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Les enfants de Daech, une génération perdue?

Capture d'écran d'une vidéo diffusée par l'État islamique en février 2015 dans le camp d'entrainement de Racca en Syrie.

Capture d'écran d'une vidéo diffusée par l'État islamique en février 2015 dans le camp d'entrainement de Racca en Syrie.

Alors qu’aucune sortie de conflit n’est encore envisageable dans la guerre contre l’État islamique, certains observateurs s’inquiètent que les enfants soldats aient atteint un niveau d’endoctrinement contre lequel aucune méthode de réhabilitation ne serait possible.

Depuis plusieurs semaines, l’État islamique multiplie les vidéos de propagande où les enfants sont à l’honneur. Le 18 juillet 2015, l’organisation a publié pour la première fois une vidéo de décapitation où le bourreau n’avait pas plus de 14 ans. Une grande part de la stratégie de communication de Daech au mois de juillet était destinée à montrer que leurs petits soldats étaients devenus de véritables machines de guerre.

Ce phénomène inquiète énormément les observateurs spécialisés dans les programmes de réhabilitation des enfants soldats issus de divers conflits du monde. Les techniques de traitement de ces enfants généralement sujets à des troubles psychologiques majeurs, connues grâce à des études réalisées sur des enfants venus d’Ouganda ou de la Sierra Leone, pourraient n’avoir aucun effet sur les enfants de Daech, selon des spécialistes interrogés par le journal web américain Vocativ. Pour certains, toute cette génération endoctrinée et élevée au sein de l’État islamique est d’ores et déjà perdue: le sentiment d’appartenance communautaire des enfants endoctrinés est tel qu’il faudrait d’abord les déradicaliser pour pouvoir les soigner correctement.

Militants dévoués plutôt que chair à canon

Car, si Daech a recruté et enlevé des enfants pour devenir des soldats, des gardes du corps, des espions ou encore des kamikazes sur la même logique que les conflits en Sierra Leone ou au Sri Lanka, il y a une réelle différence avec les autres conflits. L’État islamique ne recherche pas uniquement de la chair à canon mais veut créer de vrais militants dévoués corps et âmes à sa cause en leur inculquant une idéologie ancrée dans une interprétation radicale de l’islam. L’idée étant de la rendre normative à leurs yeux.

Daech met en place une logique de séduction pour que la violence devienne naturelle aux enfants: des jouets contre des exécutions

L’objectif: que les héritiers de Daech n’arrêtent jamais le combat et que la violence leur devienne naturelle. Cette naturalisation de la violence est permise par une logique de séduction de l’enfant: des jouets contre des exécutions.

Alors qu’ils servaient de boucliers humains ou de réserves sanguines pour les blessés auparavant, les enfants soldats de Daech sont donc totalement intégrés aux forces armées de l’organisation. Selon l’observatoire syrien des Droits de l’Homme, cinquante-deux enfants sont morts au combat en 2015, dont trente-et-un au cours des deux premières semaines de juillet. Un autre rapport affirme que 1.100 enfants ont été recrutés depuis janvier. Impossible cependant de savoir combien ils sont réellement au sein de l’organisation.

L’une des conclusions du rapport consiste à dire que l’enlisement du conflit favorise le recrutement d’enfants, notamment parce que leurs familles ont besoin d’argent. Cela pousse John Horgan, journaliste américain, à poser une question troublante: faudra-t-il envisager ces enfants comme des victimes de guerre ou au contraire comme des terroristes?

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