Agression d'une femme en maillot: le féminisme, cache-sexe de l’islamophobie à droite

Crédit: REUTERS/Luke MacGregor.

Crédit: REUTERS/Luke MacGregor.

L'agression d’une jeune fille en maillot de bain dans un parc à Reims, que de nombreux élus ont immédiatement associée à l'islam, illustre la récupération des thèmes du féminisme à des fins xénophobes et électoralistes.

Dans un article publié samedi 25 juillet, l’Union de Reims affirmait que le mercredi précédent, une jeune femme de 21 ans avait été lynchée par cinq autres dans un parc de la ville. Le motif de l'agression: la victime bronzait en maillot de bain. Surtout, précisait l'article, mis à jour depuis pour effacer ce détail, une des agresseuses se serait approchée pour reprocher à la victime sa tenue, contraire à «la morale et aux mœurs». Une version démentie depuis par l'enquête du parquet et par le journal local lui-même

La façon dont cette histoire a été d'emblée récupérée par la droite illustre un paradoxe. Pendant des années, voire des siècles, la droite et l’extrême droite ont freiné l’émancipation des moeurs et notamment l’émancipation féminine. Mais aujourd’hui, ces combats sont fréquemment évoqués de ce côté-ci de l’échiquier politique... non sans arrière-pensée. Sont visés, à travers ce combat, en lui-même louable, d’autres cibles: les musulmans et l’islam.

Le FN préfère les femmes «à la maison»

Si quelques réformes essentielles pour l’égalité hommes-femmes ont été portées par des élus de droite, les députés de l’ancien RPR et de l’ancienne UMP se sont souvent opposés à des projets visant à donner plus de liberté aux femmes. La majorité de la droite a ainsi voté contre le projet de loi présenté par Simone Veil en 1976, et dépénalisant l’IVG. Plus récemment, les ABCD de l’égalité, qui ne visent rien d’autre que la lutte contre les préjugés sexistes et l’encouragement des filles à embrasser des professions valorisées mais trop souvent réservées aux garçons - comme ingénieur ou médecin - ont été brocardées par plusieurs ténors des Républicains, comme Jean-François Copé, Valérie Debord et Christian Jacob, qui dénonçaient l’«offensive libertaire» de la gauche.

Au Parlement européen, le Front national s’est opposé à un texte sur l’égalité hommes-femmes, stipulant que  ces dernières «doivent avoir le contrôle de leur santé et de leurs droits sexuels et reproductifs», notamment «grâce à un accès aisé à la contraception et à l'avortement». Le parti s’est aussi illustré à plusieurs reprises pour ses prises de position inégalitaires, rejetant ainsi la notion de viol conjugal, ou plaidant pour le statut de mère au foyer (Marine Le Pen a ainsi affirmé pendant la campagne présidentielle que «le progrès pour les femmes, c’est de rester à la maison»).

Contre le foulard, au nom de l'égalité hommes-femmes

Mais depuis quelques années, et notamment depuis que l’immigration et l’islam sont devenus les principaux sujets de débat à droite (poussant par exemple le parti dirigé par Nicolas Sarkozy à organiser sa première convention sur le sujet, rebaptisée ensuite devant la polémique «réunion de travail»), la défense de l’égalité hommes-femmes est à géométrie variable. L’égalité hommes-femmes et la liberté de moeurs sont ardemment défendus par de nombreux membres des Républicains, ainsi que par des représentants du FN, dès qu’il s’agit… d’islam, ou de ce que les protagonistes de ce drôle de féminisme assimilent comme étant lié à cette religion (rappelons que le foulard a été portée par des catholiques pendant de nombreuses années, et qu’il existait bien avant le Coran).

C’est ainsi que l’actuel patron des Républicains a affirmé qu'il ne voulait «pas de femmes voilées», au nom de «l'égalité» entre les hommes et les femmes. Et que le FN défend un «national-féminisme», qui n’existe que par sa lutte contre le foulard. «Comme Jean-Marie Le Pen, sa fille ne considère pas que les droits des femmes sont à émanciper sur le front économique comme sur le front politique. Les droits des femmes, elle  ne les défend qu’au travers  d’une approche culturaliste et islamophobe», analysait l’an dernier le politologue Pascal Perrineau dans une interview à Elle.fr.

Le maillot de bain devenu symbole de la France

L’épisode de l’agression de la jeune fille au maillot de bain à Reims est une nouvelle illustration de ce «féminisme» à géométrie variable. Alors même que les détails de l’agression n’étaient pas encore connus, de nombreux élus ont exprimé leur soutien aux jeunes femmes voulant bronzer en maillot… tout en laissant entendre que l’agression de la jeune femme aurait une origine religieuse ou culturelle. Jamais nommés précisément, les «coupables» sont désignés par un «on» flou ou par le qualificatif de «minorité»:

«La liberté de la femme, la régression de la liberté de la femme... Un scandale en 2015», s’est écriée Nadine Morano, ex-ministre de Nicolas Sarkozy. «Je ne peux tolérer, que dans notre pays, une minorité cherche à nous imposer un mode de vie qui n'est pas le nôtre», a réagi la députée des Bouches-du-Rhône et vice-présidente des Républicains Valérie Boyer, en ajoutant le hashtag #jeportemonmaillotauParcLeo, lancé par Sos racisme en solidarité avec la jeune femme agressée. «Agression inacceptable par laquelle on veut nous imposer un mode de vie qui n'est pas le notre. Intransigeance!», a écrit sur Twitter le secrétaire général adjoint des Républicains Eric Ciotti.

Bientôt pour le droit des Femen d’enlever le haut?

Mêmes réactions du côté du FN. «Lynchée car en maillot de bain...Il faut entendre lynchée car vivant à la française! Plus que temps de changer de cap», a commenté le numéro 2 du Front national, Florian Philippot. «Alors bientôt faudra-t-il renoncer à nos traditions et coutumes, à notre mode de vie ou à nos droits occidentaux ?? La religion est une sphère strictement privée qui ne doit imposer à personne l’obligation de la respecter encore moins par la violence habituelle», a estimé le maire FN d'Hayange Fabien Engelman.

Voilà donc FN et membres du parti des Républicains unis dans leur défense du maillot de bain au parc. Et bientôt, pour le droit des Femen d’enlever le haut?

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