Partager cet article

Google devient Alphabet, voici pourquoi il devait évoluer

Larry Page, nouveau CEO d'Alphabet, en 2012 | REUTERS/Eduardo Muno

Larry Page, nouveau CEO d'Alphabet, en 2012 | REUTERS/Eduardo Muno

Si le géant de la high-tech a tranquillement rendu obsolète sa fameuse devise «don’t be evil» («ne soyez pas malveillants») ces dernières années, en voici une autre qui colle bien à ces derniers jours: «Ne soyez pas ennuyeux».

Comme sorti de nulle part, lundi 10 août, la société Google a annoncé qu’elle allait former une nouvelle compagnie appelée Alphabet. Mais Alphabet ne fera pas partie de Google, c’est Google qui fera partie d’Alphabet. Vous n’êtes pas encore confus?

Le CEO et co-fondateur de Google Larry Page va quitter son poste et devenir CEO d’Alphabet. L’autre co-fondateur de Google, Sergueï Brin, va devenir le président d’Alphabet. Le vice-président Sundar Pichai devient le nouveau CEO de Google.

Mais qu’est-ce qu’Alphabet? Page est ravi que vous posiez la question. Voici comment il l’a expliqué dans un post de blog posté lundi:

«Qu’est-ce qu’Alphabet? Alphabet est une collection d'entreprises. Google est la plus importante. Mais ce nouveau Google va être allégé: les entreprises éloignées de nos principaux produits Internet seront désormais regroupées dans Alphabet. Que voulons nous dire par éloignées de nos produits principaux? Nos efforts fournis dans le domaine de la santé sont un bon exemple: Life Sciences (qui travaille sur une lentille de contact surveillant le taux de glucose) et Calico (qui se concentre sur la longévité). Fondamentalement, nous croyons que cela nous donne plus de niveaux de gestion, afin que nous puissions gérer indépendamment des choses qui ne sont pas vraiment liées.»

Se concentrer sur les «projets fous»

Alphabet Inc. va remplacer Google Inc. en tant que compagnie publique cotée en bourse, a ajouté Page, et toutes les actions de Google sont maintenant des actions d’Alphabet. Google est devenu une filiale à part entière d’Alphabet.

Pour Sergueï et moi, il s’agit d’un nouveau chapitre très excitant de la vie de Google, la naissance d’Alphabet. Nous n’essayons pas d’en faire une grande marque avec des produits reliés, ce qui compte ici c’est que les compagnies devraient avoir leur indépendance et développer leur propre marque

Google va conserver son cœur de recherche et ses entreprises publicitaires, tout comme sa division des cartes, YouTube et Android, selon le fichier de la Securities and Exchange Commission (SEC). La plupart de ses autres affaires vont être désormais dirigées séparément et chapeauté par Alphabet. Ce qui inclut:

  • Calico, un projet dédié à l’extension de l’espérance de vie de l’homme
  • Nest, la division «smart-home» de la compagnie
  • Fiber, son projet d’infrastructure d’internet à grande vitesse
  • Google X, le laboratoire qui s’occuper des «projets fous» comme les ballons Internet alimenté par le soleil et les voitures autonomes.
  • Google Ventures, Google Capital, et les autres filiales d’investissement.

Mon premier sentiment quant à cet élan: Page et Brin, qui sont par nature et par choix de grands inventeurs et investisseurs, ont été fatigués de devoir justifier leurs «projets fous» aux investisseurs de Google qui estiment que la compagnie devrait se concentrer sur ses domaines profitables comme le moteur de recherche et la vidéo. Ils doivent toujours le faire maintenant que la compagnie est nommée Alphabet, bien sûr. Mais changer le nom d’une compagnie et sa structure pourrait être leur façon de signaler qu’il s’agit fondamentalement d’une usine à projets fous, et qu’elle le sera toujours.

Voici ce que Page a dit sur le nouveau nom:

«Pour Sergueï et moi, il s’agit d’un nouveau chapitre très excitant de la vie de Google, la naissance d’Alphabet. Nous aimions le nom Alphabet car il signifie une collection de lettres qui représentent un langage, l’une des innovations les plus importantes de l’humanité, et le cœur de l’indexation avec le moteur de recherche Google! Nous aimons aussi le fait que cela veuille dire alpha-bet (Alpha est un retour sur investissement au-dessus de l’indice de référence), ce pour quoi nous luttons! Je devrais ajouter que nous n’essayons pas d’en faire une grande marque avec des produits reliés, ce qui compte ici c’est que les compagnies d’Alphabet devraient avoir leur indépendance et développer leur propre marque.»

Le modèle Warren Buffet

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Google avait donné quelques indices ces derniers mois qui laissaient penser qu’il allait restructurer son entreprise. Dans une longue interview pour le Financial Times en octobre 2014, Page a dit qu’il avait délégué la plupart de ses responsabilités au sein de Google à un «lieutenant», lui permettant de se consacrer à de nouveaux projets ambitieux. Il avait ajouté qu’il testait la mise en place de certains de ces projets, notamment Calico et Nest, en tant qu’«unités d’entreprises indépendantes avec des leaders semi-indépendants». Voici le paragraphe qui est le plus parlant avec le recul:

«Il n’y a pas de modèle pour ce que Google veut devenir comme compagnie, dit Page. Mais s’il y a une seule personne qui représente une grande partie des qualités qu’il faudra avoir pour la tâche à venir, il s’agit du fameux Warren Buffett.»

Alphabet pourrait être vu comme la réponse au Berkshire Hathaway de Buffett: une compagnie high-tech pour le XXIe siècle.

Une grande part des entreprises d’Alphabet ne semble pas pouvoir être profitable avant longtemps, ce qui rend leur gestion difficile en tant que sociétés indépendantes. Beaucoup risquent d’échouer d’ailleurs

Mais il y a des différences, cependant. L’analyste spécialisé dans l’industrie de la tech Jan Dawson, qui a toujours été sceptique à propos de la comparaison avec Berkshire Hathaway depuis le début, note que Page ne partage pas la perspicacité de Buffett en tant qu’investisseur. Il choisit ses projets en pensant à son potentiel impact sur l’humanité à long-terme, ce qui est assez différent du côté flaireur de bonnes affaires de Buffett. Une grande part des entreprises d’Alphabet ne semble pas pouvoir être profitable avant longtemps, ce qui rend leur gestion difficile en tant que sociétés indépendantes. Beaucoup risquent d’échouer d’ailleurs.

Wall Street va-t-il suivre?

Mais il y a aussi une chance que certaines réussissent au-delà des attentes de chacun, comme les voitures autonomes par exemple, qui pourraient révolutionner l’industrie automobile, même si cela reste encore incertain. En ce sens, pour les investisseurs, Alphabet pourrait s'apparenter à la plus grande firme d’investissement du monde. Alors, le «pari» Alphabet est que les retours de ces succès vont plus que simplement couvrir les pertes.

Wall Street pourrait être prêt à prendre le risque, au moins pour le moment. Les actions de la compagnie ont pris 6% après quelques heures, ajoutant des dizaines de milliards de dollars à sa valeur. 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte