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Les justiciers du Web sont incontrôlables (et parfois dangereux)

La porte d'entrée du cabinet du dentiste responsable de la mort du lion Cecil | REUTERS/Eric Miller

La porte d'entrée du cabinet du dentiste responsable de la mort du lion Cecil | REUTERS/Eric Miller

Le meurtre de Cecil le lion par un dentiste américain nous rappelle qu’il existe certains internautes bien décidés à venger les injustices tout autour du monde.

Fin juillet, on apprenait que Walter Palmer, un dentiste du Minnesota, avait tué Cecil, l’un des lions les plus célèbres du Zimbabwe. Après une traque de quarante heures, l’animal a été achevé à l’arme à feu, décapité et dépecé.

Très vite relayée sur Internet, cette nouvelle a provoqué aussi bien l’émotion que la colère. La chasse a alors commencé, mais cette fois pour traquer le dentiste. Comme l’expliquait Buzzfeed, certains internautes ont commencé à partager sur les réseaux sociaux d’autres photos de ses trophées de chasse, l’adresse de son cabinet dentaire, des informations sur sa famille, mais aussi à envoyer des menaces de mort. Sur la page Yelp du cabinet, certains ont commencé à publier des avis négatifs (supprimés par le site depuis). Même chose sur Facebook, où les commentaires et les messages indignés ont inondé la page gérée par le cabinet.

Une pétition a été même lancée pour demander «justice» et une pancarte «Va rôtir en Enfer» a été accrochée sur la porte du cabinet du dentiste.

Pour Vox.com, il s’agit là d’une nouvelle étape franchie par les «justiciers du Web», qui deviennent de plus en plus incontrôlables. «C’est une mode grandissante au sein des justiciers du Web, qui entraîne souvent un harcèlement dans le monde réel avec des conséquences dans le monde réel». Le site rappelle alors l’affaire du Gamergate, dans laquelle des femmes travaillant dans le secteur de la technologie ont été harcelées, tout comme de nombreuses journalistes femmes. 

Manque d’objectivité

Ce que craint le journaliste de Vox, c’est de voir de telles méthodes devenir «mainstream». Il est en effet assez effrayant de voir à quel point certains internautes utilisent des leviers psychologiques ou financiers dans le monde réel pour mettre à mal la vie d’une personne ou d’un groupe:

Le système judiciaire se trouve relégué au second plan

«Il est facile d’oublier à quel point une “quête de justice“ est injuste est dangereuse quand elle vise quelqu’un que vous méprisez, explique Vox.com. Plus ce comportement est normalisé, et plus il sera déployé contre des cibles qui ne méritent pas forcément d’avoir leur vie détruite.»

Pire encore, le système judiciaire se trouve relégué ici au second plan. La mobilisation en ligne souffre d’un manque d’objectivité criant, à l’inverse de la justice, qui s’efforce de mettre en place des punitions adéquates et de maintenir les valeurs de démocratie et d’égalité.

Harcèlement et menaces

En février 2015, le New York Times racontait en détail l’histoire de Justine Sacco, responsable des relations publiques du groupe média américain IAC, dont la vie a été ruinée après un tweet raciste sur l’Afrique.

 

«Je vais en Afrique. J'espère ne pas attraper le sida. Je plaisante. Je suis blanche!»

Les gens bien intentionnés, quand ils sont dans une foule, poussent souvent la punition trop loin

Le New York Times

Au-delà de la colère et de l’indignation que ce tweet a provoquées, et à juste titre, le journal américain expliquait que cette quête de justice par le peuple existe en réalité depuis longtemps, et qu’Internet n’a fait que la rendre encore plus puissante et plus visible:

«Beaucoup de gens des siècles passés déploraient l’énorme cruauté de la pratique, estimant que les gens bien intentionnés, quand ils sont dans une foule, poussent souvent la punition trop loin.»

Plus grave encore, ce problème peut concerner n’importe qui, et même des personnes innocentes. En 2013, après les attentats de Boston, rappelle Vox.com, un jeune homme a été pris en chasse sur Reddit parce qu’une personne lui ressemblant a été vue sur des photos ce jour-là. Sa famille a été harcelée et menacée. À tort, le jeune homme s’était en fait suicidé quelques jours avant l’attentat. 

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