, avec ces mots écrits dessus: «kamikaze». | Issei Kato/Reuters

Katsumoto Saotome, japonais de 82 ans, est un survivant des bombardements de Tokyo de 1945. Pendant une interview pour Reuters en mars 2015, il montre un bandeau qu'il a récupéré pendant l'évacuation, avec ces mots écrits dessus: «kamikaze». | Issei Kato/Reuters

Hisao Horiyama et Takehiko Ena ont été choisis pour faire partie des missions-suicides pendant la Seconde Guerre mondiale. Un coup du sort leur a permis d'en réchapper in extremis.

En 1944, Hisao Horiyama a appris comment il devait mourir en recevant une simple feuille de papier:

«Nous avons fini notre entraînement et on nous a donné une feuille où étaient écrites trois options: être volontaire de plein gré, être simplement volontaire ou décliner.»

Il s'est porté volontaire, sans hésitation.

Alors que les 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale se profilent, le Guardian retrace le destin de deux kamikazes japonais, Hisao Horiyama et Takehiko Ena. Tous les deux étaient jeunes, tout juste 20 ans, lorsqu'ils ont été choisis pour faire partie de cette unité spéciale d'élite, conditionnée pour sacrifier sa vie pour sa patrie.

C'était à la fin de 1944. Les Alliés reprennent peu à peu l'avantage, le Japon sent le vent tourner en sa défaveur et envoie les premiers kamikazes de l'histoire se jeter sur les navires ennemis. Horiyama était alors un jeune soldat dans l'artillerie, au sein de l'armée impériale japonaise. En tant que sujet dévoué de l'empereur, il aspirait à ce moment de gloire:

«Nous ne pensions pas beaucoup à notre mort. Nous avons été entraînés à supprimer nos émotions. Mourir était l'accomplissement ultime de notre devoir. Nous savions que, si nous revenions en vie, nos supérieurs seraient en colère».

Je me suis senti mal de n'avoir pas pu me sacrifier pour mon pays. J’avais raté ma chance

Hisao Horiyama, ancien soldat de l’armée impériale japonaise

Mais le testament qu'on lui avait demandé d'écrire à ses parents ne sera finalement jamais envoyé. Le Japon a rendu les armes avant, sauvant Horiyama in extremis:

«Je me suis senti mal de n'avoir pas pu me sacrifier pour mon pays. Mes camarades décédés seront honorés pour toujours. Moi, j'avais raté ma chance de mourir de la même façon. Je me suis senti comme si j'avais laissé tomber tout le monde.»

Plus de 3.800 kamikazes se sont sacrifiés

Takehiko Ena, lui, n'était pas animé de la même ferveur que Horiyama. Étudiant dans une prestigieuse université de Tokyo, comme la plupart des kamikazes enrôlés, il était assez confus lorsqu'il a appris qu'il avait été choisi:

«J'ai senti le sang quitter mon visage. Nous nous sommes congratulés mutuellement, entre pilotes, quand l'ordre d'attaquer nous est parvenu. Ça semble étrange maintenant, car il n'y avait rien à célébrer.»

Un coup du sort va également sauver Ena. Le Japon utilisait souvent des appareils dépassés pour les missions suicides. Trois fois, le jeune pilote tentera de décoller, avec à son bord une bombe de 800 kilos. Trois fois, le moteur de son avion va le lâcher. Son dernier vol l'a même forcé à amerrir: il a survécu en nageant jusqu'à une île proche.

En un an, plus de 3.800 pilotes kamikazes comme Horiyama et Ena se sont sacrifiés, infligeant de lourdes pertes aux vaisseaux américains. Pas assez toutefois pour repousser l'avancement des alliés et empêcher la capitulation du Japon, le 2 septembre 1945.

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte