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Que de bruit autour de Kepler

Une possible représentation de Kepler-452b, REUTERS/NASA/Ames/JPL-Caltech/T. Pyle

Une possible représentation de Kepler-452b, REUTERS/NASA/Ames/JPL-Caltech/T. Pyle

Les planètes extrasolaires? Elles sont si lointaines que l’on ne sait qu’en faire...

Que de bruit autour de Kepler-452b! On a l’impression d’avoir découvert une planète jumelle de la Terre, ce qui n’est pas rien. Mais en plus, qui pourrait abriter de la vie! Et, en prime, le système planétaire de Kepler-452b est plus âgé que nous de 1,5 milliard d’années. Et voilà que nous sommes en présence d’un quasi-double qui nous permet de voir dans l’avenir de notre propre Soleil... Et nous voilà prêts à rêver d’un nouvel horizon, d’une nouvelle frontière. Nous voilà au bord d’imaginer qu’aune autre planète pourrait, un jour, nous accueillir. Ailleurs. Là-bas...

Dans la description des multiples attraits de Kepler-452b, une information est donnée sans insistance particulière: sa distance par rapport à la Terre. C’est ainsi bien après avoir découvert la longue liste des similitudes avec la Terre, qui donne envie de réserver aussi sec un billet sur Internet, que l’on apprend que notre jumelle est située à 1400 années-lumière dans la constellation du Cygne. Cette ultime caractéristique est, en réalité, une véritable catastrophe. Elle signifie que Kepler-452b est plus loin que loin de nous. Au delà de l’imaginable en fait.

En effet, 1400 années-lumière de distance, cela signifie que pour atteindre cette planète la lumière met 1400 ans. La lumière voyage à 300.000 km/s. En une minute, elle franchit donc 18 millions de km. En une heure, environ un milliard de km.  En un jour, donc, 24 milliards de km. Et en un an, environ 10.000 milliards de km. Il ne reste qu’à multiplier par 1400 pour découvrir la distance qui nous sépare de Kepler-452b: 14 millions de milliards de km...

Evidement, ce petit calcul ne concerne que la lumière. Il faut rappeler que l’homme, lui, voyage à une vitesse très inférieure à cette limite établie par Albert Einstein. Si Apollo 11 avait voyagé en ligne droite entre la Terre et la Lune, soit environ 400.000 km à parcourir, et mis trois jours pour y parvenir, sa vitesse moyenne aurait été de 5 500 km/h. Cette vitesse est à comparer au milliard de km parcourus par la lumière en une heure. Soit un facteur d’environ 180.000...

Le voyage impossible


Il est tout simplement exclu qu’il puisse se transporter sur une planète située à 1400 années lumière de la Terre

Cela signifie que, même en imaginant des progrès considérables de l’homme pour booster sa vitesse, il est tout simplement exclu qu’il puisse se transporter sur une planète située à 1400 années lumière de la Terre. Il lui faudrait en effet environ 250 millions d’années pour y parvenir. On comprend que même en imaginant une hibernation, un tel voyage n’a pas de sens.

En revanche, l’hypothèse d’une vie sur Kepler-452b est renforcée par son âge de 6 milliards d’années, supérieur de 1,5 milliard d’années aux 4,5 milliards d’années de la Terre. L’apparition de la vie sur Terre remonterait entre 3,5 à 3,8 milliards d’années, soit environ 1 milliard d’années après la création de la Terre. Si un phénomène similaire s’est produit sur Kepler-452b, la vie pourrait avoir 1,5 milliard d’années d’avance sur la notre !

Si une vie beaucoup plus avancée que chez nous existe sur Kepler-452b, on peut imaginer qu’elle est largement en mesure de communiquer avec nous. Faute d’aller physiquement sur place, on peut en effet espérer échanger des messages. Ce qui permettrait, déjà, de découvrir ce que nous cherchons désespérément dans l’univers: l’existence d’une vie extraterrestre. Or, là encore, la physique ne nous aide pas.

Les messages, eux-aussi, ne peuvent dépasser la vitesse de la lumière. Cela signifie qu’ils mettraient 1400 ans pour atteindre Kepler-452b. Même délai pour la réponse. Un dialogue dans lequel on devrait attendre 2800 ans pour obtenir une réponse? Assez improbable non?

On peut aussi espérer trouver des planètes extrasolaires plus proches de la Terre. Oui mais...

Près d'Alpha du Centaure

L’étoile la plus proche de nous est Alpha du Centaure, en réalité un système de trois étoiles situé à 4,3 années lumière. Et elle semble posséder une ou plusieurs exoplanètes comme le montre les découvertes réalisées en 2012. Les études récentes peinent à déterminer la taille d’Alpha Centauri Bb, première exoplanète identifiée dans ce système, et même sa composition (tellurique ou gazeuse). Néanmoins, la planète est si proche de son étoile qu’il doit y régner une température d’environ 1000°C. Peu favorable à la vie.

L’idéal serait de trouver une jumelle de la Terre près de cette étoile, Alpha du Centaure. Même dans ce cas, l’exploration serait plus que délicate. Prenons comme vitesse de déplacement celle de la sonde Voyager, l’engin spatial qui est sorti du système solaire. Il lui a fallu 35 ans pour parcourir 18 milliards de km. Comme le notait Science et Vie, à ce rythme, il faudrait 75.000 ans à une sonde pour atteindre l’étoile la plus proche de la Terre.

De plus, si des hommes se trouvaient à bord d’un tel vaisseau, on ignore dans quel état ils parviendraient à destination.  Leur protection contre les rayons cosmiques et autres radiations  pour le seul voyage Terre-Mars, qui ne dure qu’un an et demi, reste une question cruciale. Il ne reste, là aussi, que l’option de communication pour établir un contact. Avec la contrainte d’une attente de 8,6 années entre l’envoi d’un message et la réception de la réponse...

Ainsi, le rêve d’une exoplanète idéale à portée de main risque fort de rester à l’état de fantasme pour l’humanité rivée sur sa Terre natale. Cette réalité n’a pas échappé à Christophe Nolan dans son film Interstellar (2014). Pour nous donner une chance de voyage jusqu’à une autre planète, le réalisateur a dû installer un trou de ver dans notre système solaire. Et admettre que ce phénomène peut servir de raccourci pour voyage des l’espace. Peu probable...

 Il semble plus raisonnable de se résigner. Même s’il existe 200 milliards d’exoplanètes dans notre galaxie, la Voie Lactée, même si 50 milliards d’entre elles sont habitables et que 5 milliards approchent des conditions idéales d’apparition de la vie, il nous restera le problème de la distance. Un problème si difficile qu’il n’est pas sûr que nous puissions le résoudre un jour.

Ce constat conduit à trois conclusions:

1°/ Les découvertes de planètes extrasolaires, si passionnantes soient-elles, ne doivent pas faire oublier la distance vertigineuse qui nous sépare d’elles.    

2°/ Mieux vaut tenter de capter des signaux provenant d’exoplanètes que de rêver de nous y rendre. D’où l’intérêt de l’expérience du SETI qui, depuis 1960, scrute l’espace pour y détecter des transmissions radio. C’était le sujet du film Contact de 1997.

3°/ Il semble que l’humanité soit durablement, voire définitivement, attachée à sa planète. D’où l’importance d’en prendre le plus grand soin. Pas question de déménager si la Terre devenait invivable pour l’homme. Qu’il existe des planètes extrasolaires habitables ou non.

 

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