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Une partie de la droite israélienne préfère la haine à la paix

Benjamin Netanyahou et Reuven Rivlin, le 19 mai 2015. REUTERS/Nir Elias.

Benjamin Netanyahou et Reuven Rivlin, le 19 mai 2015. REUTERS/Nir Elias.

Les insultes qui ont accompagné les récentes prises de position du président Reuven Rivlin, qui vient pourtant des rangs de la droite, symbolisent la radicalisation du parti au pouvoir.

Jérusalem

La droite israélienne se radicalise actuellement, un constat qui peut aussi se vérifier dans les pays européens, où la droite républicaine court après les nationalistes et l'extrême droite pour garder ou reprendre le pouvoir, en perdant son âme. Les récents événements liés à l’assassinat d’une jeune fille au cours du défilé de la Gay Pride et à l’incendie d’une maison palestinienne, causant la mort d’un bébé puis de son père, ont mis en évidence la montée des extrêmes dans le pays, et nul cas ne l'illustre mieux que ce qui arrive au président de l'Etat israélien, Reuven Rivlin.

La personnalité de certains dirigeants s’affirme souvent au contact de la réalité du pouvoir: c’est le cas de ce dernier. Il n'avait jamais été un personnage marquant, presque terne dans ses fonctions antérieures. C’était pourtant un cacique du Likoud, élevé dans les valeurs du mouvement sioniste Betar, créé par le nationaliste Vladimir Zeev Jabotinsky. Rivlin était un pilier du parti, fervent partisan du Grand Israël, avec des racines plantées profondément dans la droite idéologique. En tant que président de la Knesset de 2003 à 2006, il avait fait partie des adversaires du plan de désengagement de Gaza engagé par Ariel Sharon.

Son élection à la présidence le 10 juin 2014 avait été fastidieuse alors que la fonction est purement honorifique, sans réel pouvoir sinon celui d’une autorité morale. Mais à l’instar du précédent titulaire de la charge, Shimon Peres, Reuven Rivlin ne veut pas seulement «inaugurer les chrysanthèmes». Il veut participer au débat national alors que le pays souffre de l’omnipuissance du premier ministre Benjamin Netanyahou et surtout de l’absence d’un dirigeant charismatique de l’opposition. Sa position de sage lui confère une auréole qu’il exploite pour se défaire de sa position d’extrémiste.

Ses partisans doivent être effectivement déçus car il a dévié de ses positions antérieures d’ardent défenseur du «Grand Israël» et des constructions dans les implantations, et d’opposant irréductible à la création d'un État palestinien. Celui qui avait adopté une attitude ultranationaliste en refusant en mai 2009 de se rendre à l’aéroport pour recevoir le pape Benoît XVI, qui se rendait à Yad Vashem, car il ne voulait pas «accueillir un ex-membre des Jeunesses hitlériennes et de la Wehrmacht», a mué: l'ancien «faucon» du parti porte aujourd’hui les habits d’un homme d’ouverture condamnant le terrorisme juif et prônant le rapprochement entre les populations juive et arabe. Il a fustigé ouvertement le virage à l’extrême-droite de son parti, dont il condamne la perte des valeurs libérales fondamentales. Il est donc été victime des attaques les plus acerbes de la part de sa propre formation, dans le cadre d’une campagne ignoble le représentant vêtu du keffieh d’Arafat ou en officier SS nazi. Sur les réseaux sociaux, il est qualifié de «traître, président des Arabes et des homos, un petit youpin honteux qui aime se faire sodomiser». Cela rappelle dramatiquement les événements de 1995 et les caricatures identiques qu’a subies le Premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné en novembre de cette année-là.

«Des hommes de mon peuple qui ont choisi le terrorisme»

Le président israélien avait, dès sa prise de fonction, estimé que Juifs et Arabes devaient tirer les leçons de la tuerie de 1956 à Kfar Qassem, au cours de laquelle la police des frontières avait tué 49 Arabes israéliens, dont plusieurs femmes et de nombreux enfants. Le Likoud n’avait pas apprécié que le président condamne sévèrement, dans des termes sans appel, le massacre perpétré par des Juifs:

«Le meurtre criminel qui a eu lieu dans votre village est un chapitre sombre dans l’histoire de la relation entre les Arabes et les Juifs vivant ici. Un crime terrible a été commis ici. Nous devons regarder directement ce qui est arrivé. Il est de notre devoir d’enseigner cet événement et d’en tirer les leçons.»

Cette visite, violemment critiquée, avait été cependant considérée comme hautement symbolique puisqu’elle représentait une évolution positive dans les relations judéo-arabes.

Ces derniers jours, le président a répété en arabe sur sa page Facebook sa condamnation des terroristes juifs qui ont perpétré le crime de haine contre un jeune bébé palestinien et son père, affirmant éprouver de la «douleur à cause des hommes de mon peuple qui ont choisi le terrorisme et perdu leur humanité». C’en était trop pour la droite dure, qui l'a ciblé avec violence. Le président du Likoud dans la ville de Beer Yaacov, Shimi Tal, a ainsi écrit sur sa page Facebook:

«Je pense que le président devrait être arrêté pour les choses sérieuses qui endommagent la sécurité de l'État et les citoyens d'Israël. Le président a franchi les lignes rouges. Seule une personne mentalement malade aborderait les médias du monde entier pour dire: "Mon peuple a choisi la voie de la terreur".»

L'espoir du pays

Rivlin représente aujourd’hui l’espoir du pays face à une opposition de gauche inaudible, mais il est clairement menacé par les extrémistes de droite, dans une atmosphère qui dépasse en acuité ce que le pays a connu en 1995. Certains hauts personnages de l’État ont peur que cela ne se reproduise, peur des incitations à éliminer Rivlin, peur d’une guerre civile naissante. Une inquiétude qui a poussé l’ancien directeur de cabinet de Rabin, Shimon Sheves, à prendre position en faveur du président par l'apostrophe suivante:

«Président Réouven,

Tu es un vrai et peut-être le dernier qui, au sommet, parle vrai et comme un sage.

Je suis fier de toi grand frère, de ton courage et de ton positionnement à maintenir ce qui est le plus important.

Bonne santé. Fais-moi une faveur et dis à tes proches de te protéger.

Moi j'ai échoué.»

Quelques mots dramatiques qui témoignent d’une situation qui risque d’échapper aux dirigeants du pays. D’autres voix identiques se sont élevées, à l'instar de celle de l’ancien ambassadeur d’Israël, Arie Avidor:

«Honneur au président Réouven Rivlin d'avoir eu le courage, au cœur d'une crise grave et confronté à la pusillanimité d'un exécutif défaillant, de porter seul et de maintenir haut le flambeau de la démocratie et des valeurs morales de l'État d'Israël en tirant l'alarme face à un danger mortel qui menace l'avenir de ce pays. Aveuglement, déni, mansuétude ou une combinaison des trois, telles ont été jusqu'à présent pour l'essentiel les réactions à l'égard des terroristes juifs. Leur idéologie délétère résonne de nos jours jusque dans les allées du pouvoir, relayée par certains éléments d'extrême-droite à la Knesset et au gouvernement. Gardez bien haut cette flamme, Monsieur le Président! Bien au-dessus de la triste mêlée d'un gouvernement dénué, de par sa composante d'extrême-droite, de toute volonté politique à prendre toutes les mesures qui s'imposent face à la menace.»

Les attaques personnelles dont Rivlin a été victime ont été condamnées du bout des lèvres par quelques responsables du Likoud sans que, par exemple, l’exclusion de Shimi Tal soit exigée. Le symbole d'un gouvernement dont le principal parti s'est radicalisé, qui est devenu l’otage des extrémistes de droite et des habitants des implantations qui dictent sa politique. Certes, il s’agit peut-être d’une minorité agissante, mais il suffit d’un seul fou pour rééditer les évènements de 1995.

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