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La leçon de conduite de la reine Elizabeth au prince Addallah

La reine Elizabeth et le roi Abdallah au palais de Buckingham, le 30 octobre 2007, presque dix ans après leur rencontre sur les chapeaux de roues | REUTERS/Akira Suemori

La reine Elizabeth et le roi Abdallah au palais de Buckingham, le 30 octobre 2007, presque dix ans après leur rencontre sur les chapeaux de roues | REUTERS/Akira Suemori

Que se passe-t-il quand un prince d’Arabie Saoudite soupçonné de misogynie rend visite à la reine Elizabeth II? Elle lui montre qui est la boss.

Bientôt 90 balais au compteur et pas prête à mordre la poussière: la reine Elizabeth II détiendra, en septembre prochain, le record du plus long règne britannique. Tout au long du mois de juillet, retrouvez vieux dossiers et anecdotes de la monarque dure à cuire. Cette semaine, retour sur un royal «Who’s your daddy?»: l’apprentissage sur les chapeaux de roue par le prince saoudien Addallah du code de conduite britannique.

En Arabie Saoudite, le droit des femmes est un concept qui sert surtout à faire glousser les ventripotents: incapables de voyager, d’étudier ou simplement de déjeuner dans un restaurant, les Saoudiennes ont autant de liberté qu’un enfant de 5 ans. Dans cette longue liste des choses qui leur sont interdites, conduire est bien sûr inscrit au tableau.

En 1998, la situation est au point mort: le prince Abdallah, de facto régent de l’Arabie Saoudite depuis que son demi-frangin Fahd a eu une attaque cérébrale fin 1995, est perçu comme un conservateur pur et dur peu adepte des changements.

Pendant ce temps, Elizabeth II se balade peinard le renard au volant de sa Range Rover sans permis (de la même façon que la reine n’a pas besoin de passeport pour voyager, elle n’a pas non plus besoin de permis de conduire). Car, si, en public, Sa Majesté roule dans l’une de ses huit limousines de fonction –Bentley, Rolls-Royce et Daimler–, elle aime à conduire son teuf-teuf lors de ses déplacements privés.

En voiture avec Sa Majesté

En septembre de cette année-là, la reine Elizabeth II invite le régent Abdallah dans sa résidence secondaire, le château de Balmoral, en Ecosse. Ce qui va suivre a été rapporté par Sir Sherard Cowper-Coles, ancien ambassadeur britannique en Arabie Saoudite, dans son autobiographie Ever the Diplomat:

«En juillet 2003, j’étais au palais de Buckingham pour une audience royale avant de quitter mon poste d’ambassadeur de Sa Majesté au royaume d’Arabie Saoudite. Vous n’êtes pas censés répéter ce que la reine dit en privé. Mais l’histoire qu’elle m’a racontée ce jour-là –et qui me sera confirmée plus tard par l’intéressé, le prince héritier d’Arabie Saoudite– est bien trop amusante pour ne pas être contée.»

Vous n’êtes pas censé répéter ce que la reine dit en privé. Mais l’histoire qu’elle m’a racontée est bien trop amusante pour ne pas être contée

Sir Sherard Cowper-Coles, ancien ambassadeur britannique en Arabie Saoudite

Ce jour de septembre 1998 donc, Elizabeth II et Abdallah se retrouvent pour déjeuner en compagnie de l’ interprète de ce dernier et du prince Saud, ministre des Affaires étrangères. Une fois le repas fini, la reine demande au prince héritier s’il souhaite visiter sa propriété de Balmoral. D’abord hésitant, le futur roi Abdallah finit par accepter sous la pression du prince Saud. Les Land Rover royales sont garées devant le château. En voiture Simone! L’interprète monte à l’arrière du véhicule, tandis que le prince Abdallah prend la place du mort.

Ni une ni deux, ils voient alors Elizabeth II grimper côté conducteur. Oh, Mémé ne doit pas savoir comment fonctionne une voiture, elle a dû se tromper de place… Il faut dire qu’avec cette manie qu’ont les Anglais de tout mettre à l’envers, le volant à droite et la route à gauche, cette pauvre femme s’y perd!

Sa Majesté ferme la porte. Et met les gaz.

Pied coincé sur le champignon

Le prince Abdallah devient nerveux. A-t-il jamais vu une femme au volant? Une reine en tous cas, probablement jamais.

Elizabeth II fait d’abord un tour sur les grands chemins de la résidence, puis emprunte à toute berzingue une petite route escarpée propre à l’Écosse. Le pied coincé sur le champignon, elle ne lâche pas le fil de la conversation. Elle appuie, appuie, appuie… N’y tenant plus, le prince Abdallah se retourne vers son interprète et lui dit peu ou prou ceci:

«Dites à la reine que je l’implore de ralentir et de se concentrer sur la route devant elle!»

En 2005, Abdallah montera officiellement sur le trône et règnera jusqu’à ce qu’une sale pneumonie ne l’emporte dix ans plus tard. Cette année, pour la première fois, les Saoudiennes devraient avoir le droit de voter aux élections municipales.

À ce jour, les femmes ne peuvent toujours pas conduire en Arabie Saoudite.

 

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