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Avec le «co-living», vous pourrez bientôt vivre sur votre lieu de travail (ou l'inverse)

WeWork wonder bread / Payton Chung via Flickr CC License By

WeWork wonder bread / Payton Chung via Flickr CC License By

Le mode de vie des habitants des résidences WeLive réalisera la jonction parfaite entre travail, loisirs et vie privée.

Il fallait bien que ça arrive un jour. Le dernier avatar de l’idéologie californienne, selon laquelle chacun doit se réaliser par son engagement monacal dans le travail, tout en évoluant dans des environnements sociaux à cheval entre le camp de vacances scout et l’open space, se nomme le co-living, et il est malheureusement déjà plus qu’une tendance abstraite ou qu’un hashtag creux.

L’entreprise WeWork, déjà bien implantée dans le secteur des espaces de travail partagés aux États-Unis (son premier espace de co-working a ouvert à New York en 2010), développe à Washington et à San Francisco un nouveau type d’immeuble, intitulé WeLive, auquel le site BuzzFeed consacre un article.

Ce promoteur immobilier d’un nouveau genre proposera dans ces résidences un mode de vie hybride, réalisant la jonction parfaite entre travail, loisirs et vie privée. Il s’agit d’immeubles réhabilités et dont l’intérieur est réagencé pour permettre aux travailleurs indépendants de disposer d’un micro-appartement et d’espaces de travail et de vie commune. Le ménage, l’entretien et même les courses sont réalisés par le personnel, de sorte que les co-livants peuvent se concentrer exclusivement sur leur travail.

Ce chaînon manquant entre auberge de jeunesse studieuse (co-workation), espace de co-working et appartement-hôtel est scruté avec beaucoup d’attention par la presse américaine. Business Insider parle d’un lieu conçu pour que «vous n’ayez plus jamais à sortir de chez vous pour aller travailler». À moins que ce ne soit l’inverse? Le site Buzzfeed croît reconnaître «la version Disneyland de la vie en start-up».

«Le travail est votre vie»

WeWork s’est d’abord contentée de louer des immeubles de bureaux pour en faire des espaces de travail partagés, en dotant ces lieux d'un état d’esprit immédiatement reconnaissable. Comme le résume Bloomberg, WeWork s’est définie comme «un nouveau type d’espace de travail pour la force de travail d’après-crise et pour une génération qui n’a jamais connu le box de travail. Elle aspire à faire de votre travail un endroit que vous n’aurez jamais envie de quitter».

WeWork s’adresse aux travailleurs indépendants des secteurs créatifs et numériques ainsi qu’aux professions libérales (avocats, comptables, consultants), la «WeGeneration», qui adhèrent sans réserve au mythe high-tech californien: s’enrichir en poursuivant sa passion et en se réalisant totalement dans son travail, perçu comme une «mission» pour «changer le monde» ou à tout le moins l’améliorer.

Comme le résume très bien John Battelle sur son blog dans un article consacré à ces nouveaux modèles de travail, «pour ceux qui ont le talent, l’éducation, les réseaux et les compétences pour faire du travail une dimension de leur expression personnelle, le travail n’est pas quelque chose que vous devez accomplir pour “avoir une vie” –le travail est votre vie, et votre vie est votre travail».

Sens de la communauté

L’historien Fred Turner a décrit l’utopie tech des années 1990 comme une conséquence tardive de l’échec des communautés hippies des années 1960. Or le co-fondateur de WeWork et WeLive, Adam Neumann, affirme que son enfance dans un kibboutz en Israël l’a inspiré, bien qu’il ait pris soin d’en retirer l’aspectant socialisant des pionniers israéliens.

Chaque emplacement WeWork a son C.O. (community manager) en charge d’organiser les événements collectifs: tournois de ping-pong, yoga, life coaching, conférences autour de la technologie, etc. Si les grands capital-risqueurs ont commencé à s’intéresser à WeWork, poursuit Bloomberg, c’est parce qu’ils ont perçu qu’il y avait quelque chose de plus fondamental dans la proposition qu’un agencement de bureaux avec du design cool et des bières artisanales à la pression disponibles. Alors que la force de travail intellectuelle aux États-Unis a grossi les bataillons des travailleurs freelance, WeWork proposait non seulement le «gîte» à ces travailleurs atomisés, mais également de l’accompagnement et un sens de la communauté pour lutter contre la solitude. Les tarifs démarrent démarrent à 45 dollars par mois pour l'accès «flexible» aux espaces de travail communs, et à 450 dollars pour une utilisation à plein temps.

L’immense ambition de WeWork, déjà valorisée à 5 milliards de dollars, repose sur le flair de ses créateurs: pour eux, la crise de l’immobilier de bureaux n’est pas passagère. Des tours entières se sont vidées et plus personne ne voudra jamais revenir travailler dans les bureaux à moquette grise et éclairage néon qui constituent la majorité du parc. Son modèle de location (WeWork n’achète jamais ses immeubles) le rapproche de leaders de l’économie de plateforme et de mise en relation comme les célèbres Uber et Airbnb, ayant en commun de ne pas investir en priorité dans le capital matériel.

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