Boire & manger / Monde

Pourquoi les Américains continuent de boire de la bière bien fade?

Temps de lecture : 2 min

Prohibition, guerre, nombreuses vagues d'immigration, libéralisme... L’histoire des États-Unis n’a pas aidé au développement de la bière. Et ce n’est pas près de changer.

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Les États-Unis ne sont pas connus pour être le pays où l’on boit la meilleure bière du monde. Bien au contraire. The Atlantic nous rappelle que, déjà en son temps, Thomas Jefferson, l’un des pères fondateurs du pays, brassait sa propre bière et se plaignait de la piètre qualité des boissons nord-américaines.

Selon l’économiste Ranjit Dighe, si des bières fades et trop légères comme la Bud Light ou la Budweiser sont les plus populaires aux États-Unis, c’est une conséquence de l’Histoire. L’épisode sans alcool de la Prohibition y est pour quelque chose, mais cet attachement remonte en réalité à encore plus loin.

Pression économique et tempérance

Après la Révolution, les bières anglaises étaient devenues trop chères. Les Américains ont alors brassé leur propre cru avec du maïs, du froment et de la mélasse. Le résultat fut désastreux, mais ils ont dû s’en contenter jusqu’à la moitié du XIXe siècle.

Avec l’arrivée des migrants allemands, les bières blondes de type lager et pilsner, légères et faiblement alcoolisées, se sont rapidement imposées, notamment chez les mineurs et les ouvriers. Confrontés à l’afflux de nouveaux arrivants et à un fort taux de chômage, ceux-ci préféraient boire des bières faiblement alcoolisées pour être plus efficaces au travail. Le mouvement inverse s’opérait au même moment en Europe, où les travailleurs étaient plus protégés de la concurrence, et moins enclins à la sobriété. Dighe rappelle:

«C’était normal de prendre une bière au déjeuner, mais pas admissible d’être éméché au travail.»

Vient plus tard le mouvement favorable la tempérance, destiné à interdire l’alcool. Il y parviendra avec la Prohibition dans les années 1920, achevant définitivement, selon Dighe, de tuer le goût de certains américains pour la bonne bière. Les premières brasseries qui ouvrent à la suite de l’interdiction préfèrent produire de l'ultralégère par souci de rentabilité. Ce qui condamnait les Américains à s’en contenter.

La logique est de vendre à tout prix en faisant des bières de moins en moins fortes pour que les consommateurs puissent en boire le plus possible

Le succès des brasseries industrielles

Le rationnement lors de la Seconde Guerre mondiale pousse au rassemblement des brasseries qui deviennent industrielles. Selon The Atlantic, de 684 en 1940, les États-Unis sont passés à 44 brasseries en 1979. Les soldats se voient offrir ces bières sans goûts et s’en imprègnent. D’autant plus que pendant le boom économique d’après-guerre, la logique des marques comme Bud Light ou Budweiser est de vendre à tout prix en faisant des bières de moins en moins fortes pour que les consommateurs puissent en boire le plus possible.

Voilà pourquoi les Américains, malgré le boom des bières artisanales depuis quelques années, ne peuvent se passer des bières fades: ils aiment pouvoir en boire beaucoup avant d’être ivres. Bud Light et Budweiser n’ont pas encore de souci à se faire, la bière artisanale ne représente aujourd'hui que 10% du marché.

Slate.fr

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