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«Après deux ans, comment passer à autre chose, et juste l’oublier?»

Détail de «Memories» de Frederic Leighton,  via Wikimedia Commons (domaine public)

Détail de «Memories» de Frederic Leighton, via Wikimedia Commons (domaine public)

Cette semaine, Lucile répond à une jeune femme qui a rompu avec son compagnon après sept ans de relation et ne parvient pas à arrêter d'être en colère, ni de culpabiliser.

J’ai vécu une longue histoire, de sept ans, avec un homme.

Après six ans de relation, il m’a demandée en mariage. C’était une demande féérique, dans un cadre exceptionnel. Digne d’un film.

Nous n’avions jamais parlé de nous marier. Nous n’avions pas vraiment de projets proches. Nous parlions parfois d’acheter un logement, de nos futurs enfants… mais sans vraiment le programmer. Je ne le voulais pas, j’étais trop jeune (17–24 ans).

Ma tête a dit «oui» à sa demande, alors que mon cœur criait «non». Je ne l’ai pas écouté tout de suite. Il m’a même fallu onze mois pour que je l’écoute.

Un événement personnel a déclenché ma prise de conscience. J’ai, dans un premier temps, annulé le mariage (un an avant, les préparatifs n’avaient pas commencé). Quelques semaines plus tard, la rupture. Largement amorcée par moi, mais il a prononcé les mots à ma place. Mon premier sentiment? Le soulagement. Je me suis sentie libérée. C’est atroce, de dire cela, non?

Libérée, car il a un caractère très difficile. Son passé –il est né en exil, orphelin, sa famille (sœurs, cousins) dispatchée dans le monde…– l’a rendu totalement imperméable aux émotions. Du moins à leur démonstration. Une bonne nouvelle? Aucune réaction. Une mauvaise nouvelle? Il me disait d’être «forte» et de ne pas me laisser atteindre, car c’était une faiblesse. Pleurer? Une faiblesse. Je me suis convaincue que j’étais aussi une de ces personnes sans émotion.

Après la rupture, j’ai vécu six mois de célibat géniaux. Éprouvants (être seule pour la 1ère fois…) et difficiles mais libérateurs. Je me suis découverte. Je suis devenue une personne beaucoup plus sociable et joyeuse. Je me suis fait des amis, je suis sortie, j’ai flirté…

Je sais que mon ex s’est remis de cette histoire. Son caractère ultra renfermé, lié à son passé difficile, font qu’il a rapidement su construire un mur et passer à autre chose.

Cette histoire remonte à deux ans.

Pourtant… je culpabilise. Et je suis en colère.

Je culpabilise car j’ai le sentiment d’avoir brisé ses rêves. Je n’ai pas de regret sur la rupture car les sentiments étaient éteints depuis longtemps. Mais je ressens de la colère contre lui, car j’ai l’impression que sa façon d’être pendant toutes ces années (très renfermé, notamment) m’ont nui et m’ont gâché des années de ma vie. Pourtant, je m’en veux d’être en colère contre lui, car je l’ai aussi aimé. Il m’a apporté du positif aussi…  Nous n’avons plus de contact aujourd’hui.

Après deux ans, comment passer à autre chose, et juste l’oublier? Ne plus ressentir ni colère, ni culpabilité envers lui? 

Nolwenn

Chère Nolwenn,

Est-il obligatoire que vos ex ne vous évoquent qu’un sentiment serein? Vous avez vécu une relation difficile avec une personne qui ne vous convenait pas et la rupture a été à cette image. Au final, c’est moins de la rancœur envers lui que vous ressentez que la difficulté à accepter les sentiments ambivalents, et peu valorisants pour vous, qu’il vous évoque. Oui, vous êtes celle qui a dû annuler le mariage, et avant ça, celle qui l’a accepté à contrecoeur. Oui, vous avez été soulagée qu’il vous quitte puis heureuse de reconstruire votre vie. Je n’y vois là rien que des réactions naturelles et humaines, amplifiées par votre jeunesse de l’époque et par le poids des convenances. Le truc, c’est qu’il n’y a pas de ruptures propres, et qu’il est quasiment impossible de s’en sortir en étant fier de soi-même.

Vous traînez une culpabilité et une colère qui vous étouffent. Elles ont le parfum de l’échec et de l’inexpérience. Il serait peut-être temps de tourner définitivement cette page, en acceptant vos failles et vos erreurs. Et en assumant qui vous étiez à cette époque, tout en comprenant que, deux ans plus tard, vous êtes une autre personne, certainement une meilleure personne.

En vous pardonnant, vous lui pardonnerez. Et le temps faisant, cette histoire va s’effacer, pour laisser place à d’autres histoires, plus mâtures, différentes. Vous n’étiez juste pas faits l’un pour l’autre, et trop jeunes pour vous en rendre compte plus tôt. Mais vous avez grandi ensemble et vous avez eu, à deux, le courage de stopper l’histoire avant des dégâts irréparables (les enfants dont vous parliez, en particulier).

Dans quelques temps, vous serez heureuse et tout ça n’aura simplement plus d’importance. Ça paraît difficile à croire mais je vous assure que c’est le cas. Les amours heureuses effacent les peines de cœur, les amitiés nouvelles recouvrent les séparations douloureuses. Qu’on soit celui qui parte ou celui qui est laissé sur le côté, il y a toujours un temps de deuil (où la colère a toute sa place) et l’on a du mal à imaginer que ces sentiments si forts, qui prennent toute la place, deviendrons des détails. Mais ils le deviennent.

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