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La Norvège organise-t-elle des opérations d'espionnage international?

Brian Palmer, mis à jour le 19.09.2009 à 14 h 27

Oui, même les plus petits pays organisent des opérations de renseignement à l'étranger.

Mardi, deux citoyens norvégiens reconnus coupables d'espionnage et de meurtre sur leur chauffeur ont été condamnés à mort par un tribunal congolais. (Les deux condamnés affirment que ce sont des malfaiteurs qui, après avoir attaqué leur véhicule, ont tué le conducteur.) De son côté, le gouvernement norvégien nie toute responsabilité. Les petits Etats comme la Norvège organisent-ils des missions d'espionnage international?

Affirmatif. Même les plus petits pays conduisent des activités de renseignements pour protéger leurs intérêts nationaux. L'équivalent norvégien de la CIA, le Service de renseignements norvégien (NIS), s'intéresse essentiellement à des affaires liées à la Russie. En effet, depuis plus de quarante ans, les deux pays sont enfermés dans un conflit à propos des droits de pêche et de l'exploration du pétrole dans la mer de Barents. La Norvège surveille donc de près la zone concernée pour s'assurer qu'aucune opération russe n'a lieu dans les eaux territoriales qu'elle revendique. Toutefois, pour autant que l'on sache, le NIS ne fait pas d'espionnage en Afrique.

Le plus souvent, les agences de renseignements des pays les moins peuplées se concentrent sur une région précise ou conflictuelle. Ainsi, lorsqu'il s'agit de collecter des renseignements dans la région en question, un petit pays peut s'avérer aussi efficace, voire plus efficace, qu'un Etat plus puissant qui dispose d'une équipe d'agents et d'un gros budget espionnage. Ce petit pays peut alors se servir de son expertise locale comme argument commercial pour se procurer, auprès de ses alliés, de la technologie, de l'argent ou d'autres renseignements (par exemple, des images satellites détaillées). Ces échanges peuvent être occasionnels ou formalisés par des accords secrets d'échange de renseignements.

Bien que le nombre d'habitants de la Norvège soit légèrement inférieur à celui du Colorado, ce pays nordique est une source de renseignements cruciale pour les Etats-Unis. Dès les premières années de la Guerre froide, l'Amérique s'est reposée sur les agents norvégiens pour la surveillance de la Flotte russe du Nord. Actuellement à quai sur la péninsule de Kola, cette flotte est composée d'un grand nombre de sous-marins nucléaires russes, lesquels, pour naviguer en haute mer, doivent passer entre le continent norvégien et l'archipel du Spitzberg. (En 2000, un navire de renseignement norvégien avait détecté l'explosion du Koursk, le sous-marin russe coulé par une de ses propres torpilles.) A plusieurs reprises, la Russie a reproché au NIS de travailler trop près de sa zone d'exercices militaires. Par ailleurs, la Norvège a également mis à disposition des effectifs et fourni un point de lancement pour des opérations terrestres financées par la CIA en Union soviétique.

Il y a bien eu une opération secrète de la Norvège en Afrique, mais le NIS n'y était pas directement impliqué. Dans les années 80, le gouvernement norvégien débloqua quelque 350 millions de dollars [240 millions d'euros] pour des militants basés en Afrique du Sud chargés de financer le mouvement anti-apartheid. Le gouvernement remit cette somme à Bjarne Lindstrom via l'Eglise de Norvège. Officiellement, Lindstrom était un diplomate norvégien. En réalité, l'essentiel de son travail consistait à financer, conseiller et préparer le terrain pour les groupes populaires luttant contre le gouvernement en place. Il hébergea même des militants recherchés par la police sud-africaine.

On n'a pas connaissance de missions d'espionnage norvégiennes en Afrique. En revanche, la Belgique et la France disposent de réseaux bien implantés là-bas. Les anciennes puissances coloniales jouissent de généreux privilèges en matière d'exploitation minière - et le continent africain est riche en ressources! Elles ont des informateurs au sein des gouvernements, elles interceptent les communications électroniques et utilisent la technologie d'imagerie satellitaire pour contrôler les activités des groupes susceptibles de mettre en péril leurs intérêts économiques. Le Congo, en particulier, n'est pas sans savoir que des puissances étrangères mènent effectivement des interventions secrètes. En 1961, Patrice Lumumba, le premier chef du gouvernement élu au suffrage universel direct, fut assassiné dans des circonstances qui ont éveillé de forts soupçons sur l'implication du gouvernement belge. Un an auparavant, la CIA avait prévu d'empoisonner Lumumba avec du dentifrice contaminé, mais l'opération fut annulée par les responsables de la CIA basés sur place.

Brian Palmer

Traduit par Jean-Clément Nau

Image de Une: Drapeau norvégien, mroach, Flickr, CC

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