France

Pourquoi les assassins découpent les corps en morceaux?

Eric Moine, mis à jour le 31.05.2012 à 18 h 39

Pour des raisons pratiques, le plus souvent.

Image de Une: Johannes Eisele / Reuters

Image de Une: Johannes Eisele / Reuters

Les autorités canadiennes recherchent un acteur porno, Luka Rocco Magnotta, suspecté d’être à l’origine de l’envoi de plusieurs parties de corps humain par la poste, notamment dans un colis reçu par le parti conservateur du Canada. L’homme est poursuivi pour homicide, a annoncé la police mercredi 30 mai. Nous republions cet article de septembre 2009 sur les raisons qui poussent certains meurtriers à découper le corps de leurs victimes.

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Des restes humains découpés et répartis dans trois sacs ont été découverts samedi 19 septembre en fin d'après-midi par deux pêcheurs sur les berges de l', près de Clermont-Ferrand. Les trois sacs poubelles gisaient dans l'eau. Il manque une partie du corps et des recherches ont été entamées pour retrouver un ou deux sacs supplémentaires. Aucun élément retrouvé dans les sacs ne permet d'identifier la victime.

Lundi 14 septembre, Yves Bureau était mis en examen pour le meurtre d'une retraitée allemande, Edith Muhr, dont le corps a été retrouvé découpé et dispersé dans des sacs en plastique. Le 10 mars dernier, le corps de Didier Lacoste était retrouvé coupé en deux dans le coffre de sa propre voiture à Dompierre-sur-Besbre. Les affaires de meurtre avec mutilation de corps occupent régulièrement les pages de faits divers des journaux. Qu'est-ce qui pousse un meurtrier à découper un corps?

La première explication est d'ordre purement pratique: couper un corps en morceaux le rend plus facilement transportable, et peut donc s'avérer très utile pour quelqu'un qui veut le faire disparaître. On peut imaginer que pour l'affaire de Dompierre, le tueur a scindé le corps en deux pour pouvoir le faire rentrer dans le coffre de la voiture. Le même principe pousse un meurtrier à utiliser un congélateur qui, comme dans l'affaire des bébés Courjault, est également un outil pratique, l'endroit où on met un corps quand on panique et qu'on ne sait pas quoi en faire.

Mais s'attaquer au tronc d'un corps et le couper en deux est très rare. La plupart du temps, une mutilation commence par la tête, puis les bras, et enfin les jambes. Le FBI américain tient des statistiques à ce sujet qui montrent que les auteurs de la découpe d'un corps en deux sont souvent très proches de la victime.

Mutiler le corps peut également servir à essayer d'en empêcher l'identification. Cet été, le corps de l'ex modèle de Playboy Jasmine Fiore était retrouvé dans une poubelle de Californie amputé de ses doigts et de ses dents. Malheureusement pour son meurtrier, la police américaine a réussi à identifier le corps grâce au numéro de série contenu sur ses implants mammaires.

Il existe un dépeçage pathologique qui chosifie le corps. C'est par exemple le cas d'un schizophrène qui mutile un cadavre parce qu'il est persuadé qu'il recèle le mal. Le criminologue Olivier Chevrier a rencontré un homme qui a tué sa mère pour lui ouvrir le ventre où il était persuadé que le diable se cachait. D'autres mutilations de cadavres sont propres aux tueurs en série, qui ne sont pas malades mais organisés. La mutilation est en quelque sorte leur signature. Joseph Vacher, un des premiers tueurs en série français reconnu, a tué onze adolescents, filles et garçons, dont il coupait les organes génitaux. Le tueur en série organisé peut agir par rapport à un fantasme qui le domine.

Selon les experts du FBI, les auteurs de meurtres en série gardent souvent des objets, et même parfois des membres. Il s'agit la plupart du temps de membres sexuels comme un téton ou un sein, ou encore une oreille ou un doigt. Ces objets sont pris comme souvenirs, et permettent au criminel de revivre les événements dans ses fantasmes. Dans certains cas, le meurtrier peut même consommer certaines parties du corps de sa victime pour se l'approprier totalement.

Des causes extérieures peuvent-elles expliquer cette pratique? C'est ce qu'affirment certains coupables, comme Sylvie Reviriego. Cette femme a tué son amie, lui a coupé la tête avant de la passer au four à micro-ondes puis, pendant une semaine, a dépecé peu à peu son cadavre resté sur le balcon. Sylvie Reviriego était soignée pour des problèmes psychiatriques, et elle aurait commis ce crime sous l'influence d'un cocktail de médicaments.

Explication bonus: Les mutilations de corps sont-elles une forme contemporaine de violence?

Non, toutes les civilisations l'ont pratiquée. La civilisation des Incas par exemple pratiquait le dépeçage religieux avec les sacrifices humains. Le dépeçage de guerre est aussi commun avec des parties de corps ramenées en trophée: le scalp des Indiens, des têtes, etc.

Mais certains rites ne sont pas si éloignés de nous. En France, le dépeçage a longtemps été institutionnalisé. Jusqu'à la Révolution puis l'arrivée de la guillotine, qui reste un outil qui découpe les corps. Avant, la peine de mort était précédée ou accompagnée de dépeçages quand on s'attaquait à une forme d'autorité, les régicides, parricides, etc. C'était la loi du Talion. On coupait par exemple le poignet de celui qui tuait le roi. Ravaillac, l'assassin d'Henri IV, a subi ce sort avant d'être écartelé et torturé sur la place publique, avec une petite variation: sa main fut brûlée au souffre fondu. .

Ce type de mutilations a également toujours existé dans les actes criminels. Mais la fréquence était plus importante entre le milieu du XIXe siècle et le début du XXe. Ce phénomène s'explique par la violence de l'époque, qui était bien plus importante que celle dont on se plaint aujourd'hui.

Eric Moine et Grégoire Fleurot

Image de Une: Johannes Eisele / Reuters

Remerciement à Olivier Chevrier, titulaire d'un DEA et d'un doctorat en sciences criminelles, intervenant à l'Université de Rennes 2 et à l'École de l'administration pénitentiaire d'Agen. «Crimes ou folie: un cas de tueur en série au XIXe siècle, Joseph Vacher», Olivier Chevrier, ed. L'Harmattan, 2006.

Eric Moine
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