Culture

Kassovitz, Cotillard... ces people qui théorisent le complot

Jonathan Schel, mis à jour le 28.09.2009 à 15 h 59

Mais pourquoi remettent-ils en cause ce qui s'est passé le 11-Septembre?

«Ground Zero, le 15 septembre 2001». REUTERS

«Ground Zero, le 15 septembre 2001». REUTERS

Mathieu Kassovitz, acteur et réalisateur («La Haine»), a porté plainte vendredi 25 septembre contre l'Express et le Journal du Dimanche pour diffamation publique. Il leur reproche de l'avoir comparé à Joseph Goebbels et à l'historien révisionniste Robert Faurisson après une polémique autour des attentats du 11-Septembre. Le 15 septembre, invité de l'émission «Ce soir ou jamais», Mathieu Kassovitz a été interrogé par Frédéric Taddéi sur la remise en cause de la version officielle sur le 11-Septembre: «Est-ce que vous pensez que c'est digne d'intérêt, est-ce qu'il faut poser le débat ou ignorer cette contestation?» « La version officielle est obligatoirement questionnable» avait-il répondu.

 

Et voilà, c'est reparti. 16 février 2007, Marion Cotillard dans l'émission «Paris dernière»: «Je pense qu'on nous ment sur énormément de choses: Coluche, le 11 septembre». 5 septembre 2008, Jean-Marie Bigard, chez Laurent Ruquier: «c'est un mensonge absolument énorme, quoi». 16 septembre 2009, Matthieu Kassovitz dans «Ce soir ou jamais»: «Goebbels a dit: plus le mensonge est gros plus il passe. Donc on doit se poser la question de ce qui s'est passé le 11 septembre 2001».

Mais quelle mouche a piqué nos people? Il n'y a guère qu'en France qu'on entend aussi régulièrement des personnalités publiques évoquer les théories du complot. Il faut dire qu'il n'y a aussi qu'en France qu'on publie régulièrement des livres comme «L'Effroyable Imposture» de Thierry Meyssan ou le tout récent «11 septembre: les vérités cachées» d'Eric Raynaud, objet du dérapage de Kassovitz. Ce qui frappe, en tous cas, en mettant ces propos bout à bout, c'est l'immense confusion qui semble régner dans le cerveau de nos stars.

Bigard tire son savoir sur le 11 septembre 2001 de «Lose Change, un truc sur lequel on a accès sur internet (sic)»: «quand même on est absolument sûrs et certains maintenant que les deux avions, qui se sont soi-disant écrasés sur la forêt et le Pentagone, n'existent pas, il n'y a jamais eu d'avions, ces deux avions volent encore». Les avions n'existent pas, et en même temps, ils volent encore, prodige digne des plus grands illusionnistes. Avec un peu de bon sens, Cotillard évite d'extrapoler sur le rapprochement qu'elle suggère entre le 11 septembre et la mort de Coluche. Mais ensuite, elle se lance: «c'était un gouffre à thunes parce qu'elles (les tours) ont été terminées il me semble en 73 et pour recâbler tout ça, pour mettre à l'heure de toute la technologie (sic), c'était beaucoup plus cher de faire des travaux et caetera que de les détruire». La destruction du World Trade Center et du Pentagone s'expliquerait donc par un besoin de «mettre à l'heure de toute la technologie». Intéressant.

Et puis il y a Kassovitz. Le cinéaste est aussi comédien et vient de prêter sa voix à «Apocalypse», le documentaire sur la deuxième guerre mondiale de Daniel Costelle et Isabelle Clarke. C'est donc nimbé de savoir sur le nazisme qu'il se lance dans le parallèle avec notre passé récent: «emmener tout un peuple sans question à la guerre mondiale, on a déjà vécu avec Hitler, c'est les inventeurs du nazisme», balance-t-il après avoir évoqué les guerres en Afghanistan et en Irak et la «mise à mort» de Saddam Hussein, suggérant clairement un parallèle entre la dictature allemande des années 30 et le gouvernement américain d'aujourd'hui. Il ose aussi citer Goebbels pour nous amener à nous «poser la question de ce qui s'est passé le 11 septembre 2001». Kassovitz précise plusieurs fois qu'il ne parle «pas de complot», mais que faut-il déduire de cette tirade contre les médias: «ce qui s'est passé le 11 septembre 2001 et la version officielle donnée par les Américains est obligatoirement questionnable. (...) Internet est le seul endroit où ce sujet est actuellement débattu, il est mis en déni (sic) par les journalistes officiels parce qu'ils ont peur de se rendre compte qu'ils n'ont pas cette liberté de parole».

 

Au bout du compte, une question se pose, qui n'a rien à voir avec les problèmes de «câblage» des tours jumelles, ou les maximes de Goebbels. Pourquoi fait-on parler ces gens de ce sujet? Quelles compétences ont un humoriste, une actrice et un réalisateur pour juger de la vérité historique? Dans le cas de Bigard et de Cotillard, ce sont les artistes eux-mêmes qui abordent la question. Mais hier soir, c'est Frédéric Taddéi qui a enjoint Kassovitz de s'exprimer sur un livre qui, selon ses propres termes, «conteste la version des attentats telle qu'on la connaît depuis huit ans». Présentation subtilement tendancieuse (si ce qu'on nous dit n'est qu'une «version», la vérité est forcément ailleurs) qui n'a pas manqué d'échauffer les sangs de Matthieu Kassovitz.

Jonathan Schel

A lire aussi notre série sur «Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'autre 11-Septembre» et le «11-Septembre nouveau est arrivé»

Image de une: «Ground Zero, le 15 septembre 2001». REUTERS

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