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Richard Isanove: comment un Français s'est retrouvé à dessiner Wolverine

X-Men, par Richard Isanove © Marvel, DR

X-Men, par Richard Isanove © Marvel, DR

L’histoire d’un Frenchy au pays des super-héros qui dessine le célèbre Wolverine. Et le résultat est un album «européen».

Wolverine est mort. Depuis presque 6 mois aux Etats-Unis. Pour preuve, la mini-série spécialement créée pour l’occasion: Death Of Wolverine

Mais le personnage de comic-books a encore de beaux jours et de belles bastons devant lui… Déjà, on ne compte plus ses versions alternatives (dans les réalités toutes aussi alternatives évidemment.) Et quand bien même on en aurait fini pour de bon avec le X-Man,  les auteurs de comics ne se privent pas de (re)visiter les différentes strates de son passé.

C’est exactement ce qu’a fait Richard Isanove dans la série Savage Wolverine, dont le but est de présenter des histoires «complètes» sans vraiment de lien avec la vie dissolue que mène le super-héros au sein des X-Men ou des Avengers. Idéal donc pour des lecteurs occasionnels ou pour des amateurs de BD ayant envie de se mettre aux comics.

Savage Wolverine, Richard Isanove ©Marvel, DR.

Fidèle lecteur de comics depuis 1982, j’ai longtemps cru que «Ritcharde Aizanoove», dont j’ai commencé à repérer le nom dans les premiers fascicules d’Image Comics, était américain et enfermés dans ses bulles… inaccessible, comme tous ces dessinateurs de comics, originaire de Californie ou de New-York. 

La Tour sombre, Richard Isanove, ©Marvel DR

C’est avec stupeur qu’un ami m’a appris que son nom se prononçait simplement «Richard Isanove» et que le célèbre coloriste du Marvel 1602 ou le dessinateur de la Tour Sombre de Stephen King était comme lui originaire de Bordeaux, Gironde, avant de partir dessiner des Mickey à  CalArt, (Californie) en 1994. 

Histoire d'amour

À l’origine, c’était un semestre d’échange: «J’y suis allé parce que j’étais un des seul à parler anglais, se remémore Isanove. Un tremblement de terre a détruit l’école et j’ai été autorisé à rester un semestre de plus. Et j’ai rencontré ma femme…»

L’artiste ne quittera plus la Californie. C’est chez lui que je l’ai rencontré et c’est à grâce à cet ami commun que j’ai pu découvrir la charmante maison années 1950 de Richard Isanove, à Los Angeles, pas très loin des studios de la Warner et à deux pas de chez Mickey. Richard raconte ses débuts en tant que coloriste, puis directeur artistique du département couleur de Top Cow Comics. 

Dans la BD américaine, le dessinateur fait des crayonnés. Une deuxième personne, l’encreur, ajoute des textures et fait les contours. Le coloriste met la page en couleur et un lettreur rajoute les phylactères pour faire tenir les dialogues…  Bien entendu, il y a un scénariste. Chaque artiste apporte sa patte et c’est cette équipe créative qui «fabrique» le comic book.

De la couleur au scénario

Après son passage remarqué chez Top Cow, Richard commence à travailler pour Marvel sur Daredevil avec Joe Quesada (qui deviendra plus tard le grand patron de la boîte). Puis, il se retrouve embarqué sur l’adaptation BD de la Tour Sombre, la saga fantastique (et ultraviolente) de Stephen King.

Mais Richard Isanove commence à en avoir un peu marre de ne faire que de la couleur… Il commence à refaire quelques crobars, notamment dans les festivals. Il se retrouve finalement à «codessiner» la Tour Sombre avec Jae Lee, ce qui lui donne une légitimité supplémentaire. Techniquement, il peint directement sur les crayonnés, donnant une texture et un relief assez unique. Le dessin se confond avec la couleur. De fil en aiguille, il en vient à dessiner de nombreux épisodes de la série.

Savage Wolverine, Richard Isanove, ©Marvel, DR.

C’est ainsi qu’il gagne son ticket pour présenter son projet sur Savage Wolverine, une série qui donne les clefs aux auteurs pour faire presque ce qu’ils veulent (ou presque) avec le personnage.

Dans cette histoire complète appelée Wrath («colère»), Richard dessine, encre, colorise mais s’est également mis au scénario et aux dialogues. C’est quelque chose que Marvel a du mal à confier à des non anglophones: 

«Evidemment, il a fallu que je fasse mes preuves car je n’avais jamais écrit de scénario.» 

Isanove écrit ses quatre épisodes d’un coup et envoie le tout à l’éditeur, qui ne demandait qu’un épisode en test: «Je voulais que la fin tienne la route», justifie-t-il. Ça passe ou ça casse. Et ça passe.

Influence française

Mais on n’échappe pas à ses origines, cette histoire, qui tient plus du polar que du récit de super-héros qui sauve le monde, a de sévères accents européens dans sa construction…

L’histoire se déroule dans les années 1930 entre Canada et Nord et Etats-Unis et se prête plus à la lecture en album qu’en fascicule mensuel. L’épisode #2 n’a que cinq pages d’actions. Un comble pour ce genre de production. Isanove détaille: 

«Les auteurs qui ont travaillé avant moi sur Savage Wolverine se sont servis de cette série pour le montrer en action, comme dans le film. Je voulais faire quelque chose de moins démonstratif… De moins… américain.» 

Pour preuve, Wolverine ne sort ses griffes que deux fois… ce qui rend les scènes vraiment impressionnantes.

Quant aux dialogues, ils sont beaucoup plus «littéraires» que la moyenne des comics Marvel. Normal selon l’auteur, c’est plus facile que de singer le vocabulaire parlé des auteurs américains: «Et j’ai écrit le scénario en le plaçant dans les années 1930. Mon modèle, c’était Steinbeck. Pour m’inspirer du parler de l’époque, je relisais régulièrement des pages des Raisins de la colère…» C’est sa «French touch» à lui. 

Ils sont peu nombreux les Français à percer dans cette industrie américaine du dessin de super-héros, mais Richard est installé depuis plus de vingt ans aux États-Unis, si longtemps que lui parler de la France n’a plus vraiment de sens. La seule différence avec ses collègues, c’est que quand il était petit il lisait Daredevil et Spider-Man dans le magazine Strange

Aujourd’hui Richard Isanove est un homme qui continue de monter chez Marvel. Il a dessiné également Spider-Man (Spider-Man Noir, avec un autre français Fabrice Sapolsky) et participé à Secret Wars qui agite les super-héros de papier cet été. Avec à chaque fois une patte «années 30» caractéristique. Certes, il continue un peu de coloriser également des comics comme le tout récent Uncanny X-Men ou des modèles qui serviront à des jeux vidéo ou des dessins animés. Mais il dessine, scénarise et colorise. Bref, il est mûr pour son premier album «européen».

Savage Wolverine, 

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