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Anti-OGM, bio, agriculture locale... Toutes les philosophies alimentaires se trompent

Un tracteur labourant un champ | Matthias Ripp via Flickr CC License by

Un tracteur labourant un champ | Matthias Ripp via Flickr CC License by

Mieux manger, c’est possible, mais il ne faut pas systématiser sa philosophie alimentaire. Tout simplement parce que l’agriculture ne sera jamais la même partout.

Les discours relatifs à l’alimentation et l’agriculture à l’heure du réchauffement climatique relèvent du débat partisan. À chacun ses préférences, mais le problème c’est justement que les préférences de chacun ont tendance à créer des philosophies alimentaires hermétiques auxquelles devrait s’indexer l’agriculture mondiale et, pour l’écrivaine Tamar Haspel, qui s’exprime dans le Washington Post, c’est une grave erreur.

Que ce soient les tenants de l’agriculture conventionnelle moderne ou ceux qui défendent des méthodes alternatives (bio, local, anti-OGM, etc.), Tamar Haspel loue leur intérêt pour cette question brûlante mais considère qu’ils ne servent pas leur engagement en systématisant leurs idées:

«Tous ont tort pour la simple raison que la sphère alimentaire et la philosophie ne se mélangent pas. »

Elle s’appuie sur les recherches de Rattan Lal, directeur Carbon Management and Sequestration Center de l’Université d’État de l’Ohio. «L’agriculture nous coûte quoi qu’il arrive», assure Lal, et «chaque option conduit à des compromis». En somme, quelle que soit la manière de faire de l’agriculture, cette production aura toujours un impact environnemental plus ou moins fort selon les situations. Pour Tamar Haspel, toute philosophie alimentaire ignore cette différence des cas de figure en voulant systématiser sa propre idée d’une «bonne» production.

Pas de réponse unique

Elle prend l’exemple de l’agriculture organique:

L’usage intensif d’engrais chimiques peut mener à une pollution des eaux, mais cela ne signifie pas que la meilleure alternative soit d’interdire tous les engrais chimiques

Tamar Haspel

«Tout le monde, absolument tout le monde, s’accorde sur le fait que reconstituer la santé des sols est important. Mais si vous prenez cette idée et construisez un système autour, un système avec des règles, des interdictions et des certifications, vous supprimez la flexibilité de prendre des décisions au cas par cas. L’usage intensif d’engrais chimiques peut mener à une pollution des eaux, mais cela ne signifie pas que la meilleure alternative soit d’interdire tous les engrais chimiques.»

Si l’on prend chaque modèle d’agriculture proposé aujourd’hui, tous doivent faire face à des situations particulières qui les rendent parfois inapplicables. L’agriculture biologique reste inapplicable dans certaines zones où le bétail et les récoltes sont sujets à des épidémies, l’agriculture locale empêche toute forme de spécialisation risquant ainsi de baisser la qualité des produits, et les travers de l’agriculture conventionnelle sont connus de tous.

Quel que soit le modèle auquel elle s’attaque, son constat est le même:

«Arrêtons les dogmes. Au contraire, pensons plus petit.»

Il y a 300.000 sols différents, et il faudrait autant de techniques agricoles pour les exploiter de la meilleure manière qui soit. Haspel rappelle que, au bout de la chaîne, c’est l’agriculteur qui fait le choix d’utiliser telle ou telle méthode de production, et ce ne sont pas les débats de philosophie alimentaire qui vont l’y aider.

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