Monde

Ce n’est pas en croyant que la «civilisation» l’emporte toujours que l’Occident vaincra Daech

Repéré par Benjamin Delille, mis à jour le 28.07.2015 à 9 h 34

Repéré sur The Independant

Penser la victoire contre l’État islamique comme acquise en raison d’une logique très binaire qui voudrait que le bien vaincra toujours le mal, c’est prendre les gens pour des imbéciles.

Contingent de l'armée roumaine qui quitte l'Irak après l'invasion américaine, le 4 juin 2009 | DVIDSHUB via Flickr CC License by

Contingent de l'armée roumaine qui quitte l'Irak après l'invasion américaine, le 4 juin 2009 | DVIDSHUB via Flickr CC License by

Il faut faire attention, selon Robert Fisk, aux raccourcis trop rapides. Le correspondant de The Independent au Moyen-Orient refuse de croire à une logique civilisationnelle pseudo-historique qui laisse penser que l’Occident, comme représentant de la démocratie et du libéralisme, gagnera toujours contre la barbarie de mouvements comme Daech.

Pour le journaliste britannique, nous héritons ce raccourci de la Seconde Guerre mondiale. La victoire contre l’Allemagne nazie serait pour certains de nos dirigeants le symbole du bien qui gagne contre le mal et, le «bien», c’est nous. Donc Daech, l’organisation qui massacre des innocents, réduit des civils à l’esclavage et instrumentalise des enfants, doit, et va perdre en tant que symbole du «mal». Le constat est plutôt clair pour Ashton Carter, secrétaire à la Défense des États-Unis:

«La civilisation gagne toujours contre la barbarie.»

Pour Robert Fisk, «difficile de croire à tant de naïveté» de la part d’un secrétaire américain. La preuve: selon lui, la Seconde Guerre mondiale consacre déjà la victoire d’une forme de barbarie, celle du régime staliniste, qui s’étendit sur quarante ans après le chute d’Hitler.

La «civilisation», un concept subjectif

Avant le XXe siècle, l’Empire romain tombe aux mains des «barbares» de son temps, sauf que les barbares sont toujours ceux que l’on définit comme tels. Le journaliste de The Independent montre bien que les pratiques de l’Empire peuvent très bien être comparées aux barbarismes de l’État islamique: «crucifixion, esclavage, torture, massacre (tout ce qui caractérise Daech moins les vidéos)».

Pour Robert Fisk, notre vision de la civilisation est trop relative pour en faire une donnée déterminante de l’histoire. L’Irak en serait la preuve. Les États-Unis ont imposé de nouveau leur «civilisation» en 2003, mettant fin à vingt-quatre ans de dictature. Saddam Hussein privait peut-être son peuple de liberté mais il apportait de la sécurité à la grande majorité d’entre eux, et en particulier la minorité sunnite. Aujourd’hui, c’est Daech qui assure la sécurité de ces personnes, malgré ses horribles exactions, et les États-Unis bombardent ce semblant de stabilité.

La tribune du journaliste appelle à mettre fin à l’hypocrisie. «L’argent parle plus fort que la “civilisation”», et le récent soutien des puissances occidentales à l’attaque saoudienne contre la révolte houthiste en est la preuve. Alors pourquoi ne pas acheter l’État islamique? Robert Fisk se le demande:

«Ma suspicion personnelle c’est que Ash, Dave et le reste (les puissances occidentales) vont essayer d’acheter Daech, le séparer en fractions et choisir la plus modérée d’entre elles.»

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