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La lutte de la Turquie contre les extrémistes kurdes complique la guerre contre Daech

Des soldats turcs installent un canon anti-aérien dans la base aérienne de Incirlik au sud de la ville d'Adana - REUTERS/Murad Sezer

Des soldats turcs installent un canon anti-aérien dans la base aérienne de Incirlik au sud de la ville d'Adana - REUTERS/Murad Sezer

Si la Turquie s’attaque aux Kurdes de Syrie, alliés du PKK, l’Occident perdrait son allié le plus efficace dans la lutte contre Daech de ces derniers mois.

La vraie cible de Recep Tayyip Erdogan n’est-elle pas plus les Kurdes que l’État islamique? C’est la critique qui émerge en Europe selon Anne Barnard, journaliste au New York Times. Depuis la rupture assumée du processus de paix par le président turc mardi 28 juillet, et surtout les premières frappes aériennes ciblant le PKK dimanche 26 juillet, certains analystes doutent du réel apport de la Turquie dans la lutte contre Daech.

Pourtant, l’Otan fait bloc derrière la Turquie en soutenant sa lutte contre «le terrorisme sous toutes ses formes». Mais même si le PKK est considéré par presque toutes les puissances occidentales comme une organisation terroriste, sa filiation aux forces armées kurdes de Syrie (YPG) pose problème aux occidentaux.

En effet, le YPG lutte corps et âmes contre Daech depuis maintenant un an, est s'est imposé comme un allié stratégique de l'Otan, notamment dans la conservation de Kobané en janvier 2015. Grâce au témoignage d’un officiel américain sous couvert d’anonymat, la journaliste affirme:

«Les attaques turques contre le PKK compliquent les relations avec les milices kurdes syriennes.»

Évincer les Kurdes syriens

Selon cette même source, la Turquie s’est engagée à n’effectuer aucun bombardement en Syrie. Mais, selon la journaliste, c’est l’autonomie grandissante des Kurdes syriens à sa frontière combinée à l’attentat de Suruç qui a poussé au revirement de la Turquie et à son alliance avec les États-Unis. Et, si la Turquie ne les bombarde pas, elle a toutefois les moyens d’évincer les Kurdes syriens.

Dans l’accord du 22 juillet négocié avec Washington, une clause appelle les pays à soutenir avant tout les insurgés arabes syriens pour reprendre un segment de territoire du nord de la Syrie au bord de la frontière turque. Pour Anne Barnard, il s’agit d’une concession aux Turcs:

«Cela ne signifie pas simplement chasser l’État islamique, c’est aussi s’assurer que les Kurdes syriens ne libèreront pas le territoire avant.»

Pour s’assurer du soutien de la Turquie, la coalition menée par les États-Unis semble progressivement s’éloigner de son allié kurde en Syrie. Mais, selon des analystes, justifier la lutte contre le PKK en l’associant à celle contre l’État islamique permet à Erdogan de miner l’opposition kurde tout en happant le vote des turcs nationalistes. Et Anne Barnard de conclure:

«Une majorité absolue de son parti servirait sa propre ambition de changement de Constitution pour établir un régime présidentiel.» 

Cette stratégie alimente les tensions entre le pouvoir et les militants kurdes et, selon la journaliste, un mouvement de contestation généralisé des Kurdes pourrait compromettre l'engagement d'Ankara vis-à-vis de l'État islamique.

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