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Porto Rico est-il la Grèce des États-Unis (en pire)?

L'hôtel Normandie fermé depuis 2008 à San Juan. La faiblesse du tourisme plombe un peu plus l'économie de l'île (REUTERS/Alvin Baez).

L'hôtel Normandie fermé depuis 2008 à San Juan. La faiblesse du tourisme plombe un peu plus l'économie de l'île (REUTERS/Alvin Baez).

L'État affilié a annoncé qu'il ne pourrait honorer sa dette de 72 milliards d'euros. De nombreux fonds de pensions américains pourraient en payer le prix.

Depuis plusieurs mois, les dirigeants portoricains avaient prévenu qu’ils ne pourraient s’acquitter de leur dette, s’élevant à 72 milliards de dollars. Mais le territoire associé aux États-Unis a maintenant officiellement fait défaut. Et l’avenir économique de l’île dépend désormais des conséquences de cette crise.

Ce qui est sûr, c’est que lundi 3 août le «commonwealth» des États-Unis n’a remboursé que 628.000 dollars sur les 58 millions dont le paiement était attendu quelques jours plus tôt. Melba Acosta, présidente de la Banque centrale du pays, a alors déclaré que le gouvernement de San Juan n’avait pas débloqué les  fonds nécessaires au remboursement total.

«Cette décision fait suite aux graves difficultés financières du pays ainsi qu’à la recherche d’un équilibre entre les obligations envers nos créanciers et celles tout aussi importantes envers les portoricains, à qui nous devons garantir le maintien des services publics indispensables», a-t-elle complété.

Ce défaut de paiement n’est pas une surprise: le gouverneur de l’île, Alejandro García Padilla, avait déjà annoncé que son pays, miné par des décennies de faible croissance et d’exode de sa population, n’avait pas les moyens de rembourser les créanciers.

Pas la protection des lois américaines

Il entraîne pourtant une aggravation de la crise, qui entre aujourd’hui en territoire inconnu. Selon Bloomberg, Puerto Rico doit en effet rembourser près de 5 milliards de dollars au cours des douze prochains mois. Or environ 20% des fonds de pensions américains détiennent des obligations portoricaines: les investisseurs américains seront donc pénalisés si San Juan et ses créanciers n’arrivent pas se mettre d’accord sur une restructuration de la dette. 

Dans le cas contraire, des gestionnaires de fonds populaires chez les investisseurs américains, tels que Charles Schwab ou Franklin Templeton, devront accepter des remboursements inférieurs à ce qui leur est dû et les fonds possédant de telles obligations perdront de leur valeur.

À cause de la sécheresse, l’eau y est rationnée. Et des coupes dans les fonds publics ont conduit plus de 3.000 médecins à quitter l’île au cours des cinq dernières années

Mais le véritable problème est que Puerto Rico, en tant qu’État associé des États-Unis, ne peut se mettre sous la protection du Chapitre 9 de la loi sur les faillites comme l’a fait Detroit en 2013, quand l’économie de la ville s’est effondrée. Cela permettrait pourtant de garantir aux créanciers le remboursement d’une partie de ce qui leur est dû. 

Or, si la Chambre des représentants et le Sénat ont étudié des projets de loi offrant cette possibilité à San Juan, le processus législatif n’est pas arrivé à son terme. Et la Maison Blanche a également exclu de créer un fond de sauvetage similaire à celui que la Grèce négocie actuellement avec ses propres créanciers.

Fermer les écoles pour plus d'économies?

Dans le même temps, les portoricains font face à un nombre croissant de difficultés. À cause de la sécheresse, l’eau y est rationnée. Et des coupes dans les fonds publics ont conduit plus de 3.000 médecins à quitter l’île au cours des cinq dernières années. Trois anciens économistes du FMI ont également récemment recommandé de fermer les écoles pour réaliser encore plus d’économies.

Dans une interview au El Nuevo Dia, un quotidien portoricain, Martin O’Malley, candidat à la primaire démocrate (loin dernière la favorite Hillary Clinton), a par conséquent demandé au Congrès américain de donner un peu d’air à San Juan. Il est le premier candidat à l’élection présidentielle de 2016 à visiter l’île.

«Il est crucial d’offrir à Puerto Rico les mêmes protections contre la faillite que celles dont nous disposons au niveau fédéral», a-t-il déclaré.

Mais, tout au moins pour le moment, aucune raison ne porte à croire en cette éventualité, ni à penser que le cauchemar économique de Puerto Rico est en passe de se résoudre.

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