Égalités / Sciences

Pourquoi le monde de demain n’est-il pensé que par des hommes?

Temps de lecture : 2 min

La futurologie est un domaine où les femmes sont peu présentes. Et cela a un impact important sur notre vision de l'avenir.

Vue d'artiste futuriste | James Vaughan via Flickr CC License by
Vue d'artiste futuriste | James Vaughan via Flickr CC License by

L'Américaine Rose Eveleth produit le podcast Meanwhile In The Future, qui réfléchit aux scénarios possibles dans l'avenir, et écrit une chronique pour la BBC Future sur les personnes qui vivent à la pointe de la technologie. Et elle est lassée. Lassée de croiser si peu de personnalités féminines sur une question pourtant censée être universelle: que nous réserve l'avenir?

Aubrey de Gray, scientifique anglais et fondateur du projet SENS, Elon Musk, dirigeant de SpaceX, Sergueï Brin, cofondateur de Google et chef du Google X Lab, Ray Kurzweil, directeur de l'ingénierie chez Google... Tous ces hommes font l'actualité du «futurisme», ou de la futurologie, devrait-on dire plus proprement en français. Ils font de la prospective, ils pensent les technologies de demain.

Certes, la discipline «futuriste» est encore émergente. Il n'y a pas de licence à Harvard et les contours de ce champ de recherche sont un peu flous. Les auteurs de science-fiction en font-ils partie? Et les transhumanistes? Certains pensent que oui, d'autres non. Pour Amy Zalman, directrice de la World Future Society (qui compte 23% de membres féminins), il s'agit plus d'une manière de voir les choses tournée vers l'avenir:

«Être un futuriste aujourd'hui veut dire que vous prenez au sérieux cette vision du monde et que, pour vous, faire de la prospective, ce n'est pas seulement de penser au top 10 des modes qui émergeront cette année.»

Codes masculins et optimisme

S'il y a si peu de femmes dans ce domaine, c'est pour les mêmes raisons qu'il y en a peu dans les sciences et la technologie, domaines auxquels le futurisme reste très lié. De plus, quand ce champ de recherche a commencé à apparaître dans les années 1960, il avait une mauvaise réputation, qui l'a marqué jusqu'à aujourd'hui, ajoute Amy Zalman:

«On était vus comme des magiciens, des voyants avec leur boule de cristal. Nous avons dû nous battre pour être pris au sérieux, pour prouver que nous étions des scientifiques. C'est pour cela que les “codes masculins” ont été utilisés».

Aujourd'hui, les sociétés qui inventent les technologies de demain sont dominés par une vision masculine. Chez Apple, le manque cruel de femmes les a par exemple fait passer à côté de quelques détails: son appli Santé ne comprenait pas de fonction «règles».

Madeline Ashby, qualifiée en prospective stratégique et qui a travaillé pour Intel Labs et l'Institut pour le futur, note également que le monde du futur décrit par ces hommes futuristes est souvent très optimiste:

«Pendant longtemps, l'avenir a appartenu à ces personnes privilégiées, qui n'ont jamais eu à lutter. Mais à mesure que les systèmes s'effondrent, que l'on doit affronter des crises environnementales ou énergétiques, le futur dépend de ceux qui savent bousculer les choses et n'ont pas de vision purement optimiste.»

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Si les personnes moins représentées dans ce champ, comme les femmes, ne se saisissent pas de ces problématiques, les hypothèses futuristes risquent bien de rester incomplètes... et de représenter uniquement la vision d'hommes blancs de 45 à 65 ans. L'avenir appartient aussi aux femmes futuristes.

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