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L’affaire du fou au pied du lit de la reine Elizabeth II

La reine Elizabeth aux courses à Epsom en Angleterre le 4 juin 2011 | REUTERS/Suzanne Plunkett

La reine Elizabeth aux courses à Epsom en Angleterre le 4 juin 2011 | REUTERS/Suzanne Plunkett

Que se passe-t-il quand la reine se réveille en pleine nuit avec un zinzin au pied de son lit? Tout dépend de qui raconte l’histoire.

Bientôt 90 balais au compteur et pas prête à mordre la poussière : la reine Elizabeth II détiendra, en septembre prochain, le record du plus long règne britannique. Tout au long de l'été, retrouvez vieux dossiers et anecdotes de la monarque dure-à-cuire.

C’est l’une des affaires les plus célèbres de Buckingham Palace. La nuit où un homme a révélé les failles de la sécurité du palais.

Le 9 juillet 1982, Elizabeth II dort seule dans sa chambre. L’avantage à être reine est de ne pas avoir à subir les ronflements de quiconque pendant son sommeil. Mais si les polypes du nez de votre conjoint ne vous réveillent pas, un cauchemar le peut.

Alors qu’elle est dans sa chemise de nuit à petites fleurs, Sa Majesté ouvre les yeux. Il est 7 heures du matin et quelqu’un vient d’ouvrir les rideaux de sa chambre. Un homme d’une trentaine d’années vêtu d’un jean sale et d’un T-shirt se tient au pied du lit. Il a la main en sang. Elizabeth II appuie sur le bouton de l’alarme. Personne ne l’entend. Le garde de nuit est parti depuis une heure. Le valet est dehors avec les chiens, tandis que la femme de ménage fait le nettoyage d’une autre pièce. Elle travaille toutes portes fermées pour ne pas déranger la reine.

Entré sans effraction

Plusieurs minutes s’écoulent. Le rapport de Scotland Yard du 21 juillet 1982 stipule que la reine téléphone alors à la police. Le zinzin est toujours dans sa chambre. Sa main ensanglantée touche les draps. Il s’est coupé le doigt avec un cendrier en verre. Il voulait se trancher les veines devant la reine. Sa femme vient de le quitter, il a quatre enfants. Mais il s’est ravisé en entrant dans la chambre royale. «Ce n’est pas très gentil de faire ça», pense-t-il

Elizabeth II appuie sur le bouton de l’alarme. Personne ne l’entend

Il se dit qu’il pourrait tout de même lui parler de ses problèmes. Peut-être aurait-elle des conseils à lui donner, l’aider à comprendre qui il est vraiment? Au moins pourrait-elle l’écouter.

La police, jamais là quand on a besoin d’elle, ne répond pas aux appels de la reine.

Michael Fagan connait les lieux. Il est déjà venu à Buckingham Palace: peu de temps avant, il avait réussi à pénétrer le palais sans effraction, par une fenêtre ouverte sous les toits. Il avait fait un petit tour, vu les cadeaux offerts pour la naissance du prince William, et avait bu une bouteille à 6 livres sterling. Puis fatigué par sa journée, il avait fini par quitter le palais ni vu ni connu.

Cette nuit du 9 juillet, il a escaladé le mur, est monté par un tuyau de canalisation jusqu’au toit et est descendu jusqu’à une fenêtre du troisième étage. Un exploit pour cet homme qui vient de s'hydrater d’une dizaine de whisky. Ceci dit, il est irlandais. Les Irlandais ont d’ailleurs tué, trois ans auparavant, l’oncle du prince Philip, Earl Mountbatten.

Lors de son procès, il expliquera: 

«Je suis entré comme ça. J’étais étonné de ne pas être arrêté dès le début. J’aurais pu être un violeur, ou quelque chose dans le genre. Mais je savais que je pouvais détourner le système de sécurité, qui était bien trop faible

Cigarette et scotch

Durant trente ans, la légende voulut que la reine Elizabeth II ait réussi, cette nuit-là, à discuter avec Michael Fagan. Qu’elle lui aurait parlé de ses enfants. Certains se sont même amusés à refaire l’histoire en imaginant l’Irlandais voulant simplement un baiser de la reine. Durant trente ans, aucun des deux intéressés n’a commenté l’incident.

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que dix minutes après l’arrivée de Michael Fagan, la reine parvient à prévenir la femme de ménage. Le trentenaire veut une cigarette. Pour ça, il doit sortir de la pièce. La reine arrive à se faire la malle discrétos. L’Irlandais est conduit dans le garde-manger par la femme de ménage. Quand il voit que la reine ne les a pas suivis, il commence à s’agiter. Le valet, qui rentre de sa promenade de santé, comprend vite la situation: 

«Ça alors, bon sang mec, il semblerait que t’aies bien besoin d’un verre!» lance-t-il. 

Qu’est-ce que vous faites ici?

La reine à Michael Fagan

Il lui sert un scotch et Fagan se détend aussitôt. Jusqu’à l’arrivée de la police.

En 2012, Michael Fagan –qui n’a pas été condamné pour son délit– parle enfin à la presse. Quand elle l’a vu, se souvient-il, la reine lui a aussitôt demandé:

«Qu’est-ce que vous faites ici?»

D’accord, mais que lui a-t-elle raconté pendant ces dix longues minutes où ils se sont trouvés face à face? Etait-ce une discussion à bâtons rompus?

«Nan, elle est juste passée devant moi et s’est carapatée hors de la chambre, ses petits pieds nus contre le parquet», a-t-il avoué à The Independent.

La mère de Fagan, interrogée à propos de son fils, confia: «Il pense beaucoup de bien de la reine.» Un an plus tard, le zinzin au pied du lit sortit sa propre version enregistrée de God Save The Queen des Sex Pistols.

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