Parents & enfants / Culture

Les berceuses islandaises sont particulièrement macabres

Temps de lecture : 2 min

Ces chansons pour enfants regorgent d'histoires de meurtres et d'abandon.

REUTERS/Hannibal
REUTERS/Hannibal

Les comptines françaises sont truffées de double-sens grivois et de contrepètries: «Il court, il court, le furet» parle d'un curé libidineux («il fourre, il fourre»...), et «Nous n'irons plus au bois» de la fermeture de bordels sous Louis XIV. En Islande, la tendance est plutôt à l'angoisse et à l'effroi avec des couplets comme:

Dors, cochon à l'œil noir

Tombe dans une fosse profonde pleine de fantômes

Le magazine Quartz recense quelques-unes des comptines traditionnelles islandaises les plus cauchemardesques, dont «Bium Bium Bambalo», une chanson qui décrit des scènes normales du quotidien familial, mais avec un refrain assez inquiétant:

Je berce mon petit pour qu'il s'endorme

Mais dehors, un visage apparaît à la fenêtre

La reprise de cette comptine par le groupe «post-rock» Sigur Ros est digne d'un film d'horreur:

La réalité de l'infanticide

Un article de l'Icelandic Review rappelle qu'une des plus belles berceuses islandaises parle de l'assassinat d'un enfant. La chanson intitulée «Sofdu unga ástin mín» («Dors mon jeune chéri») a été écrite pour une pièce de théâtre sur la vie d'un couple de brigands islandais du XVIIIe siècle, Fjalla-Eyvindur et sa femme Halla. Afin de pouvoir suivre son mari qui fuiyait les autorités, Halla a jeté son enfant dans une chute d'eau après avoir chanté:

«Dors longtemps, dors bien, il vaut mieux se lever tard. Tu apprendras bientôt que lorsque le jour devient nuit, les gens ressentent l'amour, l'absence, la tristesse et la nostalgie.»

Pour la journaliste Eygló Svala Arnarsdóttir, ces paroles reflètent l'histoire du pays. Si un «visage apparaît à la fenêtre», c'est que les Islandais étaient traditionnellement très superstitieux, et donc facilement persuadés que «des fantômes assoiffés de sang et d'autres créatures surnaturelles rôdaient dans l'obscurité».

Quant à l'infanticide, il correspond aussi à une réalité sociale du pays: il était commun que des parents abandonnent leurs enfants dans la nature lorsqu'il y avait trop de bouches à nourrir ou lorsqu'un bébé naissait hors mariage. Quand un enfant voyait le jour dans ces conditions, il pouvait en effet être pris à sa mère et devenir une sorte de serviteur esclave dans les fermes. Certaines familles préféraient tuer les enfants illégitimes pour qu'ils échappent à ce sort.

Slate.fr

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