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Les jeunes qui harcèlent leurs camarades d'école sont plus populaires que les autres

Salle de classe d'un établissement de l'enseignement secondaire | via Wikimedia Commons License by

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La vie scolaire est communément associée à un univers où règne la loi du plus fort entre enfants et adolescents. Longtemps considéré comme une fatalité, ce harcèlement est pris depuis quelques années très au sérieux et a fait l’objet de multiples études sur son ampleur et les nombreuses conséquences psychologiques (dépression, anxiété, manque de confiance en soi) et physiques (maux de têtes, d’estomac), y compris les plus graves comme le suicide. En France comme ailleurs, ce harcèlement scolaire ne diminue pas depuis qu’on dispose de chiffres fiables pour en mesurer la fréquence.

Deux chercheurs de l'université Simon Fraser (Colombie britannique, Canada) se penchent sur la raison pour laquelle, en dépit d’une prise de conscience et de tentatives de lutter contre les agressions entre jeunes, ce phénomène reste courant. S’inspirant de la psychologie évolutionniste, qui postule selon une approche darwinienne de la vie que certains traits de comportement subsistent parce qu’ils offrent un avantage social dans la «survie» et la «reproduction» de l’espèce, ils affirment que ces agressions sont «un comportement adaptatif dérivé de l’évolution».

Selon les chercheurs, relate le site Fusion, tous les traits associés aux agresseurs: être plus fort, plus rapide, manipulateur et égotiste, sont autant de «qualité» requises pour obtenir un meilleur statut dans la hiérarchie sociale.

Leur étude de terrain s’est concentrée sur un échantillon de 135 d’adolescents canadiens inscrits dans un collège banal de l’agglomération de Vancouver. Leurs résultats montrent que les membres de la minorité d’agresseurs au collège ont des niveaux de dépression plus faibles, une meilleure image d’eux-mêmes et un statut social plus élevé que leurs victimes. Ces caractéristiques les rendant plus populaires auprès des autres élèves leur procure également un plus grand avantage dans la compétition sexuelle. Dans le langage souvent cynique de l’«évopsy», cela donne:

«Les harceleurs obtiennent un avantage sexuel de l’exercice de leur statut social élevé. Cela s’explique parce que le statut social est un attribut hautement désirable, qui constitue un indice indirect des ressources de la personne.»

Conscients de la piètre image que donne leur recherche de l’humanité, les auteurs conseillent aux parents d’encourager les jeunes au profil agressif à exercer leurs talents dans des sphères d’activité plus pacifiques comme le sport. 

Et quoiqu’il en soit leurs observations ne permettent pas vraiment de sortir du jeu de la poule et de l’œuf, comme ils le reconnaissent dans leur article:

«Est-ce que le harcèlement aide l’individu à atteindre un statut social plus élevé, ou est-ce parce que l’individu a un statut social élevé qu’il ou elle choisit d’agresser les autres? De la même manière, est-ce qu’ête un harceleur abaisse le niveau de dépression, ou est-ce qu’il était en premier lieu moins dépressif, ce qui rend plus facile de harceler les autres?»

Ces résultats sont une nouvelle contribution au débat existentiel qui consiste à savoir si se comporter d'une manière asociale est d’une quelconque aide dans la vie. Etre populaire à l’école procure des avantages à long terme dans la vie adulte y compris en matière de salaire, comme cela a été étudié auparavant. Cependant il reste à savoir ce qui rend «populaire» les individus, notamment lors de la phase charnière de construction de la personnalité qu'est l’adolescence.

Une précédente étude, déjà réalisée auprès de pré-adolescents à Vancouver, aboutissait à des conclusions diamétralement opposées à celles des deux chercheurs, puisqu’elle montrait que ceux qui se livraient à des actes de gentillesse délibérée étaient plus populaires auprès de leurs camarades.

Une autre étude concluait que les adolescents perçus comme les plus cool et populaires à 13 ans étaient les futurs adultes à problème: ces ados aux «comportements pseudomatures» qui sont plus précoces sexuellement, commettent des actes de petite délinquance et ont tendance à choisir leurs amis en fonction de leur apparence physique, comptent sur ces types de comportements pour gagner l’admiration de leurs pairs. Ils sont amenés à adopter des comportements plus graves pour maintenir leur statut quelques années plus tard, quand les adolescents sont plus âgés et moins impressionnables… Ils abusent plus par la suite de drogues et d'alcool et commettent plus d'actes de délinquance.

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