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Pourquoi Obama est redevenu le président le plus populaire

Barack Obama, le 6 août 2015 (REUTERS/Jonathan Ernst)

Barack Obama, le 6 août 2015 (REUTERS/Jonathan Ernst)

Il y n’a rien de tel qu’un chef de l'État libre d’agir car n’ayant pas en perspective une bataille pour sa propre réélection.

Une enquête internationale consacrée à la popularité comparée des présidents Obama et Poutine montre que, dans toutes les régions du monde, hors Proche-Orient, le chef d'État américain fait quasiment l’unanimité en sa faveur. On peut y ajouter, dans une moindre mesure, les États-Unis où, après un net fléchissement, Barack Obama a retrouvé un soutien majoritaire. Au fond, ce jugement de la vox populi est assez juste. Jusqu’à présent, pourtant, la dominante était de le considérer comme un président faible, ayant suscité lors de son élection de grands espoirs, vite balayés par l’épreuve des faits.

Aux États-Unis toutefois, la déception n’avait pas fait obstacle à sa réélection. En dehors de ses frontières, Obama a été le plus souvent comparé à l’un de ses prédécesseurs démocrates, synonyme de faiblesse, Jimmy Carter. En cause cette nouvelle définition du rôle de l’Amérique: le «leadership from behind». C’est-à-dire, ni plus ni moins, l’habillage d’un repli correspondant à l’aspiration isolationniste d’une opinion américaine vaccinée contre l’interventionnisme par le fiasco stratégique et humain qu’a été la guerre d’Irak. 

La fin des errements diplomatiques

En outre, on pouvait aisément faire la liste des erreurs ou des ratages de la diplomatie d’Obama: soutien contreproductif aux Frères musulmans en Egypte, refus de dernière minute de frapper la Syrie de Bachar el-Assad lorsque ce dernier était affaibli, échec complet des négociations Israël-Palestine, retrait précipité d’Irak, qui a permis à Daech de se déployer si rapidement, etc. Sans oublier les très mauvaises manières à l’endroit des alliés à travers un espionnage tous azimuts pratiqué par la NSA.

Obama se souvient qu’il a été élu pour rapatrier les corps expéditionnaires américains en Afghanistan et en Irak et pour inverser la logique de guerre qui a prévalu depuis le 11 septembre 2001

Pourtant, si l’on regarde sa fin de mandat, le jugement est tout autre. À commencer par l’accord sur le nucléaire iranien, occasion pour Barack Obama de mettre en avant sa préférence pour la diplomatie active, en lieu et place de ceux qui lui préfèrent l’interventionnisme militaire. Son argumentaire, à l’adresse d’un Congrès à majorité républicaine, est simple: si vous ne ratifiez pas cet accord, il y aura «une sorte de guerre» avec l’Iran. Barack Obama se souvient qu’il a été élu pour rapatrier les corps expéditionnaires américains en Afghanistan et en Irak et pour inverser la logique de guerre qui a prévalu depuis le 11 septembre 2001.

Le grand tournant énergétique

Le chef de l'État peut aussi mettre à son actif la réconciliation, elle aussi historique, avec Cuba, élément clé pour toute l’Amérique latine. Et surtout, la réorientation stratégique des États-Unis vers l’Asie-Pacifique. Avec, comme levier, la mise sur pieds d’un accord de libre-échange avec onze pays de la zone Asie-Pacifique (le «partenariat transpacifique»), destinée à faire pièce à la puissance chinoise. Faire contrepoids à une Chine de plus en plus nationaliste: voilà ce qui est demandé aux États-Unis par tous les pays de la région.

Enfin, il y a désormais le grand tournant de la politique énergétique américaine, dans la perspective du sommet de Paris à la fin de l’année consacré au réchauffement climatique. En  annonçant «la plus grande initiative jamais prise pour lutter contre le changement climatique», Obama manie sans doute l’emphase. Mais son projet de Clean Power Act est le premier à programmer une baisse sérieuse de la production de gaz à effet de serre, au détriment de l’industrie du charbon. N’oublions-pas, en outre, que c’est pendant la présidence de Barack Obama que les États-Unis ont recouvré une totale indépendance énergétique et la position de leader mondial dans ce domaine.

Barack Obama paraît libéré, comme redevenu lui-même, reprenant des initiatives et des plaidoyers qui correspondent à ses convictions

 

Une insolente bonne santé économique

Quant aux fronts intérieurs, plus d’un président pourrait rêver de son bilan. Car les États-Unis sont sortis avec une vigueur renouvelée de la grande catastrophe financière qu’ils avaient eux-mêmes déclenchée dans les années 2007-2008: la croissance est là, le taux de chômage est au plus bas; le tout accompagné d’une grande réforme sociale, l’«Obamacare» qui, malgré ses détracteurs et les lobbies en tous genres, a été mise en place. Le grand point noir restant le niveau hallucinant, pour des yeux européens, atteint par les inégalités et les écarts de revenus aux États-Unis.

Ajoutons-y un élément psychologique: il est frappant de voir à quel point, dans cette dernière partie de mandat, Barack Obama paraît libéré, comme redevenu lui-même, reprenant des initiatives et des plaidoyers qui correspondent à ses convictions. Et mettant la majorité républicaine au défi, tout en facilitant et en préparant la campagne de celle qui brigue sa succession coté démocrate, Hillary Clinton. C’est une leçon à méditer: il y n’a rien de tel qu’un président libre d’agir car n’ayant pas en perspective une bataille pour sa propre réélection…

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