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Pornographie, piratage... L’étrange histoire des bibliothèques occidentales

Bibliothèque de Stockholm / Marcus Hansson via FlickrCC License by

Bibliothèque de Stockholm / Marcus Hansson via FlickrCC License by

L’ère du numérique n’est qu’un obstacle de plus pour ces temples de la culture, qui ont dû affronter bien des problèmes au cours des derniers siècles.

Alice Crawford est bibliothécaire spécialisée dans les «humanités numériques» à l’université de St. Andrews, en Écosse. Elle vient de publier chez Princeton University Press The Meaning of the Library, a cultural history, un livre très riche regroupant des essais sur la mise en place des bibliothèques dans le monde occidental.

Et, au-delà de l’aspect purement scientifique de sa démarche, le site Flavorwire s’est amusé à repérer les moments plus étranges ou étonnants dans la tumultueuse histoire des librairies.

«Titiller la libido»

Robert Darnton, l’un des essayistes du livre, nous apprend par exemple que le piratage des livres dans l’Europe du XVIIIe siècle a aidé les Lumières à diffuser leurs idées. Ces copies illégales réalisées étaient bien moins chères que les originales, elles se sont donc diffusées bien plus rapidement dans la rue et dans les stocks des bibliothèques. Selon Darnton, «probablement la moitié des livres vendus en France pendant les vingt ans qui ont précédé la Révolution, de la littérature de tout type à l’exception de petits livres de poches, de tracts religieux ou de traités professionnels, était piratée».

On apprend aussi que, toujours au XVIIIe siècle, mais cette fois dans l’ère géorgienne anglaises, les bibliothèques ont voulu interdire les romans dans leurs rayons. Beaucoup d’auteurs se sont mis à faire dans le sensationnalisme en proposant des histoires explicitement destinées à «titiller la libido» des lecteurs. Un succès public mais un affront pour la morale de l’époque ainsi que pour les critiques littéraires et les bibliothèques.

Pendant les vingt ans qui ont précédé la Révolution, de la littérature de tout type était piratée

Robert Darnton, essayiste

Notons enfin que l’interdiction de toute littérature pornographique dans les bibliothèques de l’Angleterre du XIXe siècle a n’a pas empêché l’émergence d’un «chef-d’œuvre de la littérature victorienne», selon l’un des contributeurs du livre d’Alice Crawford. En effet, la saga pornographique Ma vie secrète, travail titanesque de 4.000 pages publié en onze volumes, racontait avec une précision déconcertante les mœurs et la sexualité sous l’ère victorienne. Longtemps censurée, l’œuvre est aujourd’hui considérée par les bibliothèques comme par les éditeurs comme un travail pornographique d’une rare qualité.

 

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