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La presse communautaire est-elle encore indispensable aux LGBT?

Prendre ou ne pas prendre Têtu | Josef Kocmid via Flickr CC License by

Prendre ou ne pas prendre Têtu | Josef Kocmid via Flickr CC License by

En grande difficulté financière, les médias lesbiens, gays, bis et trans’ sont sur la sellette. Et les personnes LGBT ont sûrement plus à perdre de la disparition de leurs espaces d’expression qu’à y gagner.

C’est un argument que l’on entend souvent de la bouche des jeunes (et moins jeunes) homos: à l’heure du mariage et de l’adoption ouverts à tous et toutes, de la normalisation et de la banalisation de l’homosexualité au sein de la société, à l’heure de l’égalité des droits, la presse LGBT –ou communautaire– n’aurait plus de raison d’être. «Trop ringarde» pour certains, «trop communautaire» pour d’autres, ou encore «loin des réalités des homos», la presse, papier ou web, gratuite ou payante, bénévole ou professionnelle, faites par des gays et des lesbiennes pour les lesbiennes, les gays, les bis et les trans’ appartiendrait à un monde révolu –comme les quartiers gays?– dans lequel les homos devaient soit se cacher, soit se battre pour s’affirmer et revendiquer leurs droits.

Preuve ultime: la presse spécialisée, en grande difficulté financière, comme le masculin gay imprimé Têtu, qui vient de fêter ses 20 ans en juin et dont la liquidation judiciaire a été prononcée par le tribunal de commerce jeudi 23 juillet, ou le site d’information communautaire Yagg.com, fondé en 2008, –lui aussi menacé, ne satisferait plus ses lecteurs et serait en décalage avec la diversité des expériences vécues par les LGBT français. «On pourrait penser que Têtu n’a plus sa place dans la société. C’est quelque chose que les gens rappellent beaucoup: maintenant il y a la mariage, donc Têtu n’aurait plus sa raison d’être, le combat serait terminé, l’égalité serait acquise. C’est faux!» conteste à ce sujet Sylvain Zimmerman, rédacteur en chef adjoint du magazine gay, interrogé sur les ondes de France Inter, mercredi 22 juillet.

Têtu, «c’est un magazine qui porte les combats des homosexuels depuis vingt ans, qui a porté les combats du Pacs et du mariage. C’est un magazine essentiel, presque d’utilité publique», poursuit le chef du service culture du magazine, fondé en 1995 par les militants de la lutte contre le sida –dont Didier Lestrade, contributeur régulier de Slate.fr. Alors toujours «d’utilité publique» la presse LGBT? A-t-elle toujours un rôle à jouer pour les homos? Les LGBT ont-ils plus à perdre de la disparition de leur presse spécialisée qu’à y gagner? Les arguments abondent dans ce sens. 

En crise et en quête de sens

Pour Yannick Barbe, rédacteur en chef de Têtu, comme pour l’ensemble des acteurs de la presse communautaire, une chose est certaine: en vingt ans, «les missions des médias LGBT» ont évolué et ne sont plus forcément les mêmes qu’au milieu des années 1990, avant la reconnaissance de la conjugalité homosexuelle, la pénalisation des propos homophobes ou la valorisation des minorités sexuelles dans la fiction grand public. «La normalisation, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt: il y a encore de grands chantiers: l’homophobie et les problèmes d’éducation sont toujours présents. Les combats ne sont pas terminés», observe celui qui est aussi un des cofondateurs de Yagg.com. «Avec la quête des droits, peut-être que la presse est moins nécessaire», s’interroge de son côté Catherine Gonnard, ancienne de Lesbia (1982-2012), revue lesbienne mensuelle, dont elle a été rédactrice en chef de 1989 à 1998. «Tout n’est pas rose, mais peut-être qu’on vit un moment où on a moins besoin de s’exprimer», s’interroge encore la documentaliste qui a un temps collaboré à Têtu.

La normalisation, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt: il y a encore de grands chantiers: l’homophobie et les problèmes d’éducation sont toujours présents

Yannick Barbe, rédacteur en chef de Têtu

Le contexte dans lequel évolue la presse communautaire n’est pas tout rose lui non plus. À la crise structurelle de la presse et du marché des annonceurs qui a durement frappé Têtu, un titre indépendant qui a joué la carte du mécénat, s’ajoute également la crise du mouvement et du militantisme LGBT français pris dans les divisions post-mariage pour tousdes États généraux du militantisme LGBT doivent d’ailleurs être organisés cet l’automne à Avignon. Ce qui a forcément une incidence sur la réception de la presse communautaire par les gays et les lesbiennes, pour laquelle chacun à des attentes en matière de contenu, de débats et de représentations très particulières. «Les lecteurs ne s’en rendent pas forcément compte mais on en demande beaucoup aux médias LGBT en matière de représentation et de justesse de représentation. Ce qui rend la tâche difficile», observe le rédacteur en chef de Têtu.

«Il faut qu’on soit à l’écoute: peut-être que les gens ont aussi moins besoin de s’informer», ajoute Christophe Martet, directeur de publication de Yagg.com, passé par France 2 et ancien militant d’Act Up-Paris. Car, au fond, c’est aujourd’hui les conditions de l’existence de la presse gay et lesbienne qui sont questionnées par ses lecteurs et ses propres acteurs. «Est-ce que c’est une presse pour montrer qu’on existe? Est-ce que c’est pour remettre en cause l’ordre établi? Est-ce que c’est pour afficher qui on est?» s’interroge encore Catherine Gonnard, sans réponse. Pour cette ancienne journaliste, la difficulté centrale que la presse spécialisée LGBT a toujours rencontré a été de définir son public face à une «communauté» qui rassemble des individus aux vécus sociaux, de sexe et d’âge très différents.

Titres indépendants

Derrière l’existence de la presse LGBT même, se pose également la question de sa viabilité et de sa pérennité –ce que pour l’instant aucun titre n’a jamais réussi à faire plus de trente ans comme Lesbia ou Arcadie. Le modèle économique oscille entre bénévolat et mécénat, titres gratuits et payants, sans jamais assurer une réussite pour des titres toujours indépendants et donc aujourd’hui entièrement dépendants des annonceurs ou de leur lectorat. «Depuis 1995, les choses n’ont pas bougé d’un iota», constate avec regret Yannick Barbe. Le rédacteur en chef de Têtu déplore le désintérêt du pouvoir économique pour un titre dont «le combat a été d’être un magazine comme les autres, de ne pas être jugé sur des aprioris et d’avoir pignon sur rue».

Il y a peut-être encore un autre modèle économique et éditorial à inventer

Jérémy Patinier, éditeur et directeur de publication de la revue LGBTQIF Miroir/Miroir

«Il y a peut-être encore un autre modèle économique et éditorial à inventer», avance pour sa part Jérémy Patinier, éditeur et directeur de publication de la revue LGBTQIF Miroir/Miroir, une revue de réflexion semestrielle sur le genre, les sexualités et les identités, lancée en 2013, qui a fait le pari du temps long. Une question de contenu et de fond donc? «Est-ce qu’un journal moins lifestyle et plus militant marcherait mieux? Je n’en suis pas sûr», se demande, lui, Romain Vallet, rédacteur en chef depuis 2010 d’Hétéroclite, mensuel LGBT gratuit diffusé à 20.000 exemplaires à Lyon, Grenoble et Saint-Étienne.

À Lyon, justement, Hétéroclite, qui se définit éditorialement comme «une publication grand public, que chacun.e peut lire, quelle que soit son orientation sexuelle» –en partenariat avec Rue89 Lyon–, est pour la première fois depuis cinq ans à l’équilibre et compte embaucher un salarié à la rentrée, en parallèle du lancement d’une nouvelle formule, confie son rédacteur en chef. «Une petite victoire» qui montre que chaque publication communautaire peut réussir, et même si «c’est un modèle économique très différent de Têtu ou Yagg, avec des coups d’impression, de fabrication et de diffusion très faibles», poursuit le journaliste. Cependant, pour Hétéroclite, rien n’est encore assuré.

Caisse de résonance

Si elle apparaît toujours nécessaire, c’est aussi parce que la presse communautaire a, dans son ADN, des fonctions particulières que la presse généraliste n’a pas (encore?) intégrées. Depuis qu’elle a émergé de manière graduelle dans les années 1950 avec la revue «homophile» Arcadie (1954-1982) –la première publication gay connue à ce jour, Le Cercle, est née en Suisse dans les années 1940–, la presse homosexuelle, d’abord masculine, puis féminine, a été une presse d’accompagnement social et politique de communautés qui n’ont pas forcément exprimé les mêmes besoins à chaque époque.

C’est notamment ce que décrit Massimo Préaro, post-doctorant au Centre de recherche sur les politiques et théories de la sexualité de l’université de Vérone, en Italie, dans son ouvrage Le moment politique de l’homosexualité. Mouvements identités et communautés en France (2014). Pour l’universitaire, qui a épluché les publications communautaires, du journal à la revue en passant par les feuilles d’info associatives, pour étudier la structuration du mouvement gay et lesbien en France, la presse communautaire a d’abord été «un laboratoire de production et d’analyse de discours politiques, culturels ou de santé». Et même à l’heure du numérique où «des blogueurs font ce travail militant sans forcément suivre une logique d’édition», nuance-t-il.

La presse LGBT, si elle n’est pas un miroir de la communauté, la personnifie, la crée voire lui donne un visage

Ilana Eloit, doctorante en sociologie à la London school of Economics

Même constat pour Ilana Eloit, doctorante en sociologie à la London school of Economics (LSE), à Londres, qui travaille sur les mouvements lesbiens des années 1970-80. Selon la doctorante, la presse LGBT, «si elle n’est pas un miroir de la communauté, elle la personnifie, la crée, voire lui donne un visage». Ce qui permet d’ailleurs de mesurer l’impact des mouvements LGBT au prisme de l’importance qu’a pris la presse en son sein. «Au milieu des années 1970, l’apparition d’une presse lesbienne est indissociable de la naissance d’une communauté politique, explique la jeune chercheuse. Mais l’utilité n’est pas univoque. Au départ, la presse lesbienne n’était pas univoque. Au départ, la presse lesbienne n’était pas politique, mais quand se sont développés les premiers journaux mixtes comme Homophonies et Masques dans les années 1980, de nouvelles publications ont accompagné une affirmation très forte des lesbiennes avec des débats sur le féminisme et le lesbianisme radical.» Ilana Eloit affirme ensuite que le mensuel Lesbia a pris le contre-pied pour créer un journal «moins politique» mais qui crée du lien social.

Thomas Dupuy, trésorier et responsable de la bibliothèque du Centre LGBT Paris-Île de France, qui a travaillé sur les archives du journal Gai Pied (1979-1992) et qui tient un blog sur la période qu’a couverte ce journal, la presse LGBT reste particulièrement indispensable «d’un point de vue symbolique, politique et militant». «La presse est le seul moyen de réveiller le militantisme et de rappeler que le mariage ne suffit pas», affirme le responsable associatif. Un rôle d’amplificateur de la mobilisation, de caisse de résonance de la demande de reconnaissance, de sensibilisation de l’opinion publique que Massimo Préaro retrouve dans les interviews politiques de Têtu. «Quand Têtu a interviewé des candidats à la présidentielle en 2007 et 2012, le magazine a obligé Ségolène Royal ou François Hollande à se positionner dans des débats [l’ouverture du mariage et de l’adoption, la PMA, les droits des trans’, etc.] qui n’étaient pas explicitement abordés dans la campagne par la presse généraliste», se souvient le sociologue. Il ajoute:

«Pour une minorité, ce type d’espaces est toujours nécessaire dans la mesure où la question minoritaire est toujours ouverte, où l’histoire de la minorité n’est pas terminée.»

Outil de visibilité et de représentation

De fait, la presse communautaire, parce qu’«elle donne une visage à la communauté» porte également en elle la question de la visibilité. «La légitimité de Têtu, elle repose aussi sur le fait d’être présent dans l’espace public», analyse Ilana Eloit. Vendu en kiosque partout en France, les exemplaires de Têtu ne sont plus relégués au rayon porno des libraires mais leurs couvertures et leurs covers boys, du moins dans les grandes villes, s’affichent en pleine rue. «Ce qui risque de disparaître, c’est cette visibilité qui est importante dans la lutte contre l’homophobie», renchérit Jérémy Patinier, qui anime les éditions LGBT Des ailes sur un tracteur. Or, la visibilité, c’est aussi donner une représentation aux LGBT, des moyens d’identification, voire, selon Marie Kirschen, ancienne de Têtu, «pouvoir faire émerger des figures artistiques qui vont ensuite se retrouver dans la presse mainstream». Et ce, d’autant plus dans un pays où la question des «role models» est vite évacuée et où la culture du coming-out n’est pas très ancrée…

Ce qui risque de disparaître, c’est cette visibilité qui est importante dans la lutte contre l’homophobie

Jérémy Patinier, éditions Des ailes sur un tracteur

Pour les lesbiennes, par exemple, l’existence même d’une presse lesbienne est d’autant plus nécessaire que les médias –même homos renvoient trop souvent au placard l’homosexualité féminine. «Les filles ont tendance à être invisibilisées par rapport aux gays. C’est important qu’il y ait de la pluralité au sein de la presse LGBT», analyse Marie Kirschen, ancienne de Têtu, et rédactrice en chef de Well Well Well, mook lesbien semestriel lancé fin 2014, pour redonner un magazine aux lesbiennes dans un contexte de disparition chronique des titres écrits par les lesbiennes pour les lesbiennes. Le lancement de Jeanne Magazine –un magazine numérique enrichi mensuel dont l’équipe est installée à Lille–, presque à la même période, début 2014, par des anciennes de Muse & Out (Ex- La Dixième Muse), va dans le même sens.

«Fin 2013, on s’est d’un coup retrouvé sans média lesbien, or c’est important en termes de représentations», affirme Stéphanie Delon, directrice de publication de Jeanne. Notre credo, c’est donc de mettre en valeur des lesbiennes anonymes, des artistes, des lesbiennes autour du monde, des personnalités qui donnent du courage ou qui structurent la communauté. Et même si c’est compliqué de satisfaire tout le monde dans un seul magazine.»

Mais, la pluralité des titres de presse LGBT peut-elle être la solution au défaut de représentation et de visibilité? Là aussi, les réponses sont très souvent nuancées. «Je ne suis pas sûr que la pluralité des titres amène la pluralité des opinions et des représentations», estime d’un côté Jérémy Patinier, qui y voit un leurre. À l’inverse, pour Christope Martet, de Yagg, «il y a aussi un besoin de pluralité. Il ne peut pas y avoir qu’un média fédérateur car c’est le caractère pointu de chaque média qui fait sa force». Mais qui dit pluralité, dit niche, dit viabilité. Bref, le serpent qui se mord la queue.

Espace d’expression privilégié

Mais la nécessité d’une presse communautaire n’est-elle que de l’ordre de la visibilité et du symbole? Pour bon nombre de journalistes LGBT, elle reste d’abord un espace d’expression unique pour les LGBT, pour faire entendre sa voix de gay, de lesbienne, de bi ou de trans’, sur des thématiques qui, bien souvent, n’intéressent pas la presse mainstream ou qui restent tabous parce que l’homosexualité –et ne parlons pas des transidentités!– gêne encore. «C’est important que des médias communautaires existent ne serait-ce que pour parler de sujets dont on ne parle pas ailleurs et qui intéressent tout le monde», résume Charles Roncier, rédacteur en chef de VIH.org, un site spécialisé dans l’actualité sur le VIH/sida, et président de l’Association des Journalistes LGBT (AJL).

Il faut se poser la question de ce qu’on attend d’un média LGBT quand des rubriques LGBT existent sur d’autres support

Charles Roncier, rédacteur en chef de VIH.org

«Après, il faut se poser la question de ce qu’on attend d’un média LGBT quand des rubriques LGBT existent sur d’autres support», poursuit le journaliste. Depuis, plusieurs années, avec les débats entourant le mariage pour tous et l’avancée des droits de part et d’autres de l’Atlantique, des pure-players comme Slate, The Huffington Post ou BuzzFeed ont en effet développé leurs propres rubriques en faisant intervenir des headliners de la communauté, participant ainsi de l’inclusion des thématiques au sein de la presse généraliste. «C’est sûr qu’à la création de Têtu, en 1995, la situation était différente: on ne parlait des homos que deux fois dans l’année pour la Gay pride fin juin et pour la journée mondiale de lutte contre le sida le 1er décembre. Et, depuis, il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait une information beaucoup mieux traitée par les collègues que ne l’étaient ces actualités-là il y a vingt ans», constate Yannick Barbe, de Têtu.

Alors comment se démarquer? Peut-être, est-ce une question de regard depuis l’intérieur –qui n’exclut pas de s’adresser au grand public– et une forme de légitimité à parler de sujet dont les journalistes gays et lesbiennes ont la connaissance, font eux-mêmes l’expérience. Selon le directeur de publication de Yagg, Christophe Martet, «la presse communautaire donne une culture gay, des clés politiques, des repères, une analyse, une mise en perspective que n’offre pas la presse généraliste. Et ce n’est pas parce qu’on est sur le Web qu’on ne doit pas donner du fond». «Dans le premier numéro de Well Well Well, on a passé un article sur la place des lesbiennes dans les débats sur le mariage pour tous: un angle jamais traité et dont les médias mainstream ne se seraient pas forcément saisi», prend pour exemple Marie Kirschen, sa rédactrice en chef.

Sans compter le simple fait de parler de la vie quotidienne des LGBT. «La presse généraliste ne fait jamais des papiers sexo comme le font Têtu ou Well Well Well», ajoute Marie Kirschen. Et les bonnes volontés sont, d’une, rares et, de deux, sujettes à controverse voire complètement ratées. Mettre en valeur des enjeux spécifiques, développer un espace autocentré et d’autocritique, de témoignages, faire circuler les idées, etc., «c’est la valeur ajoutée d’une presse spécialisée gay et lesbienne car la presse généraliste ne peut pas aller aussi loin, confirme Massimo Préaro. Et puis la presse généraliste, ce sont souvent des gens sélectionnés qui ne représentent pas la diversité des points de vues alors que, dans la presse communautaire, on a le point de vue réflexif de la communauté».

«Archives vivantes»

S’il n’y avait pas eu Gai Pied, on n’aurait pas eu connaissance des débats autour de l’émergence du sida

Thomas Dupuy, trésorier et responsable de la bibliothèque du Centre LGBT Paris-Île de France

Parce que la mémoire est au cœur des processus minoritaires, la presse LGBT sous sa forme actuelle continue également de jouer un rôle secondaire d’archivage qui n’est pas négligeable. Pour Massimo Préaro, ce sont «des archives vivantes» qui «permettent à chacun de réfléchir à ce qu’on est et de se faire une idée sur sa propre narration du présent». Comme un reflet à postériori du temps présent, un compte rendu au jour le jour très précis, d’intérêt pour les chercheurs en sciences sociales, mais aussi pour le mouvement ou pour mettre les élus face à leurs responsabilités. «Gai Pied, c’est le Saint-Simon de la communauté en train de se faire. S’il n’y avait pas eu Gai Pied, on n’aurait pas eu connaissance des débats autour de l’émergence du sida», se rappelle Thomas Dupuy, qui a répertorié tous les numéros au Centre LGBT de Paris-IDF.

Pour d’autres, la presse gay et lesbienne doit aussi assurer l’entretien d’une mémoire politique et sociale plus ou moins partagée par les différentes communautés sexuelles. «La presse grand public publie peu d’articles sur l’histoire du mouvement. Et si la presse communautaire ne documente pas notre histoire, la presse mainstream ne va pas la faire», déplore la rédactrice en chef Well Well Well. Dans son dernier numéro, le mook a d’ailleurs une série de témoignages sur la vie lesbienne dans les années 1950, des vécus peu documentés. «Perdre une presse LGBT, c’est aussi perdre un pan de notre histoire collective», regrette encore le militant. Jérémy Patinier préfère rester optimiste. «S’il y a disparition, l’histoire montre que le vide ne reste pas vide longtemps. L’histoire de la presse LGBT ne va pas s’arrêter, elle va continuer à s’écrire», conclut le directeur de Miroir/Miroir. Pour se réinventer?

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