Culture

David Guetta a raison de comparer son morceau «Dangerous» à du Bach

Temps de lecture : 2 min

Il y a une suite de huit notes de l'œuvre la plus célèbre de Bach dans la chanson du DJ français.

Dans un exercice désormais habituel, David Guetta s'est défendu dans une interview face aux attaques récurrentes portant sur la pauvreté de ses créations musicales. Le DJ le plus populaire, le plus célèbre et sans doute le plus riche que la France ait jamais produit affirme dans Le Parisien Magazine à propos de sa chanson Dangerous (avec le chanteur Sam Martin), diffusée en octobre 2014, que «c’est plus proche de Jean-Sébastien Bach» que de musique répétitive, contrairement à l'image que renvoient notamment les Guignols de l'info du DJ star.

La phrase a depuis déclenché la risée de la presse et de l’Internet, chacun y voyant une comparaison abusive, mensongère et mégalomaniaque, conforme en tous points à la mauvaise réputation de Guetta dans les milieux mélomanes et éduqués. Or, c’est un contresens de l’accuser de mentir sur ce point, et pour cause: il y a bien une suite de huit notes dans Dangerous tirées d’une œuvre célèbre de Bach, la Toccata et Fugue en ré mineur (l’attribution de cette œuvre à Bach est contestée par certains musicologues).

Motif musical

Ce sont surtout les premières mesures du morceau, qui introduisent la partie lente de la Toccata, qui sont célèbres. Le motif musical copié par Guetta dans Dangerous se situe un peu plus loin:

Voici, à titre de comparaison, l'interprétation piano-voix du chanteur Sam Martin du morceau Dangerous, sur laquelle le motif de Bach est encore mieux perceptible:

Et voici un montage des deux morceaux réalisé par un utilisateur de SoundCloud. Ça commence avec l'intro du morceau de Guetta, suivi de Bach, suivi de Guetta à nouveau:

Le sample de Bach est tellement bien assimilé que l’ensemble de la chanson est réussi sans avoir à être considéré comme dérivé du travail de Bach

Le site Primephonic

Un fil du forum Reddit est également consacré à l’identification de la mélodie classique entendue dans Dangerous de David Guetta, les réponses convergeant vers Bach. D’autres utilisateurs de Reddit la rapprochent d’un passage d'un morceau du compositeur et pianiste minimaliste contemporain italien Ludovico Einaudi, qui, certes, ressemble encore plus au morceau de Guetta –mais n’est-ce pas dans ce cas plutôt un emprunt à un compositeur qui lui-même l’a emprunté à Bach?

Variations Guetta

Fort de cet emprunt appuyé, le DJ s’est livré à une forme de variations Guetta en mode mineur sur le motif de Bach, l’interprétant librement. Cet emprunt à Bach est commenté de la sorte par le site Primephonic:

«Bien qu’il ne s’agisse que d’un motif de huit notes, comprises dans un intervalle de seulement cinq notes, il s’agit sans erreur possible de Bach. Dangerous est cependant originale en elle-même: le sample de Bach, qui évolue en un cycle de figures de quintes, est tellement bien assimilé dans le morceau de David Guetta que l’ensemble de la chanson est réussi sans avoir à être considéré comme dérivé du travail de Bach.»

À débattre...

Plusieurs sites sont consacrés au repérage des samples utilisés dans la musique pop contemporaine. On y apprend que la Toccata et fugue de Bach est un grand succès du sample, à commencer par cette «adaptation» très personnelle des tristement célèbres 2 Unlimited, dont les producteurs avaient choisi de «muscler» à leur goût un autre passage.

On en trouve également quelques notes chez Eminem, dans le riff de Plug in baby de Muse et dans d'innombrables autres morceaux.

David Guetta est-il seulement celui qui a réalisé cet «emprunt»? Il est fréquemment décrit comme un assembleur de talents plutôt qu'un compositeur au sens strict, ce qui est expliqué à mots à peine couverts dans une interview au JDD par le producteur Joachim Garraud, qui a écrit plusieurs de ses tubes.

Faut-il donc clouer Guetta au pilori pour nous avoir offert cet instant de vérité? Lors d’une précédente interview au Parisien, lors de laquelle il se montrait peut-être plus lucide, le DJ répondait (déjà) à une question sur les critiques de sa musique: «Je n’ai jamais dit que j’étais un grand compositeurAu moins peut-il se targuer de savoir où aller en chercher.

Newsletters

«La femme qui s'est enfuie», trois pas vers la perfection

«La femme qui s'est enfuie», trois pas vers la perfection

Entièrement construit autour de personnages féminins, le nouveau film de Hong Sang-soo invente une nouvelle tonalité à son exploration délicate, parfois cruelle et souvent drôle, des mille brins d'émotion qui tissent l'existence quotidienne.

Covid-19 et amours à distance: trois conseils pour bien gérer sa relation aux écrans

Covid-19 et amours à distance: trois conseils pour bien gérer sa relation aux écrans

Un amour peut-il durer et se fortifier uniquement au travers d’un quotidien rythmé par le virtuel? C’est la question que pose, avec subtilité et émotion, A cœur battant, le film de la réalisatrice israélienne Keren Ben Rafael, qui sort le 30 septembre sur les écrans.

Il y a vingt ans, Lunatic plongeait le rap français dans le noir

Il y a vingt ans, Lunatic plongeait le rap français dans le noir

L'unique album du duo, «Mauvais Œil», célèbre ses 20 ans. L'occasion de rappeler que ce classique est né d'un long cheminement de violence musicale et de marketing hors des codes.

Newsletters