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«Terminator»: les incohérences de la saga des Connor et des robots

Kyle Reese (joué par Jai Courtney) et Sarah Connor (interprétée par Emilia Clarke) dans «Terminator Genisys» | Paramount Pictures

Kyle Reese (joué par Jai Courtney) et Sarah Connor (interprétée par Emilia Clarke) dans «Terminator Genisys» | Paramount Pictures

En trente ans, le mythe cinématographique qu’est «Terminator» a été émaillé d’erreurs chronologiques et d’imprécisions.

Sans prendre en compte The Sarah Connor Chronicles (série diffusée sur Fox de 2008 à 2009), la saga Terminator compte cinq épisodes cinématographiques répartis sur plus de trente ans. Naturellement, au fil des films, les contradictions, les incohérences et les bifurcations narratives se sont multipliées, surtout si l’on ajoute la dimension «voyage dans le temps», grande pourvoyeuse de paradoxes.

Avec Terminator Genisys, sorti au début de l’été 2015, on assiste à une refonte quasi complète de l’épopée entamée par James Cameron en 1984, l’occasion de faire le point sur les aventures de la famille Connor en quelques dates-clés (et quelques incohérences).

1.Les dates historiques: 1984-2029Bornes temporelles qui posent question

Tous les films semblent s’accorder sur deux dates majeures: 1984 et 2029, bornes temporelles qui ouvrent et referment la saga, en l’état, le moment où le premier Terminator est envoyé dans le passé et son point d’arrivée. Si la date du 12 mai 1984 à 1h52 du matin (jour d’arrivée du T-800 et de Kyle Reese à Los Angeles) n’est jamais remise en question dans les différents épisodes, elle est sujette à interrogation.

On apprend ainsi dans Terminator 4 que le modèle du T-800 (Schwarzenegger) est entré en fonction en 2018, soit plus de dix ans avant d’être envoyé dans la cité des anges. Or, dans le premier volet, Kyle affirme que ce prototype est le nec plus ultra des machines. Dans T2, quand Skynet envoie lui aussi de 2029 un tueur mécanique à la poursuite de John Connor, il utilise cette fois le T-1000, génération nettement plus évoluée (en métal liquide) que la version squelette en acier du T-800. On se demande alors comment ce modèle qui arrive de 2029 dans tous les cas de figure peut à la fois être le top de la robotique lorsqu’il est envoyé en 1984 et légèrement daté quand il expédié en 1994.

Ce qui pourrait sembler une grossière erreur scénaristique s’explique en fait par les techniques d’effets spéciaux disponibles au moment du tournage de Terminator 1. James Cameron avait en effet prévu d’envoyer deux robots en 1984, un vieux modèle (T-800) qui devait être dézingué en cours de route par un T-1000. Mais les possibilités techniques en 1984 ne permettaient pas de modéliser et d’animer un personnage tel que le T-1000. Alors l’idée est restée dans les cartons jusqu’au début des années 1990, début du tournage de Terminator 2.

2.Le jugement dernierPlans contrecarrés de Skynet

Tournant tragique pour la race humaine, correspondant à la prise de contrôle de l’arsenal nucléaire américain par Skynet (le 4 août) et à son attaque (le 29), le jugement dernier n’a eu de cesse de changer de date au fil des épisodes. Prévu le 29 août 1997 à 2h14 dans T2, il est finalement reporté au début du XXIe siècle (T3), postérieur à 2003 (T4) puis en octobre 2017 (T5). Ces changements s’expliquent par les différentes interactions des personnages, qui n’ont eu de cesse de contrecarrer les plans de Skynet (destruction de Cyderdine, société créatrice du microprocesseur de Skynet, mis au point par Miles Dyson dans T2), obligeant le superlogiciel à ruser.

Dans T3, Skynet parvient à ses fins avec dix ans de retard (le jugement dernier débute à 18h18 vraisemblablement en 2004, dix ans après les événements de T2). Et il faut attendre 2017 dans T5. En inventant Genisys, une application censée mettre en réseau tous les appareils connectés, en réalité un cheval de Troie, Skynet peut faire main basse simultanément sur toutes les machines afin de les retourner contre les humains. Si, dans T5, la menace semble de nouveau levée (le siège de Genisys est réduit en poussière), le post générique nous apprend que Skynet a survécu à cette mise à sac, laissant la porte ouverte à de nouvelles suites.

3.Le cas John ConnorRésistant qui ne fait pas son âge

Conçu en mai 1984 (durant la seule nuit que Sarah et Kyle passent véritablement ensemble), John Connor naît le 28 février 1985. Si l’épisode 2 s’ingénie à ne pas donner de précisions temporelles sur le moment de l’action, on peut, par déduction, opter pour 1994 (le Terminator expliquant que Dyson va créer le processeur trois ans avant le jugement dernier, donc 1997-3=1994). Problème, cela signifie que John (Edward Furlong), adolescent conduisant une moto et écoutant Guns N’ Roses, n’aurait que 9 ans au moment de l’épisode 2. Il a beau être précoce le futur chef de la résistance, il ne fait clairement pas son âge!

Quel que soit le scénario, John Connor devient le leader des hommes contre les machines, mais certains détails peinent à coller

Toutefois, dans T3, John explique qu’il avait 13 ans au moment de l’arrivée du T-800 (donc que cet épisode devrait se dérouler en 1998, soit un an après le jugement dernier!) Cameron a bien fait de ne pas trop dater son film, erreur dans laquelle les réalisateurs ultérieurs vont se vautrer. Pas moins de cinq acteurs vont se relayer pour incarner le personnage (Edward Furlong, Nick Stahl, Christian Bale et Jason Clarke, mais aussi Michael Edwards dans les flashforwards de T2 et Dalton Abbott, le fils de Linda Hamilton, interprète de Sarah Connor dans T1 et T2, lors des visions apocalyptiques de son personnage dans T2).

Quel que soit le scénario, John Connor devient le leader des hommes contre les machines (hormis dans la version longue de T2, où la menace du jugement dernier étant définitivement levée, le jeune homme devient sénateur et papa d’une petite fille), marié à Kate Brewster, sa petite amie de collège qu’il retrouve dans T3 (Claire Danes) et qui est enceinte dans T4 (Bryce Dallas Howard). Toutefois, certains détails peinent à coller. Dans T4, il part à la rescousse de Kyle dans un camp d’extermination (il sait qu’il doit sauver son père pour exister) alors que, dans T5, il tombe sur lui à l’improviste au détour d’un égout. Si on sait que Kyle a grandi après la guerre contre les machines (né en octobre 2004 a priori), il coule des jours heureux dans T5, le film inventant un passé alternatif où Sarah n’est pas une gentille serveuse en 1984, où le jugement dernier n’a pas lieu en 1997 et où 2017 semble la date cruciale. Dans cette variation temporelle, John voyage lui aussi dans le temps. Il est envoyé en 2016 pour protéger Skynet et aider sa prise de contrôle, devenant le traître le plus haï du cinéma. Mais tout a une fin et celle de John devrait sonner le 4 juillet 2032 (tué par un T-800).

4.Le cas Sarah ConnorServeuse qui est née avant elle-même

Triste destin que celui de la jeune serveuse californienne. Née en 1959, elle décède en 1997 d’une leucémie après trois longues années de lutte contre la maladie (T3). Elle aurait donc 25 ans lors du premier volet et apprendrait sa maladie peu de temps après la fin de T2. Toutefois, on apprend par la bouche de son psy (T2), que la jeune femme est âgée de 29 ans. Le film devrait donc se dérouler en 1989, et John aurait alors 4 ans (vraiment très jeune pour faire de la moto). Sinon, elle a effectivement 29 ans en 1994, donc 19 ans lors de l’arrivée de Kyle en 1984 (elle est marquée tout de même pour une post-ado) et donc aurait vu le jour en 1965 (soit six ans avant elle-même).

L’âge de Sarah, tout comme celui de son fils, demeure un mystère difficilement sondable

Autant dire que l’âge de Sarah, tout comme celui de son fils, demeure un mystère difficilement sondable, rendu encore plus obscur avec l’apparition d’un passé plus ancien dans T5. On y apprend qu’un T-800 l’aurait sauvée en 1973, à l’âge de 9 ans, des griffes d’un T-1000. Elle serait donc née en 1964, étayant la thèse Cameron (T1 et T2) au détriment de celle de Jonathan Mostow (la pierre tombale visible dans T3).

La saga Terminator reste ainsi, avant tout, une histoire de famille, tant est si bien que la sœur jumelle de Linda Hamilton vient prêter main forte à Cameron pour le tournage de T2, évitant des effets spéciaux onéreux lorsque que deux Sarah Connor doivent s’affronter.

En trente ans, quatre réalisateurs ont façonné ce mythe cinématographique (James Cameron, Jonathan Mostow, McG et Alan Taylor), épaississant les biographies des héros tout en émaillant leurs récits d’erreurs chronologiques ou d’imprécisions. Mais n’est-ce pas le propre du mythe, d’être reconsidéré, reformulé, modifié dans les détails tout en conservant sa valeur universelle et allégorique? À ce jeu-là, les cinq épisodes de Terminator constituent indéniablement une somme narrative dense, une légende du septième art que Hollywood n’a pas fini de manipuler.

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