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Vaccination des nourrissons contre l’hépatite B: la fin en trompe-l’œil du désamour français

Vaccin israélien contre l’hépatite B Sci-B-Vac, à Rehovot, le 14 juillet 2013 | REUTERS/Baz Ratner (IS

Vaccin israélien contre l’hépatite B Sci-B-Vac, à Rehovot, le 14 juillet 2013 | REUTERS/Baz Ratner (IS

Hier en chute libre, la vaccination (recommandée) des nourrissons est à nouveau massivement pratiquée. Dans le même temps, les rumeurs (scientifiquement infondées) concernant les liens entre ce vaccin et la sclérose en plaques ne cessent de circuler. Comment comprendre, alors, que la pénurie de vaccins continue à perturber les parents et les médecins?

L’hépatite B est une maladie virale contagieuse transmissible par voie sexuelle et sanguine. C’est aussi une affection chronique pouvant évoluer vers une cirrhose et un cancer du foie. Près de 400 millions de personnes à travers le monde sont des porteurs chroniques du virus. Le premier vaccin pleinement efficace contre cette infection a mis au point en France il y a quarante ans par le professeur Philippe Maupas. Il a, pour la première fois, ouvert la voie à la possibilité de prévention d’un cancer à partir d’une vaccination. Une perspective rapidement soutenue par l’OMS et à laquelle ont adhéré la plupart des pays développés avec l’objectif de l’éradication.

En France, cette vaccination n’est obligatoire que pour l’exercice de certaines professions. Elle est recommandée depuis 1994 chez tous les nourrissons (vaccination en trois doses –avec un rattrapage chez les adolescents jusqu’à l’âge de 15 ans révolus). C’est aussi l’époque où les premières associations sont faites avec un hypothétique lien avec des manifestations cliniques similaires à celles de la «sclérose en plaques». Commence alors une affaire de santé publique de grande ampleur, caractérisée par une série d’erreurs politiques et qui a eu pour conséquence de ruiner les objectifs vaccinaux affichés –c’est aussi une controverse spécifiquement française, qui a été parfaitement décryptée par un groupe de Science-Po.

En dépit des nombreux travaux excluant l’hypothèse d’un lien de causalité (entre la vaccination des enfants et les manifestations neurologiques), les rumeurs sur ce thème n’ont, depuis vingt ans, cessé de circuler. Elles notamment eu pour effet de voir s’effondrer le taux de couverture vaccinale des plus jeunes. Où en est-on, aujourd’hui, alors que l’on observe une nette résurgence des mouvements d’opposition aux vaccinations recommandées? La réponse est apportée par la publication des résultats de plusieurs travaux dans le dernier numéro (28 juillet 2015) du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire (InVS) dans le cadre de la Journée mondiale contre l’hépatite.

Réticences des parents

La première recherche portait sur les réticences des parents face à la vaccination contre l’hépatite B en France. Ce travail a été mené par une équipe de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) dirigée par Frédérike Limousi. L’objectif était de «décrire les attitudes et déterminants psychosociaux de la vaccination contre l’hépatite B chez les parents d’enfants de 1 à 16 ans». Une «enquête en ligne» sur «échantillons indépendants» a été mise en place de 2012 à 2014:

«Parmi les 5.922 parents interrogés, 42,4% ont déclaré que tous leurs enfants étaient vaccinés contre l’hépatite B, 31,3% qu’au moins l’un d’entre eux n’était pas vacciné et 26,4% n’étaient pas certains de la vaccination de tous leurs enfants. Parmi ceux ayant au moins un enfant non vacciné, trois profils ont été identifiés: 46,8% étaient méfiants vis-à-vis de la vaccination, 36,0%, y étaient opposés et 17,2%, étaient plutôt compliants [consentants]. Cette étude a permis d’identifier différents profils de parents auprès desquels il est nécessaire d’adapter les interventions sur la vaccination des enfants contre l’hépatite B

Trois profils parentaux ont ici été identifiés.

1. Les «méfiants»

Le profil le plus représenté (46,8% des parents d’enfants non vaccinés, 14,6% de l’effectif total) est composé de personnes méfiantes vis-à-vis de la vaccination. Elles n’auraient pas accepté de faire vacciner leur enfant si on leur avait proposé le jour même de l’enquête et elles n’avaient pas l’intention de le faire dans les trois mois, mais elles n’étaient pas pour autant «formellement opposées» à la vaccination. Près de 70% de ces personnes pensent que l’hépatite B est une maladie grave et 12,3% que leurs enfants risquent de la contracter s’ils n’étaient pas vaccinés. Il s’agit plutôt de personnes de catégorie socioprofessionnelle supérieure avec des revenus élevés, qui se déclarent pour la majorité d’entre elles (86,2%) favorables à certaines vaccinations et défavorables à d’autres.

2. Les «opposants»

11,3%

Le pourcentage de personnes opposées à la vaccination contre l’hépatite B dans l’échantillon de parents interrogés

Le deuxième profil en termes de fréquence (36,0%, soit 11,3% de l’effectif total) est composé de personnes opposées à cette vaccination. La quasi-totalité d’entre elles sont en désaccord avec le fait qu’il est facile de faire vacciner leurs enfants, que c’est une bonne chose pour eux et qu’elles seraient sur ce point approuvées par leur entourage. Aucune de ces personnes n’a l’intention de faire vacciner ses enfants dans les trois mois et plus des trois quarts pensent que leurs enfants ne pourra pas contracter l’hépatite B. Cette catégorie était représentée par une majorité de femmes et davantage de personnes âgées de 35 ans et plus. Parmi elles, 5,4% sont défavorables à toutes les vaccinations.

3. Les «compliants»

C’est le profil le moins représenté (17,2%, soit 5,4% de l’effectif total). Il s’agit de personnes qui auraient accepté (dans 89% des cas) de faire vacciner leurs enfants si on le leur avait proposé au moment de l’enquête. Un peu plus d’un tiers d’entre elles déclarent avoir l’intention de le faire dans les trois mois et la moitié pense que ce sera facile. Près de 80% de ces personnes sont d’accord avec le fait que l’hépatite B est une maladie grave et 38% que leurs enfants risquent de la contracter s’ils ne sont pas vaccinés. Il s’agit en majorité d’hommes jeunes, habitant dans des villes.

Confiance des médecins

Une deuxième recherche publiée dans le BEH décrit les perceptions et pratiques de vaccination contre l’hépatite B des médecins généralistes libéraux en France métropolitaine. Elle a été menée par un groupe dirigé par Arnaud Gautier (Inpes) auprès d’un échantillon aléatoire de 1.582 médecins généralistes exerçant en France métropolitaine (interrogé par téléphone entre avril et juillet 2014).

«La majorité des médecins interrogés (90,3%) déclaraient avoir été complètement vaccinés contre l’hépatite B. Les trois quarts des médecins, parents d’enfant(s) de 2 à 24 ans, déclaraient que leur(s) enfant(s) étai(en)t bien vacciné(s) contre l’hépatite B. Pour 16,6%, aucun enfant ne l’était.

 

Le lien entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques était jugé ‘pas du tout probable’ par 48,0% des médecins et ‘peu probable’ par 40,3%

Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire du 28 juillet 2015

La moitié des généralistes estimait obtenir facilement l’adhésion à cette vaccination pour les adolescents non vaccinés. Le lien entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques était jugé “pas du tout probable” par 48,0% des médecins et “peu probable” par 40,3%. La proposition de la vaccination contre l’hépatite B chez l’adolescent était systématique pour un tiers des médecins (34,0%).

 

Un sur dix ne la proposait “jamais”. La moitié des médecins interrogés (51,9%) déclarait “toujours” détailler les maladies ciblées par le vaccin hexavalent [vaccin protecteur contre six maladies, dont l’hépatite B] quand ils le proposaient; un médecin sur cinq déclarait le faire “parfois” ou “jamais”. En conclusion, si la majorité des médecins sont confiants vis-à-vis de la sécurité du vaccin contre l’hépatite B, ils perçoivent leur patientèle comme réticente vis-à-vis de cette vaccination.»

Augmentation de la couverture vaccinale

Qu’en est-il, aujourd’hui, de la couverture vaccinale des plus petits? C’est l’objet de la troisième publication du BEH, un travail dirigé par Jean-Paul Guthmann (InVS). Tout, ici, converge: on observe une augmentation notable des taux de couverture vaccinale des très jeunes enfants.

«Au total, 92,1% des enfants âgés de 6 mois nés en 2014 avaient débuté une vaccination contre l’hépatite B, comparé à 24,6% pour les enfants nés en 2004. Cette très forte progression s’observait surtout à partir de 2008, où la couverture vaccinale (CV) doublait. À l’âge de 24 mois, la CV pour trois doses était de 81,5% en 2013 et suivait la même dynamique. Cette même année, une CV trois doses supérieure à 80% était observée dans 55% des départements, contre 2% en 2008. L’absence de données exploitables dans dix-huit départements n’a permis de réaliser des estimations régionales que dans seize (61%) régions en 2013, un progrès par rapport à 2008 (dix (38%) régions). Au-delà de 24 mois, la couverture était de 50,9% à 6 ans (2013), de 45,8% à 11 ans (2008) et de 43,1% à 15 ans (2009). La CV hépatite B est en forte progression chez le nourrisson.»

Comment expliquer cette dynamique paradoxale? Par une raison assez simple, rarement évoquée publiquement par la puissance publique: le remboursement par la Sécurité sociale, à compter de 2008, d’une présentation vaccinale dite «hexavalente» protectectrice contre six maladies infectieuses, dont l’hépatite B. Il s'agit aujourd’hui, en pratique, de INFARIX HEXA®; un vaccin de la multinationale britannique GlaxoSmithKline (39,04 euros la dose), protecteur contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l'hépatite B, la poliomyélite et les infections à Haemophilus influenzae de type B. 

C’est en intégrant la vaccination contre l’hépatite B au sein d’un vaccin «groupé» et remboursé que l’on est parvenu à augmenter les taux de couverture vaccinale

Pour le dire simplement, c’est en intégrant la vaccination contre l’hépatite B au sein d’un vaccin «groupé» et remboursé par la collectivité que l’on est parvenu à gommer progressivement en France les résistances et à faire ainsi augmenter les taux de couverture vaccinale. Or, c’est précisément cette politique que dénoncent les opposants à la politique vaccinale française –des opposants qui partagent le combat, mené sur la Toile, par le professeur Henri Joyeux.

Ce combat est dénoncé par le conseil de l’Ordre des médecins, qui vient de lancer une procédure disciplinaire contre le professeur Joyeux. Cet «appel» très entendu n’est nullement contré par le ministère de la Santé. Il est vrai qu’il trouve son origine dans l’incurie actuelle qui prévaut depuis des mois quant à la fabrication et à la distribution des vaccins pédiatriques. Une situation qui fait que dans les pharmacies d’officine on ne délivre plus que le vaccin «hexavalent». Ainsi, pour obtenir de pas faire vacciner son nourrisson contre l’hépatite B (avec, par exemple, le PENTAVAC® de Sanofi-Pasteur) il faut se rendre dans un centre de protection maternelle et infantile. C’est là une désorganisation dont ne voit pas la fin et qui autorise toutes les interprétations, toutes les rumeurs.

Dans le même temps, les autorités sanitaires jugent que la couverture vaccinale reste très insuffisante chez le grand enfant et l’adolescent et que, chez eux, des actions de «rattrapage» doivent être engagées et renforcées avant leur majorité. Qu’en diront les parents?

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