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La voiture autonome n’est pas pour demain

Le prototype de voiture autonome de Google (via Google+).

Le prototype de voiture autonome de Google (via Google+).

Comme l’explique le magazine Forbes, Google a réussi un travail remarquable en faisant la promotion planétaire de son projet de voiture autonome et en faisant croire à des centaines de millions de personnes que cette technologie est presque maitrisée. Cela a d'autant mieux fonctionné que de très grands constructeurs automobiles d’Audi à Mercedes en passant par GM et qu’un autre géant de la technologie, Apple, ont rapidement tenu à faire savoir qu’eux aussi avaient des projets très avancés. Et voilà, les voitures autonomes vont demain nous mener ou nous voulons pendant que nous ferons la sieste, le transport routier deviendra plus efficace, moins polluant et moins coûteux, notamment en vies humaines. Et cela détruira au passage des millions d’emplois.

Cette technologie deviendra réalité un jour. Le problème, c’est qu'elle est très très très loin d’être maitrisée. Et il faudra encore des décennies pour y parvenir. Voilà pourquoi.

Fiabilité, identification des situations, conditions climatiques, problèmes juridiques...

Les machines ont encore d’énormes difficultés dans la compréhension de l’environnement et l'identification des situations avec des choses qui sont simples pour les humains. Par exemple, les ordinateurs ont beaucoup de mal à détecter une zone temporaire de travaux ou à suivre les instructions données par des gestes d’un gendarme ou d’un homme sur un chantier. Dans le même ordre d’idée, savoir tacitement par contact visuel avec un conducteur qui va passer le premier à une intersection sans priorité claire, cela existe, ou détecter des lignes de marquages usées sur la chaussée est quelque chose que les machines ne parviennent pas à faire.

La technologie actuelle des radars ne peut pas percevoir des voitures venant en sens inverse dans des virages très serrés. Ces difficultés et d’autres seront progressivement levées, mais nous en sommes encore loin.

Surtout qu'il y a d’autres difficultés encore plus grandes. Les algorithmes qui font fonctionner les voitures autonomes en leur donnant des instructions permanentes à partir des milliers de données qu’ils reçoivent de capteurs doivent fonctionner parfaitement dans des conditions climatiques et de luminosité extrêmement variables. Pour être certains qu’ils soient plus économes en vies humaines que les conducteurs humains, il faudra les tester sur des centaines de millions de kilomètres. Pour donner un ordre d’idée du travail qu’il reste à faire, les voitures autonomes de Google, un projet qui a été lancé il y a six ans, ont parcouru environ 1 million de miles, soit 1,6 million de kilomètres.

La fiabilité de la technologie est aussi une difficulté à surmonter. Elle n’a rien de comparable à celle qu'il faut, par exemple, pour nos smartphones dont ne dépendent pas en général des vies et qui n’ont pas à assurer un fonctionnement permanent et sans le moindre bug pendant des années dans un environnement hostile fait de vibrations, de pluie, de neige, de chaleur intense, de chocs...

Et puis il y a les problèmes légaux. Les voitures existent depuis plus d’un siècle et le cadre légal de leur achat, leur vente et de la responsabilité de leur fonctionnement, de leurs défauts et de leur entretien est bien établi. Mais si la responsabilité des problèmes rencontrés sur la route passe du conducteur au constructeur, cela change tout et les risques pour les groupes industriels sont considérables. Les contrats d’assurance automobile tels que nous les connaissons ne pourront pas s’appliquer aux voitures autonomes.

Il existe enfin des questions éthiques délicates à trancher. Les humains sont des êtres émotionnels, impulsifs et imparfaits. Les machines suivent des instructions programmées pour faire face à des situations prévisibles et identifiées. Et certaines de ces situations impliquent des choix moraux. Si une voiture doit choisir entre heurter et tuer peut-être des piétons ou sortir de la route et blesser et tuer peut-être ses passagers, que doit-elle faire? Quels sont les principes éthiques à suivre pour définir les règles?

Nous aurons un jour des voitures autonomes, c'est certain. Mais le chemin à parcourir pour y parvenir ne sera pas simple comme Google et autres ont pu le laisser penser. Ce n'est pas la première fois qu'on nous promet le meilleur des mondes pour demain matin grâce à la technologie.

 

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