Sports

Tennis: les blasphèmes de Serena Williams

Juliet Lapidos, mis à jour le 18.09.2009 à 18 h 12

Que pensent les Témoins de Jéhovah de l'éclat verbal de la championne de tennis?

Pénalisée pour une faute de pied en demi-finale de l'US Open contre Kim Clijsters, samedi 12 septembre, Serena Williams s'en était violemment prise à la juge de ligne: «Je jure devant Dieu que je vais te faire avaler cette [bip] balle, tu piges? Je le jure devant Dieu». Williams a été condamnée par la Fédération américaine de tennis à une amende de 10 000 dollars. Mais, témoin de Jéhovah pratiquante, risque-t-elle aussi d'être réprimandée par son église? Que pensent les Témoins de Jéhovah des jurons?

Pas du bien. Ces chrétiens adventistes pour qui la fin du monde est proche bannissent toute parole grossière, comme le fait expressément la Bible. Quand le chanteur Prince est devenu Témoin de Jéhovah en 2001, il a déclaré au magazine Gotham que «quand on prononce un juron, on invoque toute la colère, tous les instants négatifs où le mot a été prononcé avant nous. Pourquoi faire une chose pareille?»

Serena Williams a dérapé verbalement de deux manières distinctes: en invoquant à tort le nom du Seigneur («Je jure devant Dieu») et en usant de termes carrément grossiers («[bip]»). Le premier dérapage est une violation flagrante du Deuxième Commandement, qui énonce: «Tu ne prononceras pas en vain le nom du Seigneur.» Awake!, un magazine diffusé par les Témoins de Jéhovah, déconseille également le deuxième type de dérapage. Ainsi peut-on lire dans l'édition du 22 août 1998: «Dans les moments de grande tension, jurer peut, croit-on, permettre de «relâcher la pression». La Bible est cependant claire dans la condamnation de cette attitude.»

En matière d'interdiction du langage impie, les Témoins de Jéhovah se réfèrent à l'Épître de Paul aux Éphésiens, où il est dit [4.29]: «Qu'il ne sorte de votre bouche aucune mauvaise parole.» L'apôtre encourageait aussi ses fidèles [5.4] à ne tenir «ni paroles malhonnêtes, ni propos insensés, ni plaisanteries, choses qui sont contraires à la bienséance.»

Jurer est donc un péché aux yeux des Témoins de Jéhovah. Mais ne relève pas du «comité judiciaire» de la congrégation, en ce sens qu'il n'est pas suffisamment grave pour entraîner une condamnation formelle des anciens et encore moins une exclusion. Les infractions qui peuvent mener à l'exclusion sont l'avortement, les abus sexuels, l'adultère, l'hérésie et le meurtre. Dans son édition du 8 septembre 1989, Awake! estimait ainsi que le meilleur moyen de corriger «un chrétien dont la langue dérape [est de] le rappeler gentiment à l'ordre, pas de le sermonner.» Cependant, l'emploi réitéré d'un langage de charretier expose à une réprimande de la part des membres de la congrégation, ou à des mesures disciplinaires imposées par la famille.

Bien entendu, les Témoins de Jéhovah ne sont pas les seuls à prohiber les gros mots. D'autres petites congrégations chrétiennes très exclusives telles que les Amish, les Mennonites, les Huttérites ou les fidèles de la Church of the United Brethren in Christ réprouvent sévèrement les jurons, notamment ceux qui recourent au nom de Dieu ou de Jésus. Elles recommandent donc d'employer des substituts, tels que «Juste ciel» pour «Mon Dieu». Chez les catholiques, le juron est considéré comme un péché véniel mais pas mortel, qui ne ferme pas automatiquement les portes du paradis au blasphémateur.

L'Explication remercie Bryce Hemmelgarn, de la société Watchtower [Watchtower Bible and Tract Society of New York, entité légale des Témoins de Jéhovah] et Donald Kraybill, de l'Elizabethtown College.

Juliet Lapidos, rédactrice en chef adjointe de Slate.com.

Traduit par Chloé Leleu

Image de Une: Serena Williams en dei-finale de l'US Open 2009, REUTERS/Kevin Lamarque

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