Nous entrons dans l'ère des animaux génétiquement modifiés

Photo montage de licorne | Pierre Lecourt via Flickr CC License by

Photo montage de licorne | Pierre Lecourt via Flickr CC License by

Saumons, poissons, moustiques, vaches... De nombreux tests génétiques sont déjà à l'œuvre sur des animaux, pour améliorer la productivité d'un élevage ou inventer de nouveaux médicaments.

Les plantes génétiquement modifiés sont déjà cultivées sur 175 millions d'hectares dans le monde (13% des surfaces cultivées mondiales). Et elles arrivent en Europe: depuis le mois d'avril 2015, dix-sept types d'OGM ont le droit d'être importés et commercialisés dans l'Union européenne.

Le tour des animaux viendra-t-il bientôt? Expérimentée dès les années 1980, l’ingénierie génétique animale en est encore essentiellement au stade de la recherche. Pourtant, de plus en plus d'utilisations concrètes voient le jour. Les dernières barrières technologiques qui empêchaient l'homme de tenter tous les croisements génétiques imaginables sont sur le point de tomber.

Le même processus que l'élevage sélectif

L'homme a modifié les gènes des animaux depuis des centaines d'années. «Nous avons simplement appelé cette pratique “l'élevage sélectif”», résume Mark Westhusin, expert en génie génétique animal interrogé par Tech Insider. Croisez par exemple cette race de chien avec une autre pendant plusieurs générations, et vous obtenez un cocktail génétique détonant que la nature n'aurait sans doute jamais créé elle-même: le bichon frisé

Les nouveaux outils de modification génétique permettent des retouches plus rapides et précises. «Nous changeons des traits de façon plus ciblée. Nous pouvons savoir exactement ce que nous créons», explique Alison Van Eenenaam, spécialiste en génome et biotechnologie à l'université de Californie.

Le tout premier animal à voir son patrimoine génétique modifié en laboratoire est la souris. En 1982, des chercheurs américains parviennent à créer une souris sécrétant une grande quantité d'hormones de croissance. Elle a grandi jusqu'à atteindre la taille d'un petit rat.

Guérir grâce à du lait transgénique

Des animaux d'élevage qui deviennent deux fois plus gros que la normale? La trouvaille scientifique a de quoi intéresser le monde de l'agriculture. Un saumon du double de sa taille habituelle a déjà été mis au point (Nom commercial: AquAdvantage) et pourrait bien être le premier poisson génétiquement modifié à être commercialisé pour des fins alimentaires. L'entreprise attend seulement le feu vert des autorités américaines.

Les animaux pourraient également être immunisés contre les épidémies. Des biologistes britanniques ont par exemple créé un poulet transgénique qui ne propage pas la grippe aviaire. Au Brésil, un moustique génétiquement modifié a aussi été utilisé pour endiguer la contamination de la dengue.

Le Glofish, poisson-zèbre fluorescent | Alexbrn via Wikimedia Commons

Mieux encore, le lait issu d'animaux transgéniques cache des possibilités infinies. Des vaches ont ainsi été modifiées pour produire du lait maternel, du lait hypoallergénique (pour les allergiques au lactose) ou encore, à l'avenir, du lait produisant un anticorps humain capable de lutter contre le mélanome. GTC Biotherapeutics, entreprise américaine, a de son côté créé des chèvres dont le lait contient des anti-thrombotiques. L'ATryn, ce lait-médicament, prévient la formation de caillot sanguin.

Les croisements génétiques possibles sont aussi multiples qu'inattendus: après un essai sur des chèvres, des bactéries ont été génétiquement modifiées pour produire des fils de soie d'araignée. Ce matériau, réputé être le plus solide au monde, permettrait de créer des gilets pare-balles ou des textiles médicaux ultra-performants.

Les poissons-zèbres, eux, se sont vu ajouter de l'ADN de méduse fluorescente. Objectif: les faire briller en présence de certaines toxines environnementales et donc repérer les eaux polluées.

Le «GloFish» a finalement eu plus de succès dans les aquariums des Américains, où il est devenu le premier animal domestique génétiquement modifié.

Des «scalpels» génétiques plus perfectionnés

Dans le passé, toutes les technologies étaient des sortes de marteaux de forgeron, maintenant c'est comme travailler avec des scalpels moléculaires pour génomes

Jennifer Doudna, biologiste

Les chercheurs apprennent à de mieux en mieux décrypter le génome. À savoir comment tel gène configure telle caractéristique d'une espèce. Mais c'est la découverte d'une série de nouveaux outils très performants, en particulier la Cas9, qui a encore accéléré les progrès du génie génétique.

Découverte par «accident» lors d'expériences sur les virus, la technique du CRISPR/Cas9 a été découverte par deux chercheuses, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna. Pour faire simple, elle permet de rechercher une section d'ADN et de le découper. Ajouté à un autre matériau de codage, elle permet aussi de le remplacer par une autre section d'ADN.

Une avancée considérable, d'après la biologiste Jennifer Doudna:

«Alors que, dans le passé, toutes les technologies étaient des sortes de marteaux de forgeron, maintenant c'est comme travailler avec des scalpels moléculaires pour génomes.»

Ressusciter le mammouth et le dinosaure

Avec une telle technologie, certains scientifiques envisagent de ressusciter des espèces disparues ou d'en inventer d'autres de toutes pièces.

Mammouth laineuxFunkMonk via Wikimedia Commons License by

Les chercheurs savent déjà théoriquement comment faire revenir le mammouth laineux, disparu depuis 10.000 ans. Grâce à des fragments de tissus ou des morceaux de dents retrouvés dans la glace, ils sont parvenus à reconstituer quasi intégralement son génome. Il n'y a plus qu'à modifier les gènes de l'éléphant, ou implanter son ADN dans l'ovule d'une éléphante, pour donner naissance à un bébé mammouth.

Et pourquoi pas des bébés dinosaures? Si la poule est le descendant de certains dinosaures, il suffit alors d'inverser le processus... Des chercheurs l'ont déjà fait, ils ont réussi à réactiver des gènes «dinosaures» ancestraux chez le poulet.

Des créatures mythologiques ou totalement imaginaires pourraient naître de ces nouveaux «scalpels génétiques»Jack Horner, paléontologue américain, a déclaré à Tech Insider qu'il serait possible de créer une licorne.

Mais pour fabriquer des animaux d'une taille inhabituelle (un canard de la taille d'un cheval ou un cheval de la taille d'un canard), la tâche s'annonce plus difficile: la taille est déterminée par des centaines de gènes. Même chose pour le cochon ailé. Les scientifiques n'ayant jamais vu de vertébrés avec six membres, ils n'ont aucune idée de ce à quoi ressemblerait ce code génétique.

Jusqu'où doit-on aller?

Où meneraient de telles manipulations génétiques? À leur manière, les auteurs de science-fiction ont mis en garde de nombreuses fois l'humanité de telles avancées, comme le rappelle cette citation de Jurassic Park:

«Vos savants étaient si pressés par ce qu'ils pourraient faire ou non qu'ils ne se sont pas demandé s'ils en avaient le droit.»

MMises à part les créations génétiques farfelues, la transgenèse sur les animaux, en assurant une meilleure qualité ou une plus grande productivité, pourrait mettre fin à l'insécurité alimentaire dans le monde. Mais quelles seraient les conséquences à long terme? Les risques sanitaires, environnementaux? Il n'est pas encore arrivé dans nos assiettes que le saumon AquAdvantage fait déjà craindre le risque de «pollution génétique».

S'il est encore tôt pour répondre à ces questions, il est en revanche plus que temps de clarifier les limites éthiques: des chercheurs chinois ont commencé à modifier le génome humain.

 

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