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Que deviennent les élus sanctionnés ou exclus pour racisme?

Montage Slate.fr de captures d’écran Facebook, Twitter et blogs appartenant à Philippe Moisescot, Ahmed Chekhab, Stéphane Poncet et Anne-Sophie Leclère

Montage Slate.fr de captures d’écran Facebook, Twitter et blogs appartenant à Philippe Moisescot, Ahmed Chekhab, Stéphane Poncet et Anne-Sophie Leclère

Être sanctionné ou exclu par son parti pour racisme n’entraîne pas toujours les conséquences que vous imaginez.

Les messages et propos racistes, antisémites, homophobes ou xénophobes d’élus se suivent et se ressemblent... mais ne conduisent pas forcément à la déchéance de leurs auteurs. Voire constituent dans certains cas une «prime à la casserole», comme le résume le président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), Louis-Georges Tin, contacté par Slate.

1.Des dessins racistes mais aucune sanction

Derniers en date, ceux de Philippe Moisescot, conseiller municipal de Patrick Balkany à Levallois-Perret. Ce dernier a relayé sur Twitter une série de dessins plus que douteux. Sur l’un des dessins postés le 26 juillet sur son compte Twitter, on voit des femmes portant un voile intégral ainsi que des barbus faisant la queue à Pôle emploi et montrant du doigt un jeune homme blond à casquette, qui balaie. Ils semblent étonnés de constater que cet homme travaille. «C’est donc ça un travailleur!», «Oh, le pauvre homme!», «J’en avais jamais vu!». Les immigrés et descendants d’immigrés, largement sur-représentés dans le métier d’agent d’entretien et au plus bas échelon des fonctionnaires territoriaux, apprécieront (en 2007, 35% des personnes employées comme agent d’entretien et de propreté sont des immigrés, selon l’Insee). Sur un autre dessin, des femmes voilées des pieds à la tête sont assimilées à des «sacs poubelles ambulants» (ce tweet a été supprimé depuis).

Ces tweets ont provoqué des réactions ulcérées ou choquées de nombre d’utilisateurs de Twitter. La saillie raciste, après quelques articles de presse, est même remontée jusqu’aux oreilles du patron du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, qui a enjoint Nicolas Sarkozy à se «réveiller» de son «luxueux hôtel corse» pour «virer» l’élu.

Aucun sanction n’a été prise pour l’instant. Quand bien même l’élu serait sanctionné, pas sûr que les conséquences seraient entièrement négatives pour lui. Slate a procédé à un petit examen de quelques édiles ayant encouru les foudres de leur parti pour des commentaires homophobes, xénophobes ou racistes. Pour nombre d’entre eux, l’histoire n’a pas si mal tourné.

2.Exclu pour antisémitisme, promu adjoint

Vous souvenez-vous d’Ahmed Chekhab? Cet élu du PS, adjoint aux sports, a été exclu en juillet 2014 du Parti socialiste pour des propos antisémites. Selon le journal Le Progrès, il avait eu ces mots devant le président du club d’athlétisme de la ville:

«Tu préfères te faire niquer par un Zittoun, tu préfères te faire niquer par un juif, plutôt que te faire aider par quelqu’un qui te ressemble?»

Loin de le bloquer dans sa carrière ou de conduire à son renvoi, ses propos lui ont plutôt… servi. En octobre 2014, ses fonctions sont en effet élargies. Il est nommé adjoint à la citoyenneté par le sport, la culture et la vie associative, signalait le journal Lyon Capitale. Il l’est toujours, comme on peut le voir sur le site de la mairie de Vaulx-en-Velin.

3.«Sermonné», interdit de candidature... et finalement candidat

Voilà un autre cas d’élu, cette fois non pas exclu de son parti mais «sermonné», et à qui on avait interdit de se présenter aux législatives. Stéphane Poncet, numéro 2 du FN dans le Rhône, avait publié sur son blog, fnvilleurbanne.fr (désactivé depuis), des caricatures pour le moins troublantes, comme le révélait en janvier 2012 le blogueur et ex-chroniqueur d’Europe 1, Guy Birenbaum. L’une d’entre elles montrait un Père Noël roumain dérobant un écran plat, une autre un personnage noir à l’air benêt, souriant avec une bouche énorme dans la plus pure tradition des caricatures colonialistes façon «Banania» et affirmant:

«Prioritaires dans le logement, l’emploi, les prestations sociales, c’est vrai qu’en France nous sommes intouchable et même inexpulsables quand on fait des délits!»

Deux mois plus tard, en mars, la chef de file du Front national, Marine Le Pen, affirmait que Stéphane Poncet ne serait «plus candidat». «Il vient à mon avis de terminer sa carrière politique pour commencer une carrière de caricaturiste», ajoutait même la présidente du Front national sur Canal Plus, rapportait l’Agence France presse. «Paroles, paroles, paroles», comme le chante Dalida, les injonctions de Marine Le Pen sont restées du vent puisque, deux mois plus tard, le candidat qui se disait lui-même radié est investi dans le Rhône. Une remise en selle qui aurait «échappé» à l’attention de Marine Le Pen, selon ses mots, mais qui visiblement ne souhaite pas s’étendre sur le sujet:

«Oh écoutez, ne me parlez pas de choses dérisoires !»

Aujourd’hui, Stéphane Poncet est même devenu secrétaire départemental adjoint en charge des élus du Rhône. Le passe-temps de caricaturiste raciste profite donc bien à ses auteurs!

4.Candidature retirée, promotion accordée

Il est encore ici question d’un élu FN, Nicolas Reynès, candidat en 2012 aux législatives dans la deuxième circonscription du Nord. Après avoir posté sur Facebook des liens vers un site porno-eugéniste prônant le IIIe Reich, la supériorité de la race blanche et mettant en avant des photos de femmes nues qualifiées de «bonnes Françaises», le candidat s’était vu finalement retirer sa candidature.Mais il a été promu depuis au rang de secrétaire départemental du Front national jeunesse.

5.Suspendu... puis candidat

Un autre exemple est fourni par le Huffington Post, qui cite le cas de Jacques Coutela, candidat Front national en 2011 aux cantonales dans le Tonnerrois. Il avait présenté sur son blog le tueur de Norvège Anders Breivik comme un «résistant», une «icône» et «le premier défenseur de l'Occident». Suspendu pendant deux ans, il est ensuite candidat aux élections départementales dans l'Yonne.

6.Ceux qui ont effectivement démissionné

Les affaires de dessins et tweets racistes ne manquant pas, on trouve aussi d’autres cas où les élus ont effectivement démissionné de leurs fonctions, pour ne plus revenir dans la vie politique. C’est le cas de l’élue UMP de Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne, Claudine Declerck. Après avoir caricaturé la garde des Sceaux Christiane Taubira en «Ya pas bon Taubira», un pastiche du dessin de type colonialiste de la marque Banania, l’élue avait été suspendue et avait ensuite annoncé s’être retirée de la vie politique. Idem pour Anne-Sophie Leclere, qui avait été condamnée par la justice pour avoir comparé Taubira à un singe, avant que sa condamnation ne soit annulée pour vice de procédure. Signe que ses déclarations lui ont apporté quelques succès sur d'autres plans, l'ex-FN a été propulsée candidate aux régionales de la liste de la droite nationale, qui regroupe des partis en concurrence avec le Front national. «Pour nous, elle représente la liberté d’expression bafouée», a indiqué le directeur de pré-campagne de cette liste.

Pour Louis-Georges Tin, «les partis prennent à la légère la devise republicaine de l’égalité, alors qu’il s’agit là d’une faute grave. Il y a une forme d’hypocrisie: on a l’impression qu’on offre une prime à la casserole au lieu d’une sanction, qui fait que l’impunité est garantie et la récidive encouragée». Le président du Cran affirme avoir l’intention de demander des explications aux partis. Pour que ces propos ne soient plus banalisés.

Mise à jour du 29 septembre 2015: ajout de la canidature d'Anne-Sophie Leclère aux éléections régionales.

 

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