Partager cet article

Pourquoi y a-t-il eu une vague de migrants dans l’Eurotunnel?

Migrants sur des rails à proximité de Calais, 29 juin 2015 | Pascal Rossignol/Reuters

Migrants sur des rails à proximité de Calais, 29 juin 2015 | Pascal Rossignol/Reuters

Plus de 2.000 migrants se sont introduits sur le site de l’Eurotunnel dans la nuit du 28 au 29 juillet. Voici trois raisons pour expliquer à quoi tient cette augmentation massive du nombre de tentatives d’intrusions dans le tunnel sous la Manche.

Dans la nuit du mardi 28 au mercredi 29 juillet, plus de 2.000 migrants se sont introduits sur le site de l’Eurotunnel à quelques kilomètres de Calais pour tenter de rejoindre le Royaume-Uni. L’un d’entre eux, un Soudanais, a été retrouvé mort écrasé par un camion sur lequel il avait essayé de grimper. Depuis le 1er juin, ce sont onze migrants qui ont trouvé la mort de la même façon.

Cet afflux massif de réfugiés dans l’Eurotunnel a fait les gros titres de la presse française et internationale, provoquant la réaction des gouvernements français et britannique. «C’est très inquiétant. Nous travaillons de manière étroite avec les autorités françaises. Nous avons investi beaucoup d’argent dans les clôtures autour de Calais et du tunnel», a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron.

Mais à quoi tient cette augmentation massive du nombre d’intrusions de migrants dans l’Eurotunnel?

1.Afflux depuis des mois

Si la mort du jeune Soudanais a attiré de nouveau l’attention médiatique sur le problème, le site connaît en fait des tentatives de passages très nombreuses depuis des mois. Le Figaro parle de 37.000 interpellations de migrants à l’intérieur du site du tunnel de la Manche depuis le début de l’année 2015. Des chiffres qui ont été confirmés à Slate par la compagnie Eurotunnel, gérante de l’exploitation du tunnel:

«Il y a eu 37.000 tentatives d'intrusion depuis le début de l'année. Ils étaient 600 fin décembre et ils sont à présents 4.000 à 5.000 à Calais. La pression migratoire, personne ne la conteste. Là, le problème dépasse ce que nous pouvons raisonnablement faire: il y a parfois jusqu'à 300 intrusions par nuit.»

Slate avait également recueilli en juin le témoignage de Denis Hurth, responsable Unsa du pôle CRS de la zone du Nord, qui assiste depuis des mois à la hausse du nombre de migrants candidats au passage:

«On a un sentiment d’impuissance dans cette mission. On est seulement 70 pour 4.000 migrants. Que voulez-vous faire?»

2.Chiffres gonflés?

Reste que plusieurs associations qui travaillent auprès des migrants dans la «jungle» de Calais remettent en cause le chiffre avancé par Eurotunnel de 2.200 réfugiés ayant tenté de s’infiltrer sur le site dans la nuit du 28 au 29 juillet. Dans un article du Monde, Christian Salomé, de l’Auberge des migrants, une association qui vient en aide aux étrangers installés dans le camp de fortune de la ville, estime que «quelque chose n’est pas cohérent»:

37.000

Le nombre de tentatives d’intrusions à l’intérieur du tunnel de la Manche depuis début 2015 selon Eurotunnel

«J’ai le sentiment qu’Eurotunnel essaye de se dédouaner, de ne pas prendre la responsabilité des décès sur leur site en montrant que le danger provient du nombre élevé de migrants, d’un débordement et non pas d’un défaut de sécurité.»

Dans un article sur le sujet, le quotidien belge Le Soir cite également plusieurs associations qui estiment qu’Eurotunnel gonfle les chiffres. Ainsi, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, qui s’est rendu mardi 28 juillet à Londres pour discuter du sujet avec son homologue britannique, a avancé le chiffre de 3.000 migrants installés dans la «jungle». La compagnie Eurotunnel a jugé que ce chiffre était minoré et estime plutôt la population de migrants à Calais autour de 5.000 personnes. Mais, pour de nombreuses associations sur place, comme le Secours populaire, ce chiffre est exagéré et ne dépasse en réalité pas la barre des 2.000 réfugiés.

3.Migrants acculés

Le conflit social du mois de juin entre la compagnie maritime MyFerryLink et le propriétaire de ses bateaux, le groupe Eurotunnel, avait bloqué le port de Calais pendant plusieurs semaines. Cet élément conjoncturel n’a pas été sans conséquence sur l’afflux de migrants. De nombreux migrants avaient alors tenté de profiter de la paralysie du trafic pour monter dans les camions bloqués par la grève. Avec la fin de la grève, les migrants ont moins eu d’opportunité d’embarquer clandestinement dans des camions et sont donc détournés vers le tunnel. Serge Decaillon, secrétaire général de la fédération Nord-Pas-de-Calais du Secours populaire, explique:

Ce qui pousse les migrants à passer par le tunnel, c'est qu'on les empêche de plus en plus de passer

Une bénévole de l’association Calais, Ouverture & Humanité

«Ils tentent de passer en fonction des flux de circulation. Ils se mettent sous les camions. Plus il y a de circulation, moins on a de chance de les repérer.

De même, l’augmentation des tentatives d’intrusion est aussi la conséquence du renforcement de la sécurité autour du port de Calais, l’autre point de départ pour l’Angleterre, qui est devenu beaucoup moins accessible pour les migrants après d’importants travaux réalisés au mois de juin, notamment pour améliorer les clôtures de sécurité autour de la zone. Les camions en partance pour l’Angleterre ont maintenant accès à une zone ultra-protégée de quatre kilomètres de long pour patienter avant d’embarquer sur un ferry. Ce qui incite les migrants à trouver «d’autres solutions pour passer à tout prix en Angleterre», comme l’a déjà expliqué la maire de Calais, Natacha Bouchart.

La destruction des camps de réfugiés créée également des vagues de départ, comme nous l’indique Serge Decaillon:

«Ils vivent dans des camps de fortune, plus que de fortune d'ailleurs et, quand ces camps sont détruits, ils n'ont plus d'endroits pour trouver un temps de repos ou de répit. Alors, ils tentent le tout pour le tout. Ils sont acculés.»

«Ce qui pousse les migrants à passer par le tunnel, c'est qu'on les empêche de plus en plus de passer. Ils sont prêts à tout braver», résume à Slate une bénévole de l’association Calais, Ouverture & Humanité.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte