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Tuer des lions comme Cecil peut aussi être utile

Manifestation devant la clinique où travaille James Palmer, l’Américain qui a tué Cecil le lion, à Bloomington, dans le Minnesota (États-Unis), le 29 juillet 2015 | REUTERS/Eric Miller

Manifestation devant la clinique où travaille James Palmer, l’Américain qui a tué Cecil le lion, à Bloomington, dans le Minnesota (États-Unis), le 29 juillet 2015 | REUTERS/Eric Miller

Au Zimbabwe, la chasse au lion est réglementée et rapporte de l’argent, utilisé pour la sauvegarde de la nature.

Cet article est paru en anglais sur le site The Conversation le 29 juillet 2015.

La mort d’une célébrité fait souvent les gros titres, mais il est plus rare que la mort d’un animal sauvage suscite la même réaction. Il semble pourtant que le monde entier a pleuré la mort du lion Cecil, abattu lors d’une partie chasse dans une réserve privée près d’un parc national du Zimbabwe. Mais le flot d’attaques contre la chasse sportive et le dentiste américain qui a tué Cecil est-il vraiment justifié?

Soyons clairs: Cecil a été tué dans l’illégalité et, ça, c’est intolérable. Le propriétaire de la réserve qui a autorisé la chasse sur son terrain alors qu’il ne détenait pas les autorisations nécessaires mérite d’être traduit en justice. Mais ce cas malheureux ne doit pas ternir toute une industrie.

Au Zimbabwe, la chasse au lion est extrêmement réglementée: le client, le chasseur professionnel et le propriétaire de la réserve doivent posséder divers permis et autorisations. Les quotas nationaux sont établis pour éviter que la chasse ne nuise au renouvellement des espèces, et dans l’ouest du Zimbabwe, les lions ne sont tués que quand ils ont atteint un certain âge, afin d’être sûr qu’ils ont eu l’occasion de se reproduire. De ce fait, le nombre de lions au Zimbabwe est soit stable soit en augmentation.

Alors, si les parties de chasse se font dans le respect des règles, la chasse sportive peut-elle contribuer à la préservation des lions? Certains pensent que, même si la réponse est oui, cette pratique devrait tout de même être interdite, car cela implique de tuer un animal majestueux en voie de disparition pour le plaisir. Les opposants à la chasse pensent que des alternatives comme les safaris photo devraient constituer la solution numéro un pour sauvegarder les lions. Mais cet argument pose plusieurs problèmes.

Le tourisme n’est pas la solution

Les chasseurs sont prêts à aller dans des zones reculées dangereuses où la plupart des touristes n’osent pas s’aventurer. Pour obtenir les mêmes retombées économiques que la chasse, il faudrait que bien plus de touristes se rendent en Afrique, et l’empreinte carbone de tout ce trafic aérien aurait à coup sûr un impact important sur l’environnement. Il faut aussi noter que le potentiel touristique n’est pas aussi grand que celui de la chasse, car l’industrie touristique se concentre souvent sur une poignée de destinations. Cela veut dire que de nombreuses régions ne profiteraient pas de l’économie touristique. Et en passant, n’oublions pas qu’on tue aussi des lions dans les réserves naturelles.

Si l’objectif est la sauvegarde de différentes espèces (au lieu du bien-être d’une espèce en particulier), il faudrait que les pays qui profitent d’une faune et d’une flore importantes puissent financer la préservation grâce à leurs ressources naturelles. Ce problème concerne surtout des pays comme le Zimbabwe, qui fait partie des pays les plus pauvres au monde.

Les bons côtés de la chasse

Au Zimbabwe, cela fait longtemps que la chasse sportive sert à promouvoir la préservation de la faune et de la flore. De 1989 à 2001, le programme CAMPFIRE a permis de rapporter près de 20 millions de dollars, 89% de cet argent provenant de la chasse. Plus récemment, on a remarqué que la chasse sportive avait été bénéfique à la sauvegarde des éléphants et d’autres grands herbivores.

Au Zimbabwe, cela fait longtemps que la chasse sportive sert à promouvoir la préservation de la faune et de la flore

Au Zimbabwe, la chasse sportive rapporte environ 16 millions de dollars par an. Même s’il est vrai que seuls 3% de cet argent vont aux communautés locales, il faut tout de même bien prendre conscience que le pays perdrait une importante source de revenus si la chasse venait à être interdite.

L’impact économique de la chasse sportive par rapport au tourisme n’est peut-être pas énorme, mais quelle autre solution se pose si jamais la chasse est rendue illégale? La Zambie a interdit la chasse aux gros félins en 2013, avant de revenir en arrière cette année, le gouvernement ayant besoin d’argent pour financer la préservation de la faune et de la flore.

La sauvegarde de la nature coûte de l’argent, tout comme les dégâts causés par les lions quand ils s’en prennent au bétail. Il n’est pas certain que les safaris photos puissent à eux seuls rapporter assez pour payer ce genre de dédommagements.

Améliorer les choses

Si jamais la chasse sportive reste autorisée, comment faire pour éviter les abus? Une étude affirme qu’il faudrait imposer des restrictions sur l’âge du gibier sélectionné dans l’ensemble du pays, améliorer la surveillance, modifier les quotas selon l’état de l’environnement et s’assurer que les chasses au lion durent au moins vingt-et-un jours.

Une autre étude a démontré que la chasse sportive peut être utile à la sauvegarde des lions quand les revenus sont partagés avec les habitants qui vivent aux côtés de ces animaux (et qui doivent faire face aux conséquences néfastes de leur présence).

Même s’il est triste de devoir en arriver à tuer des animaux pour la sauvegarde de l’environnement, essayons de ne pas nous laisser déborder par nos émotions sur ce sujet. Préserver l’environnement est une tâche complexe et difficile, et il faut toute l’aide financière possible pour y arriver: après tout, nous sommes au cœur de la sixième extinction animale de masse. Combien d’argent faudra-t-il pour arranger ça? 

 

The Conversation

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