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Donald Trump, candidat américain, phénomène mondial

REUTERS.

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La sensation des primaires républicaines symbolise une préoccupante tendance au populisme et au nationalisme, visible dans le monde entier.

Pour comprendre l'essor de Donald Trump, mieux vaut ne pas vous focaliser sur le fait qu'il soit candidat à l'investiture républicaine. Lors du débat du 6 août sur Fox News, il n'a pas caché que s'il n'obtenait pas le ticket républicain, il pourrait toujours se présenter comme candidat indépendant. Et, honnêtement, il serait fou de ne pas le faire.

Trump est très loin d'être un républicain normal. Il représente un phénomène radicalement différent, et finalement assez lointain du conservatisme américain classique. Ce qui fait que les républicains ne devraient pas se leurrer à penser qu'une médiocre performance télévisuelle pourra l'inciter à faire ses bagages.

Regardez n'importe quelle démocratie européenne et vous remarquerez que les partis de centre-droit et de centre-gauche qui ont pu dominer la vie politique depuis la Seconde Guerre Mondiale perdent du terrain au profit de nouvelles formations politiques. Le point commun de ces mouvements, c'est qu'ils réussissent à mélanger populisme et nationalisme dans un puissant cocktail anti-système. L'un des premiers personnages politiques à avoir perfectionné cette nouvelle recette est le très trumpien Silvio Berlusconi, arrivé au pouvoir au sein d'une coalition de partis du centre et de droite au milieu des années 1990, avant de gouverner en dents de scie tout en esquivant moult procès pour corruption, et pire.

Plus récemment, la misérable situation économique de l'Europe aura alimenté l'expansion d'une douzaine d'autres partis. En Grande-Bretagne, le Labour est non seulement dévasté sur sa gauche par le Scottish National Party, mais aussi par le UKIP, un mouvement droitier qui s'est développé à ses dépens en faisant campagne contre l'immigration de masse et en abandonnant largement ce qui pouvait être sa ligne libertarienne sur l’État providence. Son leader Nigel Farage a un petit penchant pour l'emphase verbale, ce qui lui attire les faveurs de la classe ouvrière et pourrait vous faire penser à quelqu'un.

Au Danemark, le Parti du Peuple est sorti des marges de l'extrême-droite pour devenir le deuxième parti du pays en combinant un sentiment anti-immigration à une promesse de protection des services sociaux, du coup exclusivement réservés au Danois de souche. Dans la Suède voisine, les Démocrates suédois tentent de briguer un pareil destin, ce qui pourrait paraître compliqué compte-tenu de leurs origines néo-fascistes. En France, le FN est un acteur politique de premier plan depuis des années et, sous l'impulsion de Marine Le Pen, est au bord d'une percée électorale majeure, malgré des querelles internes quasi constantes. Les mouvements populistes européens les plus prospères se trouvent au sud du continent –Podemos en Espagne, le Mouvement 5 étoiles en Italie et Syriza en Grèce– et se situent généralement plutôt à gauche qu'à droite: reste qu'ils sont aussi virulents dans leur critique du système politique que leurs homologues d'extrême-droite.

Quel rapport avec Trump? En tant qu'outsider politique, il peut dire ou faire à peu près ce qu'il veut. Si, lors du débat, les autres candidats se sont efforcés de démontrer leur loyauté conservatrice, justifiant telle ou telle hérésie en invoquant la Déclaration des Droits ou la mémoire de Saint Ronald Reagan, Trump n'a eu aucun scrupule à rompre avec l'orthodoxie idéologique. Interrogé sur son soutien passé au système de santé à payeur unique, comme celui en vigueur au Canada, il n'a pas fait machine arrière. Au lieu de répudier son ancienne position, ou même de s'en excuser, il a déclaré que le système marchait au Canada et qu'il marchait «incroyablement bien en Écosse. Il aurait même pu marcher à une autre époque, c'est-à-dire celle dont vous parlez».

Pourquoi Trump ne s'est-il pas dédit? Peut-être parce qu'il sait que beaucoup d'électeurs républicains se passionnent autant pour la défense du Medicare que pour celle des frontières, et que la perspective d'une couverture santé universelle est loin de les rebuter. Ou peut-être parce qu'il reconnaît que les forces qui l'ont poussé en pôle position des primaires républicaines dépassent le parti républicain américain, et qu'il n'a pas besoin de suivre la ligne pour garder sa candidature en vie.

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