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Obama pris en flagrant délit de réchauffé climatique

Obama en 2013 ( REUTERS/Larry Downing)

Obama en 2013 ( REUTERS/Larry Downing)

Si le Clean Power Plan du président américain va dans la bonne direction, il ne suffira pas à changer profondément la donne.

Le lundi 3 août, Barack Obama a dévoilé la pièce maîtresse de son plan climatique: le Clean Power Plan (« plan pour une énergie propre »). Cette loi a pour but d’accélérer la fermeture des centrales électriques alimentées au charbon (une énergie très polluante) et pourrait permettre de voir un grand nombre de centrales à charbon fermées d’ici 2040.

Dans une vidéo annonçant sa nouvelle loi, Obama considère son plan énergie propre comme étant «la plus grande initiative jamais prise pour lutter contre le changement climatique». Cette déclaration est peut-être vraie, mais ne révèle pas grand-chose.

Je l’avais déjà écrit l’an dernier, après l’annonce de la loi: de nombreux États américains sont déjà bien partis pour parvenir aux réductions d’émissions demandées, en partie grâce à la baisse des prix du gaz naturel et à la décision de l’administration Obama de prendre pour référence 2005, l'année où le taux d’émissions de gaz à effet de serre a atteint un seuil critique. Le projet d’Obama est d’importance, mais n’a rien d’ambitieux.

Liberté des moyens et droits à polluer

Dans sa version datant de l’année dernière, la loi exigeait que les États américains commencent à effectuer des changements dans leur façon de produire de l’électricité à partir de 2020. La version finale, annoncée lundi, leur accorde deux ans de plus pour atteindre cet objectif. Les exigences seront différentes selon les États, en fonction du type d’énergies déjà exploitées. 

Ceux-ci pourront, par ailleurs, librement choisir par quels moyens ils réduiront leurs émissions de gaz à effet de serre. Ils pourront même s’accorder avec d’autres États sur un «droit à polluer» (un état qui pollue plus rachète de «parts» de pollution à un État qui pollue moins).

Vox a calculé que la loi du président Obama ne ferait baisser les émissions que de 6% d’ici 2030. Les spécialistes du climat et les autorités internationales, de leur côté, souhaitent que les États-Unis aient réduit leurs émissions de 80% d’ici 2030

La tâche sera difficile pour certains comme le Wyoming, dont le charbon est la principale source d’énergie, mais d’autres états considèrent les changements à faire comme une simple routine. Le Minnesota, par exemple, a déjà fait de gros efforts pour modifier son bouquet énergétique.

Les États-Unis au mieux dans la moyenne

Selon le New York Times et le site Internet indépendant Climate Action Tracker (qui oblige les leaders mondiaux à rester honnêtes à l’approche des négociations internationales qui auront lieu à Paris cette année, et qui pourraient marquer un tournant dans la lutte contre le changement climatique), la nouvelle loi placera les États-Unis dans la moyenne, au mieux, en termes de réduction d’émissions de gaz à effets de serre.

Brad Plumer, du site d’informations Vox, a calculé que la loi du président Obama ne ferait baisser les émissions que de 6% d’ici 2030. Les spécialistes du climat et les autorités internationales, de leur côté, souhaitent que les États-Unis aient réduit leurs émissions de 80% d’ici 2030. Le pays est loin du compte.

Pour autant, ce projet n’est pas rien. Dans un de ses articles, le Times est plein d’espoir :

«Les experts pensent que si ces lois sont combinées à des mesures similaires de la part des autres grandes puissances économiques mondiales, en plus de mesures supplémentaires de la part du prochain président américain, les émissions pourraient être assez réduites pour empêcher les conséquences dramatiques du changement climatique.»

Cela fait beaucoup de «si» sur lesquels fonder une politique climatique.

Les dangers de l'après-Obama

À vrai dire, quand on le compare aux projets climatiques des candidats démocrates à sa succession (Hillary Clinton, Bernie Sanders et Martin O’Malley), le projet d’Obama fait pâle figure en termes d’ambition. Clinton, qui s’est souvent rangée du côté du président sur le sujet du climat, a donné un aperçu de son propre projet climatique la semaine dernière. Il est un tout petit peu plus ambitieux que celui d’Obama, mais ne fait que remettre les problèmes climatiques à plus tard.

Et comme Daniel Politi, de Slate.com l’a dit, il n’y a aucune garantie que le plan climatique présidentiel perdurera une fois qu’Obama aura quitté ses fonctions. Sa politique climatique essuie une pluie de critiques du côté républicain, et des problèmes légaux (qui pourraient prendre plusieurs années à régler) pourraient se retrouver dans les mains de la Cour suprême. 

Obama a promis que tant qu’il serait en fonction il mettrait son véto contre toute mesure que le Congrès prendrait contre son plan climatique. Comme l’a dit Jason Plautz, du National Journal, le prochain président américain pourrait être moins engagé pour l’environnement, donc le destin de l’héritage climatique laissé par Obama sera en d’autres mains.

Un déni de réalité

Dans une vidéo qui vante la nouvelle loi climatique, Gina McCarthy, première militante pour l’environnement d’Obama et directrice de l’agence américaine pour l’environnement (EPA), déclare que si cette loi passe, «nous saurons que nous pouvons faire tout notre possible, ensemble, pour lutter contre le changement climatique». C’est tout simplement faux. Nous pouvons, et nous devrions, accomplir bien plus.

Les conservateurs prétendent que le changement climatique n’est qu’une supercherie, et les solutions proposées par les libéraux sont des non-solutions

James Hansen, ancien scientifique du climat à la Nasa

La semaine dernière, James Hansen, ancien scientifique du climat à la Nasa, après avoir de nouveau tiré la sonnette d’alarme sur le niveau des mers et océans, a eu des mots durs à propos des progrès lents des États-Unis en termes de changement climatique. 

«Nous avons deux partis politiques, et aucun d’entre eux ne veut voir la réalité en face, a confié Hansen au Guardian. Les conservateurs prétendent que le changement climatique n’est qu’une supercherie, et les solutions proposées par les libéraux sont des non-solutions. C’est stupide, tout simplement, déplore-t-il, en faisant tout particulièrement référence au projet d’Hillary Clinton sur les énergies renouvelables. Non, on ne peut pas régler le problème sans un changement radical, et ça veut dire qu’il faut être honnête sur les prix des énergies fossiles.»

Faire plier les républicains et la Chine

Au bout du compte, l’environnement se fiche de la façon dont nous allons régler le problème du changement climatique. Mais il est clair que le temps presse. Il ne faut pas croire que l’annonce de lundi fera rentrer les États-Unis dans une nouvelle ère de lutte contre le changement climatique. Les difficultés économiques du secteur des énergies fossiles (surtout dans les industries du charbon et du pétrole) pourraient provoquer un changement radical bien plus tôt que le Clean Power Plan d’Obama. 

Si le président américain souhaite vraiment avoir un impact durable sur le réchauffement climatique, il peut manœuvrer soit avec les républicains, soit avec la Chine afin de développer une taxe carbone significative le plus vite possible. Une avancée aussi importante a beau sembler impossible, elle n’en est pas moins nécessaire.

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