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Mieux que «House of Cards», l'UMP et l'Europe: le football français

Le président de la Ligue de football professionnel, Frédéric Thiriez, semble circonspect devant un match de la Ligue 1 PSG-Reims, le 23 mai 2015 | REUTERS/Charles Platiau

Le président de la Ligue de football professionnel, Frédéric Thiriez, semble circonspect devant un match de la Ligue 1 PSG-Reims, le 23 mai 2015 | REUTERS/Charles Platiau

Les dirigeants du football français sont entrés en guérilla juridique et politique autour d’une simple question sportive: le nombre d’accessions ouvertes au championnat d’élite (la Ligue 1). Derrière ce feuilleton estival à la violence sans précédent, se cachent des enjeux de pouvoir beaucoup plus lourds. Si vous avez raté les premiers épisodes...

Si les compétitions de football vous ont manqué cet été, c’est que vous n’avez rien suivi. En réalité, la bataille a continué. Elle sévit toujours, plus impitoyable que jamais. C’est simplement que les matches au couteau ont lieu sans joueurs, sans pelouse et presque sans témoin. Les présidents de clubs sont les acteurs de ces batailles rangées. Les dirigeants des instances complètent le casting. Le gouvernement a dû s'en mêler.

Mercredi 22 juillet, la Fédération (FFF) a «déclaré la guerre» à la Ligue (LFP). Ce sont les termes que Frédéric Thiriez avait employés, la veille, dans L’Équipe, dans l'hypothèse où la Fédération penserait utile de revenir sur une décision de la Ligue. Ce qui fut fait. À l’origine de tout ce vacarme, il y a la décision prise, le 21 mai, par la Ligue de limiter le nombre de descentes en Ligue 2 avec effet immédiat. Celles-ci devaient passer de trois à deux; pour deux accessions au lieu de trois. C’était prévu pour la saison 2016-2017. L’accélération a agi comme un catalyseur de crispations, de rivalités et de divergences de vues qui sommeillaient depuis longtemps entre tous les échelons du foot pro français.

Voici qui sont les acteurs de ce feuilleton complexe où se mêlent enjeux institutionnels, projets sportifs, rivalités personnelles et intérêts de très court ou de long terme. Après ça, vous pourrez regarder le spectacle tranquillement dans votre canapé, comme un dimanche soir.

1.La Fédération française de footballL’arbitre auto-proclamé

Son statut: c’est l’association qui administre le football en France, par délégation du ministère des Sports.

Son rôle dans le feuilleton actuel: la FFF est l’arbitre mandaté par les uns mais rejeté par les autres. Ulcérés par l’idée de perdre une place en Ligue 1 pour la saison prochaine, c’est-à-dire de voir leurs chances de monter réduites d’un tiers, les clubs de Ligue 2 se sont tournés vers elle pour obtenir, a minima, le report de la mesure. Ils l’ont obtenu une première fois le 20 juin. Mais alors que la LFP confirmait sa résolution, le 9 juillet, lors d’un vote en conseil d’administration, la L2 a obtenu l’oreille attentive de la Fédération, dont le comité exécutif a tout simplement annulé la mesure, mercredi. Le «comex», c’est le gouvernement du football français, composé de douze personnes. Élu aux deux tiers par le monde amateur, il est mécaniquement plus sensible aux intérêts des clubs modestes, et donc ici des frondeurs. En tant que représentant de l’intérêt général du football français, il est depuis longtemps perçu comme un contre-pouvoir à la toute-puissance du foot-business.

La FFF a, en quelque sorte, sorti son 49.3

Ce qui est ambigu chez elle: théoriquement, la FFF n’a pas à se mêler des affaires du football professionnel en dehors de circonstances exceptionnelles. C’est la LFP qui administre la vie des clubs professionnels en France, c’est-à-dire deux championnats et une quarantaine d’équipes. Et elle le fait… par délégation de la FFF. Dans les faits, c’est beaucoup plus subtil. La FFF a la responsabilité directe des équipes de France, donc des Bleus, de la direction technique nationale, de l’arbitrage et du championnat semi-pro (le National) situé sous la L2. Entre autres. L’univers pro ne lui est pas totalement étranger. En l'occurrence, la FFF a estimé que la mesure était contraire à l’intérêt supérieur du football français. Elle a, en quelque sorte, sorti son 49.3. Un abus de pouvoir selon ses opposants.

La phrase-clef:

«Ce ne sont quand même pas les clubs de L2 qui vont diriger les clubs de L1. Clermont et Auxerre ne vont pas décider pour le PSG et Lyon. Si la Fédération revient sur une décision de la Ligue, c'est ce qui se passe.»

Bernard Caïazzo, président de Saint-Étienne, vice-président de la LFP, à Slate.fr, le 21 juillet 2015

2.Noël Le GraëtL'homme qui a dit non

Son statut: élu président de la FFF en 2011, il a été réélu en 2012 et ne se représentera probablement pas en 2016.

Son rôle dans le feuilleton actuel: il a pris la décision finale de s'opposer frontalement à la LFP et il n'y a aucun précédent comparable connu des politologues accrédités boulevard de Grenelle et rue Delibes. C'est une vraie décision politique personnelle. Depuis le début, Noël Le Graët est très sensible au rôle qu’il peut jouer dans cette bataille. C’est lui, après un rendez-vous avec des représentants de la L2, qui a placé le sujet qui fâche à l’ordre du jour du comité exécutif de la FFF. Il y est entouré de personnes très fâchées sur ce sujet, notamment du président de Nancy (L2), Jacques Rousselot.

Noël Le Graët donne l'impression de vouloir tirer quelques ficelles dans le bureau d'à côté

Ce qui est ambigu chez lui: Noël Le Graët donne l'impression, sans en dire un mot, de vouloir tirer quelques ficelles dans le bureau d'à côté. Avant d’être un grand dirigeant (il a aussi piloté la LFP entre 1991 et 2000), il a gagné sa place dans le monde du football en menant le club de sa petite ville de Guingamp jusqu’au plus haut niveau du professionnalisme. Or, Guingamp est aujourd’hui le seul club de L1 ouvertement opposé à la nouvelle décision sur les relégations et promotions. La théorie du hasard séduit peu de monde. Pour améliorer l'ambiance, Noël Le Graët n’a pas renoncé à influencer sa succession. Ses relations personnelles avec Frédéric Thiriez, patron de la LFP, candidat présumé au poste, sont d’une fraîcheur assez peu de saison. Chef d'entreprise reconnu, dirigeant à poigne, il n'est pas soupçonnable de méconnaître les réalités du foot-business. Mais il n'entend pas tout lui sacrifier.

La phrase-clef:

«Nous souhaitons vivement que la Ligue redevienne la maison de tous les professionnels. La Ligue doit retrouver son calme et doit respecter ceux qui ne sont pas en L1. L'unité du foot, c'est aussi de respecter ceux qui ne partagent pas vos convictions

Noël Le Graët, le 23 juillet 2015

3.La Ligue de football professionnelCelle qui ne négocie pas

Son statut: elle organise le football professionnel en France sur délégation de la FFF.

Son rôle dans ce feuilleton: son conseil d’administration est archi-majoritaire quant à sa volonté de modifier les règles de promotion-relégation dès la saison prochaine. Mais il a donné l’impression de passer en force. Au départ, il devait mettre en route un train de mesures de modernisation, recommandées par une étude dite «rapport Dréossi-Saint-Sernin», pour la saison 2016-2017. Une seule a été avancée pour 2015-2016: celle des descentes et montées. Le cheminement qui a poussé la LFP à accélérer la marche reste obscur. Mais on nous rétorque que ce n’est pas le sujet: ce qui est fait est fait, et le conseil d’administration de la Ligue refuse en bloc l’idée d'être bousculé dans son périmètre. Il va saisir le conseil d'Etat pour faire annuler la décision de la FFF.

Ce qui est ambigu chez elle: le CA de la LFP est censé agir au nom de l’intérêt des clubs pros dans leur ensemble, mais il est soupçonné par ses opposants de ne vouloir rouler que pour l’élite de l’élite. Dans les faits, dix-neuf clubs de L1 sur vingt ont signé un communiqué commun mercredi. Mais la L2 affirme qu’une demi-douzaine de clubs de moyenne envergure s’est rangée aux injonctions des puissants par pur court-termisme.

Le CA de la LFP est soupçonné par ses opposants de ne vouloir rouler que pour l’élite de l’élite

La phrase-clef:

«Y a-t-il un sport qui s’appelle le football ou y a-t-il plusieurs footballs en France? Qu’on s’appelle Aulas ou Louvel, tout le monde vient du football amateur. Veut-on confier tout le pouvoir à dix ou douze clubs?»

Jean-Pierre Louvel, président du Havre et du syndicat des présidents de club, à Slate.fr, le 22 juillet 2015

4.Frédéric ThiriezEntre L1 et L2, il a choisi

Son statut: il est le président de la LFP, élu sans discontinuer depuis sans opposition depuis 2002.

Son rôle dans ce feuilleton: statutairement, il défend le périmètre de la Ligue. Il montre les dents puisque les décisions de son conseil d’administration sont contestées. Il  fustige l’immobilisme de ses opposants. Et, sur le fond, Frédéric Thiriez défend la mesure de réduction des relégations car c’est un moyen de sécuriser les investisseurs, affirme-t-il.

Ce qui est ambigu chez lui: beaucoup trop de choses, selon ses opposants. La fonction de Frédéric Thiriez l’engage à défendre les clubs pros, gros, moyens et petits, y compris ceux de Ligue 2, et c'est sur ce terrain que Noël Le Graët vient très clairement l'asticoter. Ses prises de position récentes, en faveur des clubs de Ligue 1 les plus bruyants, donnent désormais de lui l’image d’un patron à la solde des puissants. «Mais peut-être que c’est différent selon les interlocuteurs et que ce sera différent dans quinze jours», persifle un habitué des coulisses. Accusé il y a un an d’avoir bloqué la montée du petit Luzenac en L2, de mépriser les Corses en général et Bastia en particulier, de faire des courbettes au puissant PSG depuis la captation d’une image télé désastreuse, Thiriez joue très gros dans la période actuelle, notamment sa légitimité et ses chances de succéder à Noël Le Graët à la tête du football français. Cette ambition, il ne l’a cependant jamais confirmée. Même s'il ne la matérialise pas, la baisse de son influence est le sujet qui le mobilise, lui qui fut habitué à coexister avec une FFF moins puissante et des présidents de fédération moins visibles que lui. Par ailleurs, ses rivaux lui font observer qu’il n’a que trop attendu avant d’engager la réforme de la LFP promise en 2012. Il récolterait aujourd’hui les résultats de cet attentisme.

Les prises de position de Frédéric Thiriez donnent de lui l’image d’un patron à la solde des puissants

La phrase-clef:

«Cela fait rouspéter trois ou quatre clubs de L2 qui espèrent ardemment monter en L1 l’an prochain, c’est ça le cœur de la fronde. [...] Tout ça, c’est beaucoup de bruit pour rien.»

Frédéric Thiriez, L’Équipe, 22 juillet 2015

5.Les clubs de Ligue 1Ceux qui veulent faire sécession

Leur statut: en tant que tels, les vingt clubs ne sont pas représentés dans le moindre groupe de pression. Dans les faits, tous sauf Guingamp défendent la réforme.

Leur rôle dans ce feuilleton: les clubs de Ligue 1 veulent diriger leurs affaires sans avoir à s’embarrasser de celles des clubs de Ligue 2. C’est désormais ostensible et c’est aussi simple que ça. C’est un aggiornamento monumental dans l’organisation du football français mais les choses ont, au moins, le mérite d’être claires pour tout le monde. Leur analyse est qu’ils sont soumis à une concurrence internationale exceptionnelle qui ne concerne en rien la Ligue 2. Elle s'exerce sur le marché des transferts et en Coupe d’Europe. Les clubs de L1 veulent conserver les bénéfices de leurs droits télé, principale source de financement du foot pro. Même les clubs «moyens» se sont ralliés à ce message, avec plus ou moins d’élégance chez quelques équipes qui étaient en L2 récemment (Angers, Reims).

Pourquoi ils sont ambigus: si la volonté politique des gros clubs de L1 se traduit dans le droit, ils posséderont de fait tout le pouvoir au conseil d’administration de la Ligue. Donc sur l’avenir du football d’élite en France. La réduction du nombre de relégations ne serait qu’une première pierre avant la réduction d’une élite à dix-huit clubs, une plus grande inégalité dans les répartitions de recettes, voire une Ligue fermée. C’est le risque agité par les opposants.

L’économie du foot, c’est le PSG, l’OM, Lyon et quelques autres qui la font

Bernard Caïazzo, président de Saint-Étienne, vice-président de la LFP

La phrase-clef:

«Le président Thiriez se rend compte que les championnats étrangers prennent de plus en plus d’avance. Il faut réagir. L’économie du foot, c’est le PSG, l’OM, Lyon et quelques autres qui la font.»

Bernard Caïazzo, 22 juillet 2015, à Slate.fr

6.Les clubs de Ligue 2Appelez-les les frondeurs

Leur statut: vingt clubs, déclencheurs de la fronde. Parmi eux, Clermont et Auxerre sont les plus bruyants.

Leur rôle dans ce feuilleton: ils ne lâcheront rien. Le cavalier seul des clubs de L1 les hérisse. Ils sont prêts à toutes les guérillas juridiques et tous les recours pour faire annuler la décision du conseil d’administration de la LFP à une grosse semaine de la reprise des championnats. D’autant que trois clubs, parmi eux, sont toujours condamnés à descendre en National.

Pourquoi ils sont ambigus: ils le sont assez peu, finalement, mais leur discours du pot de terre contre le pot de fer, s’il est très audible auprès du grand public, a du mal à passer auprès des clubs de L1 au vu des 80 millions de droits TV annuels qui leurs sont versés. Les droits TV sont la première richesse du foot français. Le nerf de la guerre du foot pro. Le vrai combat de la L2 à moyen terme est ici. Car celle-ci ne vaut en réalité que 20 millions d’euros maximum, sur la base des résultats des précédents appels d'offres.

Le discours des clubs de L2 du pot de terre contre le pot de fer a du mal à passer auprès de la L1

La phrase-clef :

«On est dans un système démocratique où ce sont ceux qui ne rapportent pas d’argent qui décident pour le compte de ceux qui rapportent de l’argent.»

Jean-Michel Aulas, président de Lyon et vice-président de la LFP, News Tank, 24 février 2015

7.L’UCPFLieu de la cacophonie

Son statut: l’UCPF est l’association qui représente les intérêts des clubs de football français. Elle est présidée par Jean-Pierre Louvel, président du Havre (L2), qui va abandonner son poste à la rentrée.

Son rôle dans ce feuilleton: en tant que «syndicat des clubs», de tous les clubs pros, sa position est intenable. Il lui est impossible de contenter tout le monde. Alors, le président Louvel vient de claquer la porte en affirmant qu’il n’avait «plus rien à faire dans ce milieu-là». Il n’est pas solidaire des clubs de L1 et n'avait pas vu venir la réduction immédiate du nombre de relégations, lui qui orchestre d'habitude toutes les positions communes des clubs avant les réunions à la Ligue. «Pour s’auto-protéger et pour entamer une lutte contre la L2 avec d’autres idées en tête, certains ont voulu un changement dès 2015-2016 et je n’en fais pas partie», a-t-il expliqué à News Tank. Il estime que la FFF et la LFP ne jouent pas leur rôle de moteur vers un projet global de modernisation du foot comparable à celui de l’Allemagne lors de la dernière décennie.

Pourquoi elle est ambiguë: l’UCPF est de fait le syndicat des présidents. En coulisses, elle était jusqu'ici le véritable régulateur du foot pro français. C’est au sein de l’UCPF que les patrons des clubs se rencontrent, échangent, décident des orientations, arrondissent les angles. S’il y a si peu de débats contradictoires au conseil d’administration de la LFP, c’est que les patrons de clubs se sont mis d’accord avant sur les orientations majoritaires. «C’est le seul endroit où les présidents de club peuvent débattre entre eux puisque toutes les autres familles du football sont présentes au conseil d’administration, c'est la loi qui l'impose», explique Bernard Caïazzo, qui procède à cette analogie: les débats de l'UCPF sont l'équivalent, en politique, des réunions des cadres du parti majoritaire avant le conseil des ministres. Huit clubs de L1, trois de L2 et l’UCPF sont représentés au CA, sur un total de douze personnes sur vingt-cinq. Autant arriver en rangs serrés.

En coulisses, l’UCPF était le véritable régulateur du foot pro français

La phrase-clef:

«Il faut un collège de Ligue 1 qui gère tout ce qui concerne la Ligue 1. Un collège de Ligue 2 qui gère ce qui concerne la Ligue 2. Et ce qui concerne tout le monde remonte au conseil.»

Bernard Caïazzo, 22 juillet 2015, à Slate.fr

8.Le secrétariat d'État aux SportsN'a pas le droit de prendre parti, mais le fait quand même

Son statut: le gouvernement a délégué la gestion du football à la FFF. Il n'a pas de droit d'ingérence dans les circonstances actuelles. La FIFA et l'UEFA le lui reprocheraient d'ailleurs vigoureusement.

Son rôle dans le feuilleton: jusqu'à la déclaration de guerre de ce mercredi, le secrétaire d'État Thierry Braillard se contentait d'observer. Pour éviter l'escalade, il a réagi en appelant à un dialogue adulte entre FFF et LFP. «N'opposons pas le monde amateur et le monde professionnel. Je crois que le football est entier et n'a pas à être divisé.» Du classique.

Il n'est pas difficile de comprendre que l'État s'est rangé aux arguments de la FFF et des clubs de L2

Pourquoi il est ambigu: parce qu'il n'est pas difficile de comprendre que l'État s'est rangé aux arguments de la FFF et des clubs de L2. Thierry Braillard estime que, «si des réformes doivent avoir lieu, il faut qu'elles se fassent avec une concertation, des groupes de travail préalables et que les uns et les autres n'aient pas l'impression qu'on leur impose quoi que ce soit.» Traduction: on a mis les clubs de L2 devant le fait accompli, il est normal de revenir sur cette décision si elle provoque une telle opposition, les gros clubs de L1 ne peuvent pas verser dans l'abus de pouvoir.

La phrase-clef:

«Je crois que le moment n'est pas venu d'avoir un spectacle où on arriverait quelque part à opposer le monde amateur et le monde professionnel.»

Thierry Braillard, 24 juillet 2015, RTL.

9.Jean-Michel Aulas et Michel SeydouxLes jusqu'au-boutistes

Leurs statuts: ils sont présidents de Lyon et de Lille, deux clubs solidement installés en L1, et siègent au conseil d’administration de la LFP

Leur rôle dans ce feuilleton: ils ont pris la parole en début d’année pour proposer un schéma radical d’organisation du football français, calqué sur le modèle anglais. Ils envisagent d’un côté une FFF puissante, chargée des tâches régaliennes. Et, de l’autre, une grande entreprise chargée de faire la promotion de la Ligue 1 et de la commercialiser. En un mot: d’en gérer le business en parfaite autonomie et de faire de la LFP une composante absorbée par la FFF, à l’image de la LFA, la Ligue du football amateur. Ces déclarations n'avaient pas fait beaucoup de bruit. En réalité, elles disent un tas de choses sur ce qui se joue actuellement.

Le casting idéal selon Aulas: Thiriez à la FFF, Louvel à la LFP, Philippe Diallo directeur général et Caïazzo à l’UCPF

Pourquoi ils sont ambigus: de fait, ils ne le sont pas exactement. Ils sont plutôt clairs, mais dans une direction très (trop) audacieuse. Ils n’ignorent pas que la disparition de la LFP n’a, politiquement et juridiquement, qu’une chance infime de voir le jour. Au-delà, ils incarnent la figure du patron-actionnaire qui a investi son propre argent dans le football, et qui a furieusement envie d’en optimiser l’utilisation sans subir de lourdeur institutionnelle ou d'états d'âmes de clubs huit ou dix fois moins gros. Si Michel Seydoux envisage de se désengager du LOSC à moyen terme, Jean-Michel Aulas reste un patron très présent. Sa capacité à tirer les ficelles en coulisses pour exercer un pouvoir primordial fait l’objet de nombreux fantasmes depuis une quinzaine d’années. Il a toujours nié. Mais dans la grande interview pour News Tank où il esquissait son schéma institutionnel, il était allé jusqu’à dresser modestement son casting idéal : Thiriez à la FFF, Louvel à la LFP, Philippe Diallo directeur général, Caïazzo à l’UCPF. A la veille d'une année marquée par des élections, il n'a même pas chercher à avancer ses pions discrètement.

La phrase-clef:

«Je pense que cette idée n’est partagée par personne… ou par tout le monde, si vous enlevez les noms, et que vous laissez remplir les noms à tous ceux qui sont candidats.»

Jean-Michel Aulas, 24 février 2015, News Tank.

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