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Pour EDF et Areva, tout reste à inventer

Centrale nucléaire de La Hague, le 22 avril 2015 | REUTERS/Benoit Tessier

Centrale nucléaire de La Hague, le 22 avril 2015 | REUTERS/Benoit Tessier

On attendait des décisions pour juillet. L’accord entre EDF et Areva ne fait que confirmer des choix connus: des tensions retardent les décisions et les arbitrages sont reportés à novembre.

Le dossier Areva, sous haute tension pour la société en déficit de 4,9 milliards d’euros l’an dernier et sous le coup d’un démantèlement à venir, n’a finalement guère évolué.

Après la décision prise au plus haut sommet de l’État, le 3 juin dernier, qui désignait EDF comme futur actionnaire majoritaire de la filiale Areva NP (l’ex-Framatome, qui rassemble les activités industrielles de construction de réacteurs nucléaires, d’assemblage de combustible et de services), on attendait pour juillet la finalisation de la négociation entre les deux groupes.

Finalement, on n’en sait guère plus aujourd’hui puisque l’accord annoncé par les deux groupes le 30 juillet indique seulement qu’EDF détiendra entre 51% et 75% de la filiale, et qu’Areva en conservera entre 15% et 25%. Ce qui laisse de la place à d’autres actionnaires potentiels, pour l’instant non formellement identifiés. Tout comme on ignore le montant que l’État sera prêt à débourser pour participer à une augmentation de capital d’Areva.

Aussi en reste-t-on à une simple trame d’accord puisque les modalités du montage financier qui doit sortir le groupe nucléaire de l’ornière restent à établir, tout comme le projet industriel qui doit permettre à l’ensemble de la filière électro-nucléaire de se restructurer. L’épisode du 30 juillet fut surtout une entreprise de communication. Pour les décisions, on attendra la mi-novembre.

Rentabilité médiocre

Si les décisions ont été reportées, c’est que la solution n’est pas si évidente à faire émerger. Certes, comme le résume Louis Gallois, ancien patron d’Airbus devenu président du conseil de surveillance de PSA, le transfert des réacteurs nucléaires d’Areva dans le giron d’EDF «a du sens». Toutefois, la décision a été prise par l’État en sa qualité d’actionnaire majoritaire des deux entreprises. Et EDF donne clairement l’impression d’être en service commandé.

Aussi n’est-il pas certain que l’électricien, qui traîne déjà une dette de 34 milliards d’euros, se soit montré très conciliant dans la négociation. Philipe Varin, à la tête d’Areva, a clairement fait état de «tensions». D’autant que la valeur retenue de la filiale Areva NP (2,7 milliards d’euros) est au-dessus des premières estimations de Jean-Bernard Lévy, patron d’EDF. Mais s’il était parvenu à faire baisser le prix de cession, les autres partenaires qui seront intéressés par une prise de participation dans la filiale auraient pu acquérir leur ticket d’entrée à moindre coût, ce qui n’aurait pas arrangé les affaires de Philippe Varin. Pour ne pas pénaliser celui-ci dans son entreprise de sauvetage, celui-là doit s’aligner. L’État a forcément tranché.

Pour que le montage n’ait guère progressé en deux mois de négociations, il faut croire que les deux groupes ont eu du mal à s’entendre

Sans compter que l’activité de ce qui fut Framatome n’est pas forcément la plus intéressante d’Areva. Comparée aux 30% de rentabilité de l’activité amont (conversion et enrichissement de l’uranium, qui constituait l’activité de l’ex-Cogema) et aux 15-20% de l’activité aval (retraitement du combustible usé et conditionnement des déchets), la partie centrale du cycle du nucléaire qui comprend toute l’activité autour des chaudières n’affiche pas des ratios aussi attractifs, commente Jean-Cyril Spinetta, ex-patron d’Air France, qui assura aussi la présidence du conseil de surveillance d’Areva.

Henri Proglio, le prédécesseur de Jean-Bernard Lévy, caressait déjà le projet d’intégrer Areva NP dans EDF, mais tout est une question d’opportunité et de prix. Pour que le montage n’ait guère progressé en presque deux mois de négociations, il faut croire que les deux groupes ont eu du mal à s’entendre. Mais, au moins, leurs deux patrons se parlent, ce qui ne fut pas toujours le cas entre Areva et EDF, lorsqu’Anne Lauvergeon bataillait contre Henri Proglio avant que celui-ci n’obtienne de Nicolas Sarkozy le leadership de la filière électro-nucléaire française, en 2010.

Réinventer une stratégie

Mais, pour l’actuel président d’EDF, tout reste à inventer. D’abord pour s’assurer que son groupe n’héritera pas des ardoises laissées pour les centrales EPR, de nouvelle génération, dont les coûts ont dérivé tant en Finlande qu’à Flamanville. Ensuite, pour se prémunir contre toute mauvaise surprise qui proviendrait d’une non-conformité des calottes de la cuve de l’EPR de Flamanville fabriquées en 2006 et 2007. Enfin, pour restaurer la rentabilité de la construction des réacteurs dans un univers nucléaire remis en question par la catastrophe de Fukushima en 2011.

Car il y a bien un après-Fukushima, comme l’avait prédit Luc Oursel, qui prit la suite d’Anne Lauvergeon à la tête d’Areva. Le gel de tous les projets de nouvelles centrales depuis cet accident a fait reculer la production d’électricité d’origine nucléaire dans le monde de 17% à 12%. Le constructeur de réacteurs nucléaires doit s’adapter à cette réalité.

Et le transfert d’un groupe à l’autre de cette filiale ne suffira pas à régler les problèmes: EDF va devoir lui définir une nouvelle stratégie, d’autant plus complexe à établir qu’il ignore à ce stade quels seront ses partenaires au tour de table de la société. L’avenir de la filière nucléaire française est suspendu à des décisions qui ont été reportées.

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