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2015: l’année d’Obama

Barack Obama à Washington, le 21 janvier 2013. REUTERS/Jim Bourg

Barack Obama à Washington, le 21 janvier 2013. REUTERS/Jim Bourg

Les révolutions de 1989 ont changé le monde, celles de 2015 pourraient en faire autant.

L’année 1989 fut marquée par la chute de murs, la fin des dictatures communistes et le discrédit d’idées politiques qui, en plus d’être néfastes, suscitaient un large soutien populaire. Au cours de la première moitié de 2015, les Etats-Unis ont vu s’opérer des changements révolutionnaires au niveau de leurs relations internationales, de leur politique sociale et de la définition légale de ce qu’est la famille. Ces mutations dépasseront assurément les frontières américaines.

Barack Obama est arrivé à la Maison Blanche il y a six ans et demi, porté par une vague d’espérances comme on en a peu vues. Des millions de personnes qui ne s’étaient jamais intéressées à la politique ont soutenu avec enthousiasme ce jeune sénateur dont le nom, le look et l’histoire personnelle étaient, aux yeux de nombreux experts, des obstacles rédhibitoires à une accession à la présidence des Etats-Unis. Mal vu: Obama a gagné les élections.

La suite (presque) toute écrite

Quatre ans plus tard, après avoir déçu en tant que président et créé beaucoup de désillusion, il est quand même réélu. Son retour aux responsabilités n’a pas produit les résultats qu’espéraient ses électeurs, ni peut-être lui-même. Le leader inspirant qui donnait vie aux rêves des uns et des autres s’est transformé en responsable politique prudent, distant et incapable de faire plier ses adversaires intérieurs et extérieurs. Les chefs du Parti républicain (dont l’un a déclaré que l’objectif était de bloquer toute initiative du président) ainsi que les dirigeants de l’Iran, de la Chine, de la Russie et du Proche-Orient ont semblé plus puissants et plus compétents qu’Obama.

Et c’était sans compter la liste de dossiers brûlants qui l'attendait après sa réélection. Il lui fallait gérer la pire catastrophe économique depuis plus d’un demi-siècle, deux guerres augurant des défaites américaines, des indices d’inégalités élevés et en hausse ainsi que d’ambitieuses manœuvres internationales de la Chine et de la Russie… Tout cela alors même que ses alliés traditionnels en Europe étaient accablés par la crise. Le prestige et le rayonnement international des Etats-Unis en étaient alors à leur plus faible niveau depuis la guerre du Vietnam.

Barack Obama et son équipe se sont employés à combattre cette crise. Mais les progrès ont été lents, les reculs fréquents et la frustration grandissante. Ses détracteurs ont fait porter le chapeau personnellement à Obama: la faute à son passé, son idéologie, son inexpérience, sa personnalité… Beaucoup d’observateurs ont réduit à une occasion manquée son passage à la Maison Blanche. Ils ont insisté sur cette constante: les présidents américains ne peuvent apporter de grands changements qu’au début de leur mandat (car dans le système américain, les élections de mi-mandat voient généralement basculer la majorité des suffrages en faveur de l’opposition, qui se charge de freiner ou de saboter les initiatives du gouvernement). Pas d’exception à la règle cette fois, la prise de contrôle des deux chambres du Congrès par les Républicains sonnait vraisemblablement le glas de la présidence d’Obama. Il ne faudrait s’attendre à rien d’extraordinaire pour le reste de la mandature du président démocrate.

Un incroyable tour de force

Une fois de plus, les experts ont eu tout faux à propos d’Obama, tant il est vrai qu’en 2015, il a concrétisé une série d’actions qui semblaient impossibles il y a seulement quelques mois.

Il y a, bien sûr, l’accord conclu avec l’Iran dont les conséquences économiques et géopolitiques sont majeures. Mais aussi la normalisation des relations avec Cuba qui marque le terme de plus d’un demi-siècle d’hostilités avec le régime des Castro. A la surprise de beaucoup d’observateurs, Obama a également obtenu le soutien du Sénat pour négocier la participation des Etats-Unis au Partenariat Trans-Pacifique, qui prévoit le libre-échange entre 11 pays de l’Asie-Pacifique. Ce traité pourrait reconfigurer les relations économiques dans cette région du monde et créer un important contrepoids à la Chine.

Parallèlement, la reprise de l’économie américaine est en marche: croissance, taux de chômage de seulement 5,3% et en baisse, rebondissement industriel et acquisition par les Etats-Unis du statut de première puissance énergétique mondiale (devant l’Arabie saoudite et la Russie). Certes, les salaires moyens n’ont pas encore augmenté et les inégalités demeurent inacceptables. Mais même sur des sujets aussi cruciaux, Obama a pris des mesures susceptibles de renverser la tendance. Il ne fait aucun doute que sa réforme de la santé, par exemple, aura des effets économiques et sociaux positifs et importants.

Enfin, l’été 2015 a commencé sur une note positive et annonciatrice de grand changement pour des millions de personnes qui étaient jusqu’ici marginalisées. Au mois de juin, la Cour suprême des Etats-Unis a légalisé le mariage entre personnes de même sexe, une initiative pour laquelle Washington avait pris fait et cause.

Obama a réussi un incroyable tour de force. Il mérite bien quelques vacances.

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