Peut-on arrêter les plongeurs de haut vol?

Des chercheurs anglais pensent avoir trouvé la clé.

Le Hongrois Gera en pleine chute, REUTERS/Fatih Saribas

- Le Hongrois Gera en pleine chute, REUTERS/Fatih Saribas -

L'UEFA, l'organisme dirigeant du football européen, expérimente à partir de jeudi soir l'arbitrage à cinq à l'occasion de la première journée de l'Europa League (ex-coupe de l'UEFA), la deuxième compétition européenne de clubs après la Ligue des Champions. En plus de l'arbitre central et des deux arbitres de touche, un arbitre supplémentaire sera ainsi assigné à chaque surface de réparation pour surveiller les contacts mais aussi les simulations dans cette zone de vérité où se jouent les moments clés d'un match de foot.

Mercredi 16 septembre, à la veille de cette grande première dans l'arbitrage du football, le Financial Times rapportait les conclusions d'une étude menée par des chercheurs de l'université de Portsmouth qui affirment avoir trouvé un moyen infaillible de repérer un joueur qui simule une faute. Mais est-il vraiment possible de distinguer à coup sûr une chute naturelle d'un plongeon? Et si oui, cela règlerait-il le problème de la simulation, phénomène que l'on ne retrouve presque que dans le football?

Les chercheurs anglais pensent donc avoir trouvé la réponse à la première question: selon eux, un joueur qui tombe avec les deux bras levés dans les airs, les paumes ouvertes, le torse bombé et les jambes pliées au niveau des genoux est à coup sûr un tricheur. Si vous n'arrivez pas à visualiser à quoi ressemble ce geste, appelé «archer's bow» (l'arc de l'archer) par les chercheurs, le fameux plongeon de Fabrizio Ravanelli lors de PSG-OM de 1997 est un modèle dans le genre, avec en en prime un auto-croche-patte de toute beauté.

 

La fiabilité de l'étude britannique repose sur l'observation biomécanique d'une chute humaine naturelle: les bras d'un homme qui tombe, suite à un croche-pied ou à un tacle par exemple, vont instinctivement vers le sol pour amortir la chute, ou alors sont agités sur les côtés pour essayer de retrouver l'équilibre. En acceptant donc qu'il soit possible de repérer avec certitude un joueur qui simule, une telle trouvaille peut-elle être transposée en une nouvelle règle, qui sanctionnerait par exemple automatiquement d'un carton jaune tout joueur qui lève les bras au ciel en tombant suite à un présumé contact?

Joël Quiniou, ancien arbitre international et recordman français de matchs arbitrés en Coupe du monde, n'est pas de cet avis. «L'amplification d'un contact peut inciter l'arbitre à siffler alors qu'il n'y a pas faute, mais peut aussi l'inciter à ne pas siffler alors qu'il y avait effectivement une faute.» En d'autres termes, même en sachant que le joueur a simulé, on ne peut pas être sûr qu'il n'y a pas eu une faute au départ. Un arbitre qui voit un joueur amplifier ostensiblement une faute peut très bien ne pas siffler la faute initiale justement à cause de la simulation.

En revanche, de telles études pourraient servir à améliorer la qualité de l'arbitrage en étant incluses dans la formation des arbitres. En effet, si certaines équipes (certes fictives) s'entraînent au plongeon et à la simulation, pourquoi les arbitres ne devraient-ils pas eux aussi s'exercer à repérer un tricheur?

 


Une formation de ce type pourrait être un outil de plus pour aider l'arbitre à prendre la bonne décision au moment de vérité. Et elle serait particulièrement utile aux arbitres de surface qui vont être testés ce soir en coupe d'Europe. Leur principal rôle sera en effet d'aider l'arbitre à prendre des décisions sur les contacts dans la surface de réparation, terrain de jeu préféré des champions du plongeon.

L'autre alternative à l'assistance humaine est le soutien technologique aux arbitres. Des commissions de visionnage ont été mises en place dans de nombreux grands championnats européens, notamment pour punir les auteurs de plongeons dignes d'une médaille aux Jeux Olympiques. En France, le premier à avoir été sanctionné rétroactivement pour simulation est le néo-retraité Fabrice Fiorèse. Lors d'un PSG-Bordeaux de 2002, il avait réussi l'exploit de faire expulser un joueur et d'obtenir un penalty sur deux simulations différentes. Résultat: suspension de deux matchs, transformée en trois suite à l'appel du joueur.

Plus récemment, l'UEFA a sanctionné le joueur croate d'Asrenal Eduardo Silva de deux matches de suspension pour simulation lors de la rencontre entre les Gunners et le Celtic de Glasgow. Le club du nord de Londres a annoncé qu'il allait faire appel, en espérant sans doute une autre issue que le recours déposé par Fiorèse.

«Sanctionner de façon sévère tous ceux qui ne respectent pas l'éthique du jeu reste le meilleur moyen de changer les comportement, explique Joël Quiniou. Mais l'utilisation de la vidéo en temps réel sur le terrain n'est pas d'actualité.» Malgré les améliorations que peuvent apporter les arbitres de surface, les études scientifiques ou encore les commissions de visionnage, il semble donc que les amateurs de football devront continuer à faire avec les plongeons et actes d'antijeu pour encore quelques temps. Et si, finalement, ces gestes et les erreurs d'arbitrage qu'ils engendrent faisaient aussi partie du charme de ce sport par nature irrationnel? Que celui qui ne sourit pas au visionnage de la vidéo ci-dessous parle maintenant ou se taise à jamais.

 

Grégoire Fleurot

Image de Une: Le Hongrois Gera en pleine chute, REUTERS/Fatih Saribas

Devenez fan sur , suivez-nous sur
 
L'AUTEUR
Grégoire Fleurot est journaliste à Slate.fr, où il écrit notamment sur le sport, les questions de défense et de sécurité et la politique. Il s'occupe aussi de la rubrique «L'explication». Le suivre sur Google+. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
D'autres ont aimé »
Publié le 17/09/2009
Mis à jour le 17/09/2009 à 19h43
0 réaction