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La twittosphère militante fait perdre la gauche

Twitter ! | Craig Sunter - Thanx 3 Million ;-)) via Flickr CC License By

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L’engagement politique sur Internet est en vogue mais il est contre-productif.

 Après la victoire «surprise» des conservateurs britanniques lors des dernières élections, une analyse publiée dans The New Statesman revient sur la part de responsabilité qui peut être attribuée au militantisme connecté ou à ce qu’on appelle parfois la twittosphère politique. Il s’agit selon l’auteure Helen Lewis de ce petit sous-ensemble des utilisateurs des réseaux sociaux qui ne partage pas d’articles sur le groupe One Direction ou le surfeur qui a été attaqué par des requins mais affirme un soutien bruyant et compulsif à diverses causes jugées progressistes.

Or plusieurs chroniqueurs et observateurs avaient considéré à l’approche de ces élections que le Labour était en passe de l’emporter à la lumière de l'espace numérique occupé par ces militants. Cette erreur de jugement est peut-être une actualisation de ce que les politologues ont appelé le «vote honteux», le fait que les électeurs sous-déclarent certains choix qu’ils feront dans les urnes... Typiquement, les options conservatrices seront sous-déclarées par rapport à d’autres jugées plus acceptables par l’interlocuteur.

«Gauchisme futile»

Si les réseaux sociaux démultiplient ce phénomène, c’est parce qu’ils valorisent une forme de mise en scène de soi-même qui passe par des signaux de bienséance envoyés à l’entourage, et constituent en quelque sorte une prime à ce que l’auteur Matt Bruenig qualifie de «gauchisme futile» et égoïste, qui consiste plus à signaler sa supériorité morale qu’à obtenir des résultats politiques concrets. Un type d’engagement particulièrement en vogue au sein de l’activisme étudiant radical-chic et, plus récemment, du radicalisme à 140 caractères. Comme il l'écrit sur son blog, «il y a un nombre non négligeable de personnes pour lesquelles le gauchisme n’est rien qu’une posture personnelle, un substitut de personnalité, un moyen de trouver du sens, et ainsi de suite. [...] Leur politique consiste en une forme d'accomplissement de soi».

Recherchant plus un culte de pureté politique qu’une quelconque efficacité, ils sont inutiles à la gauche, et même contre-productifs puisqu’ils en détournent selon l’auteur ceux que ce type de «rituels de pureté masturbatoires» irrite, décourage et fait fuir.

L’immense chambre d’échos qu’a créée la twittosphère politique la met dans une situation de «dangereuse insularité», juge Helen Lewis dans The New Statesman. Il encourage une fraction du mouvement dans une surenchère de postures publiques au détriment du travail de conviction auprès de l'électorat. C’est ce même mécanisme de surenchère et d'autisme politique délibéré, poursuit-elle, qui engendrera la désillusion lors de la prochaine élection, dans le secret de l’isoloir, «là où il n’y a plus de signaux de vertu à envoyer» aux autres.

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